Lorsqu’elle doit réparer une clarinette, Emilie Mijieux commence par la raccorder à une machine sous vide, bouche tous ses trous avec ses doigts, et regarde le baromètre, qui indique zéro s’il n’y a pas de fuite. « S’il y en a une, la clarinette produira un son faux, qu’on appelle un canard », indique la luthière de 26 ans. Spécialiste de la clarinette, Emilie Mijieux travaille depuis sept ans chez Buffet Crampon, leader mondial de la production de clarinettes, qui produit 16 000 instruments par an sur son site de Mantes-la-Jolie (Yvelines). L’orientation vers la lutherie s'est imposée comme une évidence pour elle. « Toute ma famille est musicienne, mon père est très bricoleur, je voulais allier les deux », raconte-t-elle.
Des réparations faites à la main
Après quatre ans d’apprentissage du métier au sein de l’entreprise, elle passe trois ans au showroom de la marque à Amsterdam (Pays-Bas), où elle gère la vente et la réparation et acquiert des compétences en communication. « Emilie sait rassurer les artistes et être patiente avec eux », commente Philippe Leconte, directeur artistique de Buffet Crampon.
Au service après-vente, où elle travaille, toutes les réparations sont faites à la main, à quelques exceptions près. « Parfois, quand le corps d’une clarinette est cassé ou fendu à cause d’un choc thermique, on a besoin d’un autre corps, explique la jeune femme. Il suffit de passer la porte de l’usine pour commander un nouveau corps prêt à être utilisé. » A l’usine, 80% du travail reste artisanal. En complément, des centres d’usinage numérique sont utilisés pour certaines opérations, comme le « pointage », qui consiste à percer les trous de la clarinette avec précision.
Une fois qu'elle dispose d'un nouveau corps bien pointé, elle peut remettre en place les différentes parties de la clarinette. D’abord les clefs, le mécanisme qui permet à l’artiste de boucher les trous pour produire différentes notes. Emilie Mijieux pose les clés sur des boules prévues à cet effet sur le corps et les serre et grâce à un tournevis à la tige longue et fine. « Il faut beaucoup de dextérité et de sensations dans les doigts pour faire ce travail », remarque-t-elle.
Guittet Pascal Un travail de précision
« Ça ressemble à de l’horlogerie », observe Philippe Leconte. Ensuite, elle pose les tampons, des petits coussinets de cuir et de feutrine, qui permettent de boucher entièrement les trous, sans fuite. Pour ce faire, elle met de la colle, qu’elle fait chauffer au gaz, puis elle pose le tampon sur le réceptacle prévu à cet effet grâce à une plaque. « Après, il faut vérifier que le tampon est bien serré, précise-t-elle, sortant du papier à cigarette d’un tiroir. On met le papier à cigarette sous le tampon, et il faut ressentir une petite résistance en essayant de le sortir. »
Ensuite, Emilie Mijieux refait un test de mise sous vide, ultime chasse à la fuite. Elle peut ensuite procéder à d’autres tâches, comme la formation d’un apprenti ou l’accompagnement d’un commercial ou du directeur artistique à Hong Kong pour rencontrer des artistes et de potentiels clients. « Des luthiers aux mains d’or comme elle, il n’y en a pas des centaines ! Emilie est une femme entreprenante et pourrait bien prendre mon poste dans deux ans », assure le directeur artistique.



