Le retard à l'allumage du retrofit automobile

Malgré son potentiel, le marché de la reconversion de véhicules thermiques en électriques tarde à décoller.

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Aymeric Libeau, le fondateur de Transition-One, s'agace du retard du processus d'homologation.

La transformation des véhicules thermiques en électriques, dite rétrofit ? On en parle depuis 2017 en France, avec l’annonce de la fin de la vente de véhicules essence et diesel au plus tard en 2040. Malgré le développement d’une filière de start-up et l’adoption d’un cadre réglementaire en mars 2020, les premiers véhicules transformés tardent à arriver sur le marché. À l’été 2021, seuls deux modèles étaient homologués : le Solex et la 2CV. Transition-One, l’un des pionniers du marché, qui a lancé fin 2019 les précommandes pour sa gamme de voitures rétrofitées (Twingo, Clio, Kangoo…), ronge son frein. « Nos clients s’impatientent et nous sommes très sollicités depuis la fin du premier confinement », avoue son fondateur, Aymeric Libeau.

Ce qui bloque, c’est le processus d’homologation des véhicules, digne du neuf (un gage de sécurité pour les futurs utilisateurs), long et coûteux. « L’homologation d’un véhicule prend entre six et huit mois et coûte 500 000 euros », explique l’entrepreneur, qui déplore que les nombreuses jeunes pousses du secteur aient du mal à trouver des financements. Il leur faut parallèlement sélectionner et faire auditer chaque installateur. Un travail de titan. Les start-up hésitent aussi à se lancer alors qu’un cadre européen unifié n’a pas encore été adopté, ce qui leur impose de faire homologuer leurs véhicules pays par pays, avec des règles très disparates.

Or ce marché a une durée de vie limitée. L’arrivée annoncée de modèles électriques neufs moins chers (avec la baisse du coût des batteries) rendra les petits modèles d’occasion rétrofités, à l’autonomie limitée, moins attractifs pour le grand public. La fenêtre de tir est donc étroite sur ce segment de grands volumes.

Les bus, niche prometteuse

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Le potentiel est plus évident pour les marchés de niche comme les automobiles anciennes (interdites des centres-villes), les poids lourds et les autobus. Dans une étude, l’Agence de la transition écologique (Ademe) estime que le segment des bus urbains est le plus prometteur, sur les plans économique et écologique. « On peut penser que beaucoup de collectivités vont opter pour le rétrofit au moment de renouveler une partie de leur parc roulant », avance Denis Benita, ingénieur transport à l’Ademe. « L’offre de bus neufs électriques est encore faible et leur prix est prohibitif », souligne-t-il. Surtout, la conversion d’un autobus thermique à l’électrique permettrait une réduction de 87 % des émissions de CO2 sur les dix dernières années de son cycle de vie.

Près de 5 000 emplois pourraient être créés autour du rétrofit en France, selon les projections de l’Ademe. « Cette filière peut participer à une démarche de réindustrialisation dans les territoires, avec une myriade d’unités de taille modérée, veut croire Aymeric Libeau. La France est en avance et peut prendre le leadership en Europe. » 

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