Les coupes de production de pétrole consenties par l’Opep+ portent leurs fruits. Le marché, en surplus de 6,1 millions de barils par jour en mai, pourrait devenir déficitaire dès le mois de juin, à 1,5 million de barils par jour de moins que la demande, croit Rystad. Ses analystes voient durer ce déficit de pétrole brut et de condensats (compris entre 4,2 et 5,2 millions de barils par jour d’ici à janvier 2021) jusqu’à la fin 2021.
L’Opep atteindrait ainsi son objectif, en permettant au pétrole déstocké (qui est en partie le sien) de répondre à la demande non satisfaite par l’extraction. L’actuel remplissage record des sites de stockage est un antidote à un rebond durable des cours. Mais ce scénario a ses fragilités. Le nombre de cas de Covid-19 qui continue d’augmenter aux États-Unis et en Amérique du Sud pèse sur la demande, tandis que le rebond du WTI redonne de la vigueur aux producteurs de pétrole de schiste. "Certes, il y a de nombreux ”Chapter 11” [mesure américaine de protection contre la faillite, ndlr], mais avec un WTI à 30 ou 35 dollars, les moins endettés passent, ou presque", affirme l’expert des commodités Philippe Chalmin.
Le nombre d’appareils de forage en activité aux États-Unis, dont Baker Hughes tient le décompte, est tombé à 284 au 8 juin (contre 975 l’an passé à la même période). Mais si les cours montent encore, les producteurs de pétrole de schiste – qui se révèlent plus flexibles qu’attendu – pourraient combler le déficit à la place du déstockage. Un camouflet pour l’Opep et un point gagnant pour la Russie, lassée de cette stratégie.



