Le pillage des data des agriculteurs

Si la législation européenne protège un peu mieux les données agricoles, la plupart des informations - et leurs bénéfices - échappent encore au contrôle des exploitations.

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Les exploitations comptent souvent plus d'une vingtaine de sources de données, comme les capteurs qui fourmillent sur les engins agricoles.

La data agricole attire les convoitises. Les exploitations comptent souvent plus d'une vingtaine de sources de données, de la station météo nichée dans la parcelle, aux capteurs qui fourmillent sur les engins agricoles en passant par les robots de traite... «Nos données de récoltes, collectées par nos matériels -fabriqués par des Américains - vont sur des serveurs aux États-Unis, où des statisticiens analysent en temps réel ce qui a été récolté. Ils peuvent préparer les marchés en fonction de ces données, par exemple en investissant sur des céréales sur le marché à terme», relatait il y a quelques mois Henri Biès-Péré, deuxième vice-président de la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire. De quoi alimenter le récit d'un pillage des données agricoles françaises par des acteurs étrangers.

S'il est difficile de mesurer l'ampleur de ce phénomène de prédation, le Règlement sur la gouvernance des données (DGA) de l'Union européenne contraint désormais les collecteurs à informer l'agriculteur de ce qui est compilé, à quelles fins, pour quelle durée. Suffisant? Pas pour le spécialiste Sébastien Picardat qui espérait aller un cran plus loin avec l'Ag-DataHub, une plateforme «souveraine» dont le but était, outre la récolte des consentements, de massifier et de centraliser les transactions de données des agriculteurs locaux, agissant comme une place boursière à l'image d'Euronext.

Malgré quelques soutiens et 8 millions d'euros levés auprès d'acteurs comme Avril, l'AgData-Hub n'a pas trouvé de modèle économique. «Nous nous sommes heurtés au développement de plateformes internes aux entreprises, souligne l'entrepreneur. Il y a un vrai enjeu de maîtrise et de captation des données. En tant qu'intermédiaire, notre but était de faire circuler la donnée et d'apporter de la transparence.» Une solution qui aurait permis à une multitude d'acteurs de travailler sur des quantités importantes de données, auxquelles accèdent les plus gros, comme les champions du machinisme de la semence ou des phytos, à qui cette manne est jusque-là réservée.

Seuls environ 1500 agriculteurs auraient fait transiter leurs données via l'AgDataHub selon Sébastien Picardat. Si le manque de temps et le désintérêt pour le numérique est parfois invoqué, il faut préciser que ces derniers n'avaient pas de contrepartie directe à ce partage. L'État a été appelé à la rescousse pour sauver le projet s'engageant même, à l'été 2024, à reprendre la plateforme. La dissolution est passée par là. La société s'est retrouvée en cessation de paiements. Dans l'agriculture, la data souveraine attendra.

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«Les statisticiens américains analysent en temps réel ce qui a été récolté en France. Ils peuvent préparer les marchés selon ces données, par exemple en investissant dans des céréales sur le marché à terme. » Henri Biès-Péré, deuxième vice-président de la FNSEA

 

 


«Il y a un vrai enjeu de maîtrise et de captation des données. En tant qu'intermédiaire, notre but était de faire circuler la donnée et d'apporter de la transparence. » Sébastien Picardat,consultant données

Sébastien  PICARDAT

 

3739 février 2025
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Vous lisez un article du numéro 3639 - Février 2025

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