Le fondeur chinois de puces SMIC va construire une méga usine de 9 milliards de dollars

Malgré l’embargo américain, le fondeur chinois de puces SMIC compte construire, à Shanghai, sa plus grande usine. Un investissement de près de 9 milliards de dollar qui s’inscrit dans un contexte de forte pénurie de semi-conducteurs. 

 

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Semiconductor Manufacturing International Corporation (SMIC)
Siège et principal site de production de SMIC à Shaghai, en Chine.

SMIC ne baisse pas les bras. Malgré l’embargo américain qui le frappe depuis septembre 2020, le plus grand fondeur chinois de puces, cinquième mondial derrière le taiwanais TSMC, le sud-coréen Samsung, l’américain GlobalFoundries et le taiwanais UMC, engage la construction, à Shanghai, de sa plus grande usine. L’investissement se monte à 8,87 milliards de dollars. Le projet est révélé aux investisseurs dans une notre d'information règlementaire publiée le 3 septembre 2021.

Il s’agit du plus grand investissement jamais consenti dans une seule usine par SMIC. Il sera partagé par le fondeur chinois, la municipalité de Shanghai et des investisseurs privés à travers une coentreprise détenue à 51 % par SMIC et 25 % par la municipalité de Shanghai. L’usine aura une capacité mensuelle de production de 100 000 plaquettes de 300 mm. Elle sera focalisée sur les technologies matures de 28 nanomètres et plus, aujourd’hui particulièrement demandées pour des composants comme les capteurs d’image, les circuits Wi-Fi, les microcontrôleurs ou les pilotes d’écrans plats.

Pilier essentiel des puces chinoises

SMIC dispose aujourd’hui de six usines, trois de 200 mm et trois de 300 mm, situées à Shanghai, Pékin, Tianjin et Shenzhen. Si l’entreprise réalise les deux tiers de son activité pour des clients chinois, elle travaille également à plus de 10 % pour des clients européens et à plus de 20 % pour des clients américains, dont Broadcom et Qualcomm. Elle constitue un pilier essentiel de la stratégie de Pékin visant à devenir une puissance qui compte dans les semi-conducteurs.

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Ce projet s’inscrit dans un contexte de forte pénurie de puces, notamment dans les technologies matures (28 nanomètres et plus) comme celles utilisées dans l’automobile, l’industrie ou l’Internet des objets. TSMC, Samsung, UMC, GlobalFoundries… Tous les fondeurs de semi-conducteurs sont en train de mettre les bouchées doubles pour accroitre leurs capacités de production dans ces technologies quelque peu négligées jusqu’ici au profit de technologies avancées allant aujourd’hui jusqu’à 5 nanomètres.

SMIC affiche une situation paradoxale. Son placement en septembre 2020 sur la liste noire du département américain du commerce (comme Huawei en mai 2019) a été un sacré coup dur. Il empêche l’entreprise d’accéder librement aux équipements et technologies de production de fournisseurs américains clés comme Applied Materials, Lam Research ou KLA, incontournables dans les technologies avancées. La direction reconnaît les difficultés entrainées par cet embargo. «Depuis son placement sur la liste noire des Etats-Unis l’année dernière, SMIC avance dans des circonstances difficiles et toute l'entreprise travaille dur, confiait Mong Song Liang, l'un des deux directeurs généraux, lors de la publication des résultats trimestriels en août 2021. En termes de continuité des opérations, nous travaillons activement avec nos fournisseurs pour nous assurer que nos engagements envers les clients soient respectés et que les risques d'incertitude dans les technologies matures soient encore réduits. » La réalisation des projets d’extension de la production reste néanmoins soumises à de fortes incertitudes, car elle dépend du bon vouloir de l’administration Biden et des licences qu’elle voudra bien accorder aux équipementiers américains.

Santé financière insolente

Malgré ces difficultés, SMIC affiche une santé pour le moins insolente. Alors que le marché des services de fonderie de puces a progressé de 6,2 % au deuxième trimestre 2021 par rapport au trimestre précédent selon le cabinet TrendForce, le grand fondeur chinois se distingue par une croissance de 21,8 %, la plus forte du Top 10 mondial. C’est qu’il bénéfice à plein du boom du marché en Chine et de la volonté croissante des équipementiers et concepteurs fabless chinois de sécuriser la fabrication de leurs circuits en allant chez SMIC, plutôt que chez TSMC, UMC ou GlobalFoundries. C’est pour les aider à s'affranchir notamment de TSMC, qui domine à plus de  50% le marché selon TrendForce, que SMIC lance son projet de nouvelle méga usine.

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