Les infrastructures de transport et de stockage, angle mort de la stratégie hydrogène française

Des industriels français de l'hydrogène plaident pour la mise en place d’un réseau de transport et de stockage souterrain hydrogène paneuropéen en s'appuyant sur une étude qu’ils ont commanditée. Le sujet n'est pas encore intégré à la stratégie française.

HyPSTER Storengy
Porté par Storengy (filiale d'Engie) et situé dans l'Ain, le projet HyPSTER vise à stocker des quantités industrielles (jusqu'à 44 tonnes) d'hydrogène en cavité saline. L'unité d’électrolyse et des installations de stockage devrait être installées en 2022 pour une mise en service d'ici 2023.

« Plusieurs pays ont pris en compte le volet infrastructure dans leurs stratégies hydrogène, comme l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas. Au contraire, cet enjeu reste encore dans l’ombre en France », pointe Anthony Mazzenga, directeur des gaz renouvelables chez GRT Gaz. Les parties prenantes du domaine en France entendent ainsi faire la lumière sur l’intérêt du déploiement d’infrastructures de transport et de stockage hydrogène à l’échelon européen.

Pour ce faire, une étude technico-économique sur la question a été commanditée par les gestionnaires des réseaux de transport en France GRT Gaz et Téréga, le géant de l’énergie Total Energie, le spécialiste du stockage de gaz naturel Storengy (filiale d’Engie), le pionnier du secteur hydrogène-énergie Hydrogène de France (HDF Energy) et la société Soladvent (qui tire le consortium industriel HyDeal Ambition) organisé au sein du Comité Stratégique de Filière des Nouveaux Systèmes Énergétiques (CSF NSE). Sans surprise, les résultats du rapport, dévoilés mardi 9 novembre, confirment le lien entre compétitivité et mise en place d’hydrogénoducs.

« Les résultats sont basés sur un modèle d’optimisation du système énergétique français dans son ensemble (production-transport-stockage de l’électricité et production-transport-stockage de l’hydrogène, précise Romain Capaldi, directeur France de Guidehouse, la société qui a mené l’étude. Le périmètre géographique de modélisation a couvert la France et les pays transfrontaliers ou proches (Espagne, Italie, Suisse, Allemagne, Belgique, Pays-Bas et Royaume-Uni). »

Baisse du coût de l'hydrogène livré, hausse des investissements

Le rapport estime d’abord que le coût de l’hydrogène passerait de 3,2 euros/kg à 2,9 euros/kg d’ici à 2030 avec la mise en place d’infrastructures de transport et de stockage entre les bassins industriels en France (pour une demande estimée à 670 kilotonnes/an). Ce coût, payé par les clients raccordés au réseau de transport, inclut la production, le transport (hors distribution) et le stockage. À horizon 2040 toutefois, les hydrogénoducs et les cavités de stockage souterraines apporteraient seulement un gain de 0,1 euros/kg, en restant dans le périmètre français.

C'est la raison pour laquelle les industriels à l’initiative de l’étude plaident pour la mise en place d’infrastructures européennes. Le coût de l’hydrogène atteindrait en effet 1,9 euros/kg si les pays transfrontaliers étaient interconnectés entre eux d’ici 2040 (pour une demande de l’ordre de 1800 kilotonnes/an), soit un gain de 32 % par rapport au déploiement d’infrastructures uniquement nationales [voir figure ci-dessous].

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Les investissements nécessaires pour déployer ces infrastructures hydrogènes et électriques – production, transport, stockage – en Europe sont massifs : 17,1 milliards d’euros à horizon 2040. Ces derniers seraient toutefois du même ordre de grandeur que les coûts d’investissement en France (16,1 milliards) en l’absence d’infrastructures hydrogène. « Le scénario sans mise en place d'infrastructures hydrogène requiert en effet des investissements supplémentaires sur les infrastructuresélectriques dès 2030 pour renforcer d’abord la production, puis les besoins de stockage d’électricité », analyse M. Capaldi.

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Le montant des investissements nécessaire pour mettre en place un réseau d’hydrogène interconnecté avec le reste de l’Europe est plus élevé, de 4,6 milliards d’euros, par rapport au déploiement d’un réseau uniquement national [voir figure ci-dessus]. « Mais les bénéfices de ces investissements sont notamment répercutés à l'économie française par des prix de l'hydrogène plus attractifs pour les consommateurs », fait valoir le directeur de Guidehouse France.

Sécuriser l’approvisionnement

Autre argument déroulé en faveur de la mise en place d’un réseau européen : la sécurité des approvisionnements. « Nos besoins français en hydrogène pourraient être de l’ordre de 60 kilotonnes/an dès 2025, ce qui considérable !, insiste Eric Niedziela, président d’ArcelorMittal France. Afin de souscrire à ces énormes volumes et être compétitifs, l’importation sera requise. » Pour réduire ses émissions de CO2, le producteur d’acier souhaite en effet développer le « Direct Reduced Iron », dont le procédé de fabrication requiert de grandes quantités d’hydrogène. « Développer des infrastructures à l’échelon européen est absolument nécessaire pour sécuriser nos approvisionnements », tranche-t-il.

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