Il pourrait faire sensation lors du prochain salon aéronautique du Bourget, en juin 2025. Voire faire son apparition d’ici peu au niveau de quelques aéroports français, dans le sud notamment. Lui, c’est l’EH216-S, un aéronef à décollage et atterrissage vertical (VTOL), 100% autonome et 100% électrique, capable de transporter deux passagers. Derrière ce taxi volant, l’un des tous premiers acteurs à avoir émergé sur ce créneau : le chinois EHang, créé en 2014. La société, qui a déjà vendu 300 exemplaires de son engin, est bien décidée à partir à l’assaut de la France et plus largement de l’Europe.
«Nous sommes en contact avec ADP pour le projet de vol au Bourget, deux personnes du groupe sont d’ailleurs venus nous rendre visite l’an dernier et ont effectué en vol à bord de l’EH216-S», soutient Zhao Wang, le directeur des opérations d’EHang, à l’occasion de sa venue à Paris fin octobre. Une visite qui s’inscrit dans la volonté de cette entreprise privée d’un millier de salariés d’obtenir une pleine reconnaissance du EH216-S dans les pays d’Europe. Les ambitions du groupe ADP en matière de VTOL sont déjà bien connues. Et le dirigeant d'ajouter que des discussions sont aussi menées avec deux aéroports de province dans le sud de la France.
Une volonté de percer en Europe
La société a ainsi ouvert un bureau parisien pour nouer le dialogue avec les autorités de régulation, à savoir la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) mais aussi l’Agence de l'Union européenne pour la sécurité aérienne (AESA) dont les certifications constituent le sésame obligatoire pour tout aéronef désireux de voler sur le territoire. Autre fort point d’accroche en Europe : l’Autriche, où EHang s’est rapproché de l’entreprise aéronautique FACC et du conglomérat Linz AG, lequel a acquis une licence temporaire de vol.
EHang peut s’enorgueillir de frapper à la porte de l’Europe avec une certaine expérience à faire valoir. En octobre 2023, l’EH216-S a décroché sa certification de type, validant la conception de l’appareil, de la part des autorités chinoises. Dans la foulée, toujours en Chine, le taxi volant a obtenu son certificat de navigabilité ainsi qu’une certification concernant sa production. «Des vols sont bien effectués en Chine, mais ils ne sont en revanche pas commercialisé à ce stade», précise Zhao Wang. Un client pourrait décrocher la première autorisation d’exploitation d’ici à la fin de l’année, marquant alors le début de la monétisation des vols de l’EH216-S.

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Déjà 1200 commandes au compteur
Les dirigeants d’EHang en ont bien conscience : le feu vert européen ne va pas aller de soi, à l’image de l’allemand Volocopter dont le VTOL n’aura finalement pas réussi à faire une apparition lors des JO de Paris 2024. «L’Europe a raison d’être prudente en la matière, la sécurité est l’enjeu numéro, reconnaît Zhao Wang. Il faut aussi du temps pour que le public puisse accepter les taxis volants. Les essais et les vols de démonstrations sont en cela nécessaires.» Or l’EH216-S cumule déjà plus de 50000 vols, via des courses – non commercialisées – effectuées dans 17 pays, comme la Canada, l’Arabie Saoudite, le Qatar, l’Indonésie, le Costa Rica, mais aussi une poignée de pays européens tels que les Pays-Bas, la Belgique, l’Espagne et l’Autriche.
Pour l’heure, EHang assure avoir engrangé 1200 commandes, à 90% issues de clients de nationalité chinoise. «D’ici 2030, nous visons 3000 à 5000 commandes, avec un ratio de 70% de clients chinois et 30% d’origine étrangère», détaille Zhao Wang. Chaque fois, EHang lorgne les grandes villes, estimant son engin adapté pour les trajets à l'intérieur des villes ou pour rejoindre les aéroports. Le transport sanitaire et l’extinction d’incendie d’immeubles font partie des autres cas d’usages mis en avant. Pesant 620 kilos et affichant une vitesse de croisière de 90 km/h, l’EH216-S possède en effet une autonomie de 25 minutes. Soit un rayon d’action maximale de 30 km.
Un appareil prévu pour la ville
Sa facilité d’utilisation constitue l’un des principaux arguments de vente : une fois sélectionné un couloir de vol autorisé sur une tablette, l’engin effectue un vol 100% autonome via le système local de navigation. Chaque appareil est suivi dans un centre de contrôle. «Ses 16 hélices réduisent les risques d’accidents, tout comme les 12 groupes de batteries, plaide Zhao Wang. Par rapport aux appareils concurrents, la petite taille de notre engin volant à 120 mètres d’altitude limite son encombrement et facilite son intégration dans la ville.»
Prix de cet aéronef électrique : environ 250 000 euros en Chine et 410 000 dollars (380 000 euros) dans les autres pays, en raison des taxes et des coûts de transports. Ce qui n’empêche pas EHang de développer en parallèle une version de plus grande autonomie, le VT-35, qui pourrait parcourir 300 km.
EHang L’enjeu pour EHang : démontrer que son taxi volant n’est pas un simple prototype mais bien un produit de masse assurant un haut niveau de sécurité. Ce qui entre en résonnance avec l’histoire de l’entreprise. «J’ai rencontré le fondateur, Huazhi Hu, dans une école aéronautique, se rappelle Zhao Wang. Nous nous amusions à fabriquer de petits avions.» Puis, les deux futurs dirigeants apprennent le décès de deux amis dans un accident d’hélicoptère. «C’est de là qu’est partie notre volonté de concevoir des aéronefs ultra sécurisés», poursuit-il. Les deux compères se pencheront d’abord sur les essaims de drones servant aux spectacles, munis de systèmes anticollision. Ce qui a ouvert la voie aux engins qu’EHang promeut aujourd’hui. Le premier vol public a eu lieu en 2016, lors du CIS à Las Vegas.
Déjà des centaines de livraisons
Partie très tôt dans l’aventure du taxi volant, EHang se targue d'une avance industrielle sur sa concurrence. L’entreprise chinoise possède une usine à Yunfu (province de Guangdong) de 24000 m² capable d’assembler chaque année quelque 600 exemplaires de l’EH216-S. Cette année, l’industriel table sur 200 livraisons et 400 en 2025. «Nous possédons un bâtiment identique à côté de l’usine, qui pourra être utilisé lorsque cela sera nécessaire, anticipe Zhao Wang. Il commencera à être équipé à partir de la fin de l’année.» EHang s’est notamment tourné vers un spécialiste local de la production, GAC Group. Pour le futur VT-35, une grande société automobile chinoise promet d’être de la partie, sans que son nom soit pour l’heure dévoilé.
Alors que nombre de projets de petits aéronefs souffre du manque de financements, EHang fait montre d’une étonnante bonne santé financière. A la faveur de l’envol des commandes, l’entreprise affiche de premiers bénéfices, certes modestes : elle a généré un résultat net de 1,2 million de yuans (160000 euros) lors du second trimestre 2024, pour un chiffre d'affaires de 102 millions de yuans (13,2 millions d'euros) sur la même période. «Nous sommes parvenus à lever 90 millions de dollars cette année, nous n’avons plus besoin de lever de l’argent avant plusieurs années», assure Zhao Wang. Les investisseurs convaincus, reste pour EHang à gagner la confiance des autorités de certifications en dehors de la Chine. Et de futurs passagers.



