Le 19ème rapport annuel du Global Carbon Project, organisation qui quantifie les émissions de gaz à effet de serre dans le monde, n’incite pas réellement à l’optimisme, malgré quelques signes encourageants. «Les émissions de CO2 restent orientées à la hausse, constate le professeur Pierre Friedlingstein, de l’université d’Exeter (Royaume-Uni), qui a dirigé l’étude. Elles devraient atteindre +0,8% en 2024. Cela reste très insuffisant par rapport aux objectifs des Accords de Paris.»
L’étude prévoit 37,4 milliards de tonnes d’émissions de dioxyde de carbone (CO2) d’origine fossile. Les émissions liées au changement d’affectation des terres comme la déforestation s’élèveraient à 4,2 milliards de tonnes, portant le total à 41,6 milliards de tonnes contre 40,6 milliards en 2023. Si les émissions de CO2 liées aux fossiles continuaient d’augmenter au cours des dix dernières années, à l’exception de l’épisode Covid, les émissions essentiellement liées à la déforestation reculaient. Mais les incendies, notamment provoqués par l’épisode El Nino de 2023-24, ont modifié la trajectoire.
«Rien n’indique que l’utilisation des combustibles fossiles ait atteint son maximum, alors que les effets du changement climatique sont de plus en plus dramatiques», s’inquiète Pierre Friedlingstein. D’où la nécessité impérieuse lors de la COP 29 de Bakou de voir les Etats accélérer leurs engagements dans la transition climatique et augmenter les financements des pays en voie de développement.
Forte hausse de la consommation de fossiles en Inde
L’exemple le plus frappant parmi les pays cités dans l’étude est celui de l’Inde, dont les émissions (8% du total mondial) devraient augmenter de 4,6% avec une hausse de la consommation du charbon, du pétrole et du gaz. Le rythme du déploiement des énergies renouvelables ne suffit pas à absorber l’augmentation de la demande. Les bons élèves restent l’Europe des 27, avec une baisse attendue de 3,8%, et dans une moindre mesure les Etats-Unis (-0,6%). Mais il faudra encore accélérer pour contenir l'augmentation des températures à +2°C à la fin du siècle.
La Chine bientôt en haut du pic
Certains pays pourraient prochainement rejoindre le peloton des bons élèves. C’est le cas de la Chine, dont la progression des émissions pourrait ne pas dépasser 0,2% cette année. Récemment, le gouvernement chinois a indiqué que le pic d’émission de fossiles pourrait être atteint avant l’objectif de 2030. Peut-être dès 2025 ou 2026. C’est un bon signe quand on sait que la deuxième économie mondiale concentre 32% des émissions totales de CO2.
A propos de la COP 29 qui se tient actuellement à Bakou, Pierre Friedlingstein estime dans un entretien à L’Usine Nouvelle que «cette COP sera surtout financière et sans doute pas complètement négative. Les engagements financiers pour l’adaptation sont insuffisants. Je reste modérément optimiste, car la Chine a vraiment décidé de s’engager dans la transition énergétique. La délégation américaine n’aura pas grand-chose à dire. Et il est certain que le retour de Donald Trump aura un impact négatif sur la baisse des émissions au cours des prochaines années, mais peut-être moins qu’on ne le craint.» Wait and see !



