Le 2019-nCov a franchi le Pacifique. Le 21 janvier, le Center for Disease Control and Prevention, autorité américaine de sécurité sanitaire, a dévoilé qu’un premier cas du coronavirus inconnu venu de Wuhan, en Chine, avait été enregistré sur le sol américain. Le patient, d’une trentaine d’années, avait séjourné à Wuhan avant de rentrer aux Etats-Unis le 15 janvier, via un vol indirect jusqu’à l’aéroport de Seattle-Tacoma, dans l’état de Washington. C’est la première fois depuis le début de l’alerte au 2019-nCov qu’un patient est touché en dehors de l’Asie.
Mesures à Atlanta et Chicago
Les autorités américaines ont dans la foulée annoncé une extension des mesures de détection spécifique des passagers. Dans les prochains jours, elles seront mises en place dans les deux grands hubs aériens d’Atlanta et de Chicago. Depuis le 17 janvier, des mesures avaient été instituées dans les aéroports de San Francisco et de New York JFK, les deux seuls à avoir des liaisons directes avec Wuhan, ainsi que celui de Los Angeles.
Ce premier cas américain et les annonces successives ces derniers jours de cas détectés au Japon, en Corée du Sud, à Taïwan et en Thaïlande parmi des passagers aériens en provenance de Wuhan fait évidemment craindre une propagation accrue du 2019-nCov dans le monde via les vols commerciaux. Malchance du calendrier, les célébrations du nouvel an chinois démarrent ce week-end, entraînant le déplacement de dizaines de millions de Chinois par la route, les trains et aussi les airs.
20 millions de passagers par an, vol direct depuis Paris
Wuhan est l’une des plus grandes villes de Chine continentale. Son aéroport voit transiter plus de 20 millions de passagers chaque année. Wuhan est reliée par les airs à près de 80 destinations en Chine, notamment les plus grandes villes comme Shanghai, Pékin ou Shenzhen, qui ont déjà déclaré des cas du nouveau coronavirus. En Asie, il relie directement des villes au Japon, en Corée du Sud, au Vietnam, en Indonésie, en Thaïlande, à Taïwan, au Cambodge, en Birmanie, aux Philippines et à Singapour. Ailleurs dans le monde, en plus de San Francisco et New York, des passagers peuvent voler directement depuis Wuhan vers Sydney (Australie), Dubaï (Emirats Arabes Unis), Moscou (Russie), Istanbul (Turquie), Rome (Italie), Londres (Royaume-Uni) et Paris Roissy. D’où Air France opère d’ailleurs un vol direct.
Aucun cas en France, pas de mesure aux frontières
Aucun cas n’a à ce jour été recensé en France. Lors d’une conférence de presse le 21 janvier, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a estimé que le "risque d’introduction en France" était "faible" mais qu’il ne pouvait "pas être exclu, d’autant qu’il existe des lignes aériennes directes entre la ville de Wuhan et la France". La ministre a indiqué que des messages de "précaution à destination des voyageurs se rendant à Wuhan depuis Paris ou au retour de Wuhan sont déjà diffusés dans les avions en ce qui concerne les vols directs". Par ailleurs des affiches de prévention ont été disposées à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle.
En revanche, "à ce stade, aucune mesure de contrôle aux frontières n’a été prise, conformément aux recommandations de l’OMS", a ajouté la ministre. Cela pourrait changer "en fonction de l’évolution de la situation et si les recommandations de l’OMS changent". Agnès Buzyn a aussi assuré que le système de santé, les professionnels et les établissements de santé étaient déjà préparés à toute éventualité et disposaient déjà de recommandations.
Le SRAS: 26 pays touchés
Le risque de propagation via les liaisons aériennes a évidemment été confirmé par les quelques cas enregistrés à ce jour, mais n’a pas encore démontré une propagation à large échelle. Entre 2002 et 2003, l’épidémie de SRAS (symptôme respiratoire aigü sévère), issue aussi de Chine, avait touché 8 096 personnes dans le monde dont 774 avaient succombé selon l’OMS. La très grande majorité des cas étaient restés cantonnés en Chine et à Hong Kong, mais 26 pays en avaient néanmoins recensés. La France avait dénombré 7 malades pour 1 décès.
Economiquement, pour l’heure, seules les compagnies aériennes ont fait les frais de ce risque. Que ce soit pour les grands acteurs japonais ou leurs homologues américains, et même Air France, des baisses du cours de l’action de 2 à 4% ont été enregistrées en Bourse le 21 janvier.



