Entretien

"Les cosmétiques français battent des records à l'export chaque année", selon Patrick O'Quin, président de la Febea

Grâce à une croissance de plus de 9%, le secteur français des cosmétique a atteint 15,7 milliards d'euros de ventes à l'international en 2019, établissant ainsi un nouveau record pour ses exportations. La progression est encore très forte en Asie, et peu de nuages sont à l'horizon pour changer la donne. Revue de détails avec Patrick O’Quin, président de la Fédération des entreprises de la beauté (Febea), qui commente les dernières perspectives pour l'Usine Nouvelle.

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Le secteur français des cosmétiques devrait dépasser les 15 milliards d’euros d’exportation en 2019

L’Usine Nouvelle. - Quels sont les résultats à l’exportation de la cosmétique française pour 2019 ?

Patrick O’Quin. - Nous avons atteint plus de 9% de croissance. Le secteur a réalisé 15,7 milliards d’euros d’exportation après avoir dépassé les 14 milliards en 2018. Cette année, nous nous plaçons au deuxième rang des secteurs exportateurs en France, derrière l'aéronautique, et devant les vins et spiritueux.

C’est un nouveau record pour le secteur français?

En réalité, depuis qu’il y a des chiffres officiels publiés par les douanes, nous battons les records chaque année. Depuis 2008, nous sommes sur des tendances de 8 à 10% de croissance annuelle à l’exportation. Cela fait qu’aujourd’hui, plus de 50% de la production française de cosmétiques est exportée. C‘est le fait des grandes entreprises mais aussi des TPE et PME car plus de 80% des entreprises de notre secteur sont de petites entreprises. Or, elles exportent, en pourcentage de leur chiffre d’affaires, souvent plus que les géants du secteur. Quand vous êtes L’Oréal, vous disposez d’usines proches de vos consommateurs, tandis que les petites entreprises, elles, ne disposent souvent que d’une seule usine, en France. Cette performance à l’exportation relève aussi du fait d’entreprises étrangères qui viennent produire ici pour avoir le label Made in France, comme Shiseido et ses parfums. L’attractivité de l'Hexagone est telle que vous venez produire en France pour exporter ensuite.

Quelles sont les tendances notables par marché géographique, et par segment de produits ?

Nous observons encore une forte croissance de l’Asie, au-delà de 25%, avec notamment +48% en Chine, qui passe du 7e au 4e rang des destinations pour les cosmétiques français. La deuxième zone la plus dynamique est l’Amérique du Nord et plus particulièrement les Etats-Unis, qui restent notre premier marché non-européen. L’Europe, qui compte pour la moitié de nos exportations, progresse aussi mais les marchés sont plus saturés, avec une croissance de seulement 5% contre 10% aux Etats-Unis.

Et par segments de marché ?

Les plus performants et importants sont les soins de la peau, le maquillage et particulièrement le maquillage des lèvres, ainsi que les parfums. Le maquillage des lèvres est en très forte augmentation. En cinq ans, ces exportations ont bondi de plus de 75%. Cela reste derrière les résultats des segments soins et parfums mais c’est cela qui réussit le mieux.

Pourquoi ?

Avec les réseaux sociaux et notamment Instagram, il y a une très forte appétence des jeunes femmes à se mettre en valeur, et le rouge à lèvres fait partie des recettes les plus faciles et visibles. Second élément : les produits manufacturés en France sont des produits de qualité, avec un savoir-faire spécifique, et appréciés notamment pour les soins des lèvres.

Et en Asie, quelle est la tendance ?

L’Asie reste plus attirée par les soins. Le parfum, en Asie, c’est une terre de développement. Dans la civilisation asiatique, seuls les Empereurs et les « femmes de mauvaise vie » se parfumaient. Le parfum restait tabou dans un passé récent. Nous avons et sommes d’ailleurs parfois obligés de vendre là-bas des produits cosmétiques sans parfum. Cela évolue mais ce n’est pas encore une dominante. C’est un vrai relais de croissance.

Rencontrez-vous des problèmes avec les différentes tensions commerciales internationales ?

Pour l’Europe et la France en particulier, il y a une épée de Damoclès : la taxation des Gafam. Parmi les mesures de rétorsion envisagées par les autorités américaines, certaines catégories de cosmétiques sont visées. Pour l’instant les négociations sont en cours, nous sommes optimistes sur leur débouchés. Ça ne va pas contrarier les tendances.

Et avec le Brexit ?

Il n’y aura pas d’impact sur l’année 2020 car ce sera une année de transition. Nous sommes en contact très étroit avec les autorités et nos homologues britanniques afin que les courants commerciaux ne changent pas fondamentalement. Le Royaume-Uni représente quand même notre quatrième marché mondial avec des ventes d’environ 1 milliard d’euros. Mais même s’il devient aujourd’hui  un pays tiers, certes ce sera peut-être plus compliqué avec les papiers douaniers mais cela ne changera pas l’appétence des consommateurs britanniques pour les produits cosmétiques français.

Quelles sont les perspectives pour 2020 ?

Le ciel est bleu. Cela fait dix ans que nos ventes à l’export augmentent, le marché mondial des cosmétiques est en croissance, et la place de la France est toujours celle d’un leader à l’export sur un marché qui augmente, avec des pouvoirs d’achats qui progressent.

L’épidémie de coronavirus peut-elle changer la donne ?

L’impact avait été insignifiant sur les épidémies de grippe 2009 ou celle du SRAS. Sauf que la Chine a pris une place considérable depuis. A ce stade et vues les prévisions, il n’y a pas de souci majeur. Il ne s’agit pas de produits périssables, on peut les stocker.

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