Le Royaume-Uni lance son propre Chips Act. Le gouvernement britannique a dévoilé, le 19 mai, un plan de développement de son industrie des semi-conducteurs avec, à la clé, un soutien public de 1 milliard de livres sterling, (l’équivalent de 1,15 milliard d’euros), d’ici à 2033. Mais contrairement aux Chips Act des Etats-Unis, de l’UE ou du Japon, qui cherchent tous à développer la production locale de puces de pointe, le pays a choisi de concentrer son effort sur ses quatre domaines d’excellence : la propriété intellectuelle, la conception de circuits, la recherche et les semi-conducteurs composés. Cette focalisation explique le faible montant du plan britannique par rapport aux Chips Act américain (52 milliards de dollars) ou européen (43 milliards d’euros).
Dans la propriété intellectuelle, le Royaume-Uni se targue d’être le berceau d’ARM, une société détenue aujourd’hui par le géant japonais de l’internet SoftBank et dont la technologie de processeurs est en train de s’étendre des smartphones vers les micro-ordinateurs, les serveurs et même les supercalculateurs. Elle forme le cœur-battant de l’écosystème de semi-conducteurs britannique à Cambridge. La Grande-Bretagne compte un autre joyau dans la propriété intellectuelle : Imagination Technologies, dont la technologie de traitement graphique est utilisée par Apple dans ses iPhone et iPad.
25 usines de puces
Le gouvernement britannique revendique 25 usines de production de semi-conducteurs et plus de 110 sociétés de conception de circuits au sein de son territoire. Graphcore fait partie des nouvelles stars fabless (sans usines), qui se contentent de développer leurs circuits puis d’en confier la fabrication à des fondeurs, sorte de sous-traitants, comme TSMC, GlobalFoundries ou UMC. Elle se spécialise dans les puces d’intelligence artificielle.
Alors que le silicium reste le matériau semi-conducteur roi, le Royaume-Uni parie sur les semi-conducteurs dits composés comme le silicium-germanium, l’arséniure de gallium, le phosphure d’indium, le nitrure de gallium ou le carbure de silicium, utilisés dans l’élaboration de composants photoniques, circuits radiofréquences ou composants électroniques de puissance de nouvelle génération. IQE s’impose comme le porte-étendard de cette filière promise à un bel avenir en raison de la prolifération de la connectivité sans fil, de l’électrification des véhicules ou encore du développement futur du quantique. Il se spécialise dans l’épitaxie, qui consiste à créer sur la plaquette de semi-conducteur la couche de matériau monocristallin dans laquelle les composants vont être construits.
Pas de subventions à la production
Le plan britannique exclut les subventions à la production mais s’attache à soutenir la recherche et l’innovation et à développer la formation par le système d'éducation de spécialistes dans le secteur. Il prévoit également la création d’un incubateur de start-up. La feuille de route comprend aussi un volet de coopération internationale dans la recherche et la sécurisation de la chaine logistique. Un partenariat a ainsi été noué le 19 mai avec le Japon. Le deux pays comptent tirer parti de leurs forces complémentaires pour accélérer l’innovation et améliorer la résilience de la chaine logistique. Le Japon est engagé dans un plan ambitieux d’entrée dans la production de puces de pointe à travers Rapidus, une nouvelle société créée avec la participation de huit grandes entreprises japonaises dont Sony, NEC et Toyota. Les sociétés fabless britanniques pourraient passer par ce fondeur japonais pour faire fabriquer leurs circuits, réduisant ainsi leur dépendance vis-à-vis de fondeurs à Taiwan et en Corée du Sud.



