Les exportations parallèles de médicaments, une source de frictions

Une partie des médicaments distribués en France sont écoulés dans d’autres pays européens pour profiter de prix de vente plus élevés. Une pratique légale en Europe, mais contestée.

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Le commerce parallèle de médicaments, afin de profiter des écarts tarifaires au sein de l’UE, constitue un facteur aggravant des pénuries de médicaments en pharmacie.

« Les exportations parallèles ressemblent à une petite fuite dans une baignoire. Elles ne suffisent pas à la vider complètement, mais elles n’aident pas à maintenir le niveau de l’eau », résume Éric Baseilhac, le directeur des affaires économiques du Leem. Pour les laboratoires pharmaceutiques, les transferts de médicaments entre les marchés européens constituent un facteur aggravant des pénuries de médicaments en pharmacie. Le système est conforme aux règles européennes. Il s’explique par les différences de prix du médicament sur le continent. Les prix sont fixés par chaque État pour son marché national. En vertu de la libre circulation des marchandises dans le marché unique, les grossistes peuvent choisir d’écouler leurs stocks destinés à un marché sur un autre, profitant de prix de vente plus élevés. 

En soi, ces exportations parallèles restent marginales par rapport au marché européen des médicaments. Elles représentent un peu moins de 3 % et environ 6 milliards d’euros, selon la Fédération européenne des industries et associations pharmaceutiques (Efpia). Mais près de 25 % des médicaments vendus au Danemark et 8 % de ceux vendus en Allemagne proviennent d’importations parallèles. La France, avec les prix de vente du médicament parmi les plus bas d’Europe, est au contraire un exportateur net, avec à peine 11 millions d’euros d’importations parallèles concentrées sur des thérapies spécifiques. 

Cela la place en première ligne en cas de tensions d’approvisionnement. Même si le commerce parallèle ne joue qu’un rôle marginal dans les pénuries actuelles, il « n’est pas optimal d’un point de vue économique », reconnaît Pierre Dubois, économiste à la Toulouse school of economics (TSE). « Plus le prix en France est faible par rapport à un autre pays européen, plus vous avez de chance d’avoir des pénuries », assure-t-il. 

La rente profite directement aux distributeurs, non aux industriels qui ont réalisé l’effort d’innovation ni au consommateur final. Elle profite en particulier aux grossistes considérés comme des short-liners, car ils se concentrent sur une gamme réduite de médicaments – la France en compte 41, qui pèsent 3 % du marché environ. Ils se sont spécialisés sur les segments les plus rémunérateurs et tirent une part importante de leur chiffre d’affaires de l’exportation. 

Un commerce très concentré

  • 5,9 milliards d’euros d’exportations parallèles en Europe

Part des médicaments concernés, selon le pays où ils sont vendus :

  • 2,8 % en Europe
  • 25 % au Danemark
  • 10 % en Suède
  •   8 % en Allemagne

(Source : EFPIA)

« Il faut être plus strict »

En retour, les laboratoires pharmaceutiques, peu disposés à voir disparaître leurs marges, sont moins enclins à accepter des prix trop bas dans les pays européens les moins riches ou y retardent la mise sur le marché de certains de leurs traitements. Face aux risques de pénuries, les États ont réagi en ordre dispersé. Depuis l’été, la France a interdit toute exportation d’amoxicilline et de paracétamol notamment. La Grèce a fait de même pour une trentaine de préparations. 

« Il faut être plus strict et interdire les exportations parallèles pour tous les médicaments stratégiques », déclare Éric Baseilhac. Faute d’un prix unique du médicament en Europe, un double prix, pour le marché national et pour le marché européen, limiterait l’intérêt des exportations parallèles. Mais ce système devra être compatible avec les règles européennes.

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3717 - Avril 2023

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