Le grand défi de la décarbonation de l'estuaire de la Loire

D’ambitieux projets se dessinent pour faire du port de Nantes Saint-Nazaire une zone industrielle bas carbone. Plusieurs pourraient voir le jour avant 2030.

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Le site de la centrale à charbon de Cordemais pourrait accueillir le projet Ecocombust de production de black pellets.

De la centrale à charbon de Cordemais au terminal méthanier Elengy, en passant par la raffinerie de Donges et la centrale électrique au gaz d’Engie, il suffit de parcourir l’estuaire de la Loire pour mesurer la prédominance des énergies fossiles. «La question centrale, c’est comment passer d’un hub d’énergie carboné à un décarboné», résume Julien Dujardin, le directeur adjoint du Grand port maritime de Nantes Saint-Nazaire. Qui rappelle que la «rente carbone» représente jusqu’à 75% du trafic portuaire et 10% de l’apport en énergie primaire du pays.

Si cette dépendance aux fossiles est un enjeu connu depuis des décennies, le premier port de la façade Atlantique a décidé de hâter le pas en lançant une série d’actions devant contribuer à sa décarbonation. Le projet phare est sans doute Eole, un aménagement qui doit permettre de créer une base industrialo-portuaire au rôle clé pour l’éolien flottant. Saint-Nazaire fait valoir son expérience en la matière, avec l’installation récente des 80 éoliennes offshore du banc de Guérande et bientôt de celles du parc des îles d’Yeu et Noirmoutier.

Cap sur l'éolien flottant

Pour le flottant, il s’agira de remettre en état l’ancien «quai de la réparation», juste à côté des Chantiers de l’Atlantique. Ce site, avec ses 700 mètres de quai et ses 15 hectares, est désaffecté depuis plus de trente ans. Les premières esquisses permettent de chiffrer l’investissement à près de 150 millions d’euros. Il faudra de surcroît compter 80 millions d’euros, au bas mot, pour doter le site de moyens de levage hors normes. Le port compte mener la concertation en 2024 pour être à pied d’œuvre en 2028. «Ce projet s’inscrit dans le sillage du processus de planification maritime lancé par le gouvernement», mentionne Julien Dujardin. L’État demande aux ports de la façade Atlantique, dont Brest et Lorient, de travailler ensemble pour faire face au gigantisme des chantiers d’assemblage des turbines, des flotteurs, de l’ancrage et du câblage…

Parmi les autres projets de décarbonation figure l’accueil de parcs de batteries pour le stockage électrique. Enerdigit et Harmony Energy sont sur les rangs. Dans le photovoltaïque, un parc de 14 hectares est planifié par Amarenco autour du terminal méthanier. Il s’ajoute à celui d’Engie, sur 9 hectares. Le port est aussi partie prenante du programme GoCO2, un réseau de captage et de transport de CO2 d’origine industrielle à l’échelle des Pays de la Loire. Le projet doit mobiliser 1,7 milliard d’euros pour une mise en service prévue en 2030. Il s’agit de poser des centaines de kilomètres de canalisations afin de recueillir le CO2 de quatre sites industriels des Pays de la Loire, dont la raffinerie TotalEnergies de Donges.

L’autre grande ambition pour le port de Saint-Nazaire est l’hydrogène. «Ce sera la molécule de base de la décarbonation de l’estuaire, soutient Julien Dujardin. Et cela doit passer par une production massive.» Le port a lancé un appel à manifestation d’intérêt pour l’installation d’une unité d’électrolyse d’une capacité de 250 mégawatts associée à la production d’e-carburant. Un choix sera fait en fin d’année entre trois candidats encore en lice. Ce projet industriel «de plusieurs centaines de millions d’euros» est l’une des pierres angulaires de la zone industrielle bas carbone Loire Estuaire, une démarche lancée par l’Agence de la transition écologique (Ademe) et associant d’autres industriels, dont EDF, TotalEnergies, Yara, Engie et Elengy, pour établir une stratégie commune de décarbonation. «Nantes Saint-Nazaire fait partie des grands bassins où les industriels vont chercher à se décarboner, c’est-à-dire à passer du fossile à l’électricité, confirme Carole Pitou-Agudo, la déléguée régionale RTE de la région Ouest. Cela créera un appel de 1 à 2 gigawatts supplémentaires sur cette seule zone.»

50 000 tonnes d’e-carburants verts

L’autre projet XXL lié à l’hydrogène, porté par EDF, avec Holcim, l’IFPen et Axens, est Take Kair. L’objectif est d’installer en 2028 «un pilote industriel à échelle significative».Take Kair vise à produire de l’e-kérosène (ou e-SAF) pour l’aéronautique à base d’hydrogène et de CO2 capté dans l’industrie. Air France-KLM sera le principal acheteur de ce carburant de synthèse. Ce programme, dont le montant est estimé à près de 700 millions d’euros, est largement tributaire des aides publiques qu’il pourra obtenir. Il pourrait permettre la production annuelle de 50 000 tonnes d’e-carburants bas carbone à partir du captage de 160 000 tonnes de CO2 biogénique et d’hydrogène fabriqué par un électrolyseur de 200 mégawatts.

«La localisation précise est en cours d’étude», assure-t-on chez EDF. La centrale électrique de Cordemais sera vraisemblablement l’un des emplacements considérés. Car le sort de ce site n’est pas totalement figé. Le 24 septembre, Emmanuel Macron a fixé à 2027 la fin de cette centrale à charbon, qui devait initialement s’arrêter en 2022 avant que sa fermeture ne soit décalée à 2026. Pour l’instant, c’est le projet Ecocombust porté par Paprec et EDF qui est envisagé pour le reconvertir. L’ambition est de produire des black pellets, des granulés combustibles à base de déchets de bois. L’enquête publique a été lancée le 25 septembre pour cet investissement estimé à 250 millions d’euros, dont un tiers d’aides de l’État.

Christelle Morançais, la présidente de la Région, imagine aussi à cet endroit l’implantation d’un mini-réacteur nucléaire de type SMR. Une idée iconoclaste, sachant que juste en face, sur la rive sud de la Loire, un projet de centrale nucléaire avait provoqué dans les années 1970 une très vive opposition sur ce territoire toujours prompt aux luttes environnementales.

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3726 - Janvier 2024

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