Le vaccin Spikevax contre le Covid-19 de Moderna doit beaucoup à Lonza. Quasi inconnu du grand public, ce sous-traitant pharmaceutique suisse a fortement contribué à sa diffusion rapide. Dès mai 2020, alors que les vaccins à ARNm n’étaient encore que de la science-fiction, il a signé avec l’entreprise de biotechnologies américaine pour lui fournir son appui industriel. Encore aujourd’hui, Moderna ne dispose que de son seul site de Norwood (Massachusetts) pour produire une partie du principe actif de Spikevax. En huit mois, dès la fin 2020, Lonza avait mis au point les lignes de production pour le relayer, en s’appuyant sur son complexe de Portsmouth (New Hampshire) et, pour l’Europe, sur celui de Viège, en Suisse.
De l’autre côté des Alpes, six lignes ont été mises en service depuis et Lonza en a ajouté une autre sur son site de Geleen, aux Pays-Bas. Sans ce dispositif, Moderna n’aurait jamais pu livrer en principes actifs les sous-traitants chargés de la production secondaire (remplissage et conditionnement), et n’aurait jamais pu sortir 800 millions de doses de Spikevax dès 2021.
Si la Suisse occupe aujourd’hui la première place de la production pharmaceutique européenne, devant l’Allemagne et la France, elle le doit en partie à ses géants nationaux, tels Novartis et Roche. Mais dans l’ombre s’épanouit aussi Lonza, devenu l’un des plus grands leaders mondiaux de la sous-traitance pharmaceutique, en particulier pour les principes actifs des médicaments biotechnologiques. Le groupe, qui a discrètement fêté ses 125 ans l’an passé, est désormais un mastodonte de 17 500 employés, disposant de plus d’une trentaine de sites à travers le monde, pour un chiffre d’affaires de 6,2 milliards d’euros en 2022.
Plus de 170 produits développés par an
Baptisé du nom de la rivière Lonza, un petit affluent du Rhône, il a débuté en 1897 en produisant de l’hydroélectricité pour fournir en énergie l’industrie chimique naissante du canton du Valais. Durant les années 1920, le groupe s’est diversifié dans la chimie, avant d’y ajouter la pharmacie dans les années 1970. Au tournant des années 2000-2010, Lonza finit par se séparer de toutes ses autres activités, se recentrant sur l’ensemble du spectre pharmaceutique et biopharmaceutique, avec désormais quatre grandes divisions : les principes actifs de synthèse chimique, les principes actifs biologiques – qui constituent plus de la moitié de ses ventes –, les thérapies cellulaires et géniques, et sa branche d’encapsulation de médicaments et d’ingrédients pharmaceutiques.
En 2021, le groupe était impliqué dans près de 800 programmes de développement précliniques et cliniques, et près de 250 contrats de production commerciale de principes actifs chimiques et biologiques. Son principal complexe, à Viège, abrite plus de 4 500 salariés et plus de 90 unités de fabrication, développant chaque année plus de 170 produits pharmaceutiques pour le compte de tiers. Lonza a aussi lancé l’an dernier un investissement de 500 millions d’euros pour construire une usine dédiée à des étapes de remplissage et de conditionnement sur son site de Stein, dans le canton d’Argovie. De quoi lui permettre d’étendre encore plus ses services de sous-traitance avec un premier ancrage dans la production secondaire.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3717 - Avril 2023



