Le Japon mise sur la recherche européenne pour se lancer dans les puces de pointe

Rapidus, une société nouvellement créée pour propulser le Japon dans les technologies avancées de puces, a conclu un partenariat stratégique à long terme avec le centre de recherche Imec, en Belgique. Elle compte s'appuyer sur l’excellence de la recherche européenne pour lancer la production de circuits de 2 nanomètres en 2027.

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Signature du partenariat Imec-Rapidus
Signature de l'accord de partenariat entre les patrons de l'Imec (à gauche) et de Rapidus (à droite)

Dans sa course aux technologies de puces de pointe, le Japon vient chercher l’aide de la recherche en Europe. Et c’est sur l’Imec, le centre de recherche et technologie à Louvain, en Belgique, qu’il a choisi de miser. Un partenariat stratégique à long terme a été conclu, le 4 avril, entre cet institut européen de recherche et la société japonaise Rapidus. Il suit le protocole d’accord de coopération dans les semi-conducteurs signé à Tokyo, en décembre 2022, entre le ministre japonais de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie, et le Ministre-Président de la Flandres, qui abrite l’Imec.

Rapidus est une nouvelle société créée en novembre 2022 par le gouvernement japonais avec le soutien de huit grandes entreprises nipponnes, dont Denso, NEC, NTT, Sony et Toyota, pour propulser le Japon dans la production de puces de pointe. Elle prévoit la construction à Hokkaido d’une mégafab avec l’objectif de débuter, autour de 2027, la fabrication de circuits logiques de 2 nanomètres indispensables à des applications comme la 5G, l'informatique quantique, les centres de données, les véhicules autonomes ou les villes intelligentes. Le projet représenterait un investissement colossal de plus de 37 milliards de dollars selon la presse japonaise.

Le Japon déclassé

Après avoir dominé l’industrie des semi-conducteurs jusqu’au début des années 1990, le Japon s’est fait déclasser dans la production de circuits intégrés logiques. Il se cantonne aujourd’hui à des technologies matures de 40 nanomètres et plus, alors que le fondeur taïwanais de puces TSMC et le sud-coréen Samsung débutent cette année la production de la génération de 3 nanomètres. Pour les circuits logiques de pointe, indispensables à des applications comme l’intelligence artificielle, l’assistance à la conduite ou le calcul intensif, le Japon dépend donc totalement de ces deux sous-traitants situés dans des pays à forts risques géopolitiques.

L’Imec constitue l'un des trois centres européens d’excellence de recherche et technologie dans les semi-conducteurs, aux côtés du CEA-Leti, en France, et des instituts Fraunhofer, en Allemagne. Il se targue d’être le seul en Europe encore actif dans la loi de Moore, et donc la miniaturisation des technologies de puces. C’est grâce à son soutien de R&D que le fondeur chinois de semi-conducteurs SMIC a réussi à mettre en production en 2020 la technologie de 14 nanomètres.

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Tapis rouge déroulé à TSMC

Le Japon est engagé dans un ambitieux plan de revitalisation de son industrie de semi-conducteurs avec un double objectif : tripler le chiffre d’affaires de son industrie dans le secteur à 113 milliards de dollars en 2030 selon The Japan Times, et reprendre la main dans les technologies avancées des puces de 2 nanomètres et moins. Tokyo n'a pas hésité à dérouler le tapis rouge à TSMC pour le convaincre de créer deux mégafabs dans le pays. Mais ces usines se limiteront aux technologies matures de 22 et 28 nanomètres et aux technologies semi-avancées de 16 et 12 nanomètres.

Rapidus rejoint une longue liste de partenaires stratégiques de l’Imec qui comprend notamment GlobalFoundries, Intel, Micron Technology, Qualcomm, Samsung, SK Hynix, Sony, AMD, Kioxia, TSMC et Western Digital. La société japonaise a également noué un partenariat stratégique de R&D avec l’américain IBM qui a fait la démonstration en 2021 de la première puce de 2 nanomètres. Elle compte s’appuyer aussi sur le centre de technologie des semi-conducteurs de pointe (LSTC pour Leading-edge Semiconductor Technology Center) que les Etats-Unis et le Japon sont convenus de créer en commun au pays du Soleil Levant.

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