Reportage

Le fabricant de fours et de cuisinières haut-de-gamme La Cornue entame sa mue numérique

Reconnu à l’international pour ses fours à voûte et ses cuisinières haut-de-gamme, le fabricant La Cornue, basé dans le Val d’Oise, compte gagner en productivité et introduire une dose de digital dans son fonctionnement pour suivre sa croissance.

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Ateliers La Cornue.
Les pianos de cuisine sont assemblés à la main, et testés avant leur expédition.

En huit mois, La Cornue a réduit ses délais de fabrication de 26 à 12 semaines. Une reconstitution de l’atelier, façon puzzle, surplombe l’usine de Saint-Ouen-l'Aumône (Val-d’Oise), où sont fabriqués les fours et les pianos de cuisine haut-de-gamme de cette entreprise (68 salariés, 38 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023). Elle permet d’imaginer la reconfiguration en cours des 2500 m² d'atelier.

Le nombre de produits assemblés a progressé de 30% en un an. Un monitoring des opérations grâce à la data a été introduit. «Il a fallu modéliser l’existant. Nous avons aussi inclus nos sous-traitants dans cet effort», précise Nicolas George, ingénieur amélioration continue.

Ateliers La Cornue.SITTLER Come
Ateliers La Cornue. Ateliers La Cornue. (SITTLER Come)

La production s'effectue dans une usine «qui doit être optimisée», selon ses managers. (Côme Sittler)

«Mon objectif principal est de préparer cette PME à être dans un état d’esprit d’ETI, en asseyant notre leadership dans les pays où nous sommes présents», explique Edouard Laclavière, nommé directeur général de La Cornue en septembre dernier, après un passage chez le fabricant d’accessoires pour cavaliers Samshield et un long parcours dans la grande consommation, chez Procter & Gamble puis chez L’Oréal.

Une nécessaire digitalisation

Ateliers La Cornue.SITTLER Come
Ateliers La Cornue. Ateliers La Cornue. (SITTLER Come)

Les références colorimétriques de chaque client sont conservées sur une vingtaine d'années. (Côme Sittler)

Pas question de toucher au four à voûte, le produit phare toujours breveté de l’entreprise créée en 1908. Grâce à ses flux d’air chaud tournants, «les produits sont moins secs et plus tendres, par convection naturelle», décrit Erick Pelamourgues, le directeur des opérations. En revanche, La Cornue, qui fabrique environ 800 cuisinières par an, devra moderniser ses process. Dans l’atelier, les bons de commande côtoient les échantillons de plaques émaillées aux couleurs précises choisies par les clients. Vingt ans d’archives personnalisées, pour pouvoir assurer la continuité du service après-vente, classées par de simples étiquettes.

«Il y un enjeu de digitalisation, pour mieux monitorer le stock, la production, et améliorer l’efficacité. L’entreprise doit faire sa transition numérique en interne. Il faut aussi travailler sur la gestion de nos stocks et de nos flux de matières. Si on ne passe pas ce cap 2.0, nous ne pourrons pas progresser», expose Edouard Laclavière. Des manuels de montage au format électronique sont envisagés. Chaque opérateur pourrait disposer d’une tablette, et pouvoir scanner les pièces détachées.

L’entrepôt n’est pas non plus informatisé – un logiciel spécialisé, de type warehouse management system, est à l’ordre du jour. Sur le site internet, le configurateur de produits doit pour sa part être modernisé. 70% des commandes contiennent au moins un élément de personnalisation. 7 millions de configurations sont possibles, avec 60 teintes d’émaillage.

Un process manuel

«Ovni» du groupe américain Middleby, spécialisé dans le matériel de cuisine et les équipements pour l’industrie agroalimentaire, la PME réalise 60% de son chiffre d’affaires aux Etats-Unis, devant la France et l’Australie. La Cornue est positionnée sur un segment haut-de-gamme, avec un prix moyen du Château, son modèle phare de pianos de cuisine, de 30 000 euros – pour une fourchette allant de 20 000 à 300 000 euros.

Les commandes émanent quasi exclusivement de particuliers. «On fait fabriquer une cuisine quand on achète une maison. Nos clients, dans le luxe, sont moins touchés par les difficultés économiques, mais sont aussi dans un phénomène d’attentisme par rapport aux ventes immobilières», constate Edouard Laclavière.

Au-delà de l’estampille made in France, «qui fait vendre dans le monde entier», La Cornue, labellisée Entreprise du patrimoine vivant, mise sur sa fabrication à la main pour parfaire sa renommée. «Fabriquer à la main, cela peut paraître lunaire, concède Erick Pelamourgues. La Cornue incarne la qualité, le savoir-faire, le côté artisanal, la personnalisation et l’esthétique. Ce sont de beaux objets. Il faut rester dans des codes traditionnels.»

Ateliers La Cornue.SITTLER Come
Ateliers La Cornue. Ateliers La Cornue. (SITTLER Come)

Une plieuse doit être remplacée courant 2024. Les opérations s'effectuent à la main. (Côme Sittler)

98 tonnes de tôles inox sont achetées chaque année – les commandes sont mutualisées à l’échelle du groupe. Si le polissage, les finitions et l’émaillage sont sous-traités, les autres opérations sont manuelles, à l’image du pliage des tôles. Les fours sont également montés à la main, en quatre versions, gaz et électrique, avec leurs résistances voûtées.

Deux contrôles qualité sont opérés pour chaque produit fabriqué, avec un montage à blanc. Une flamberge, qui permet de faire cuire la viande au moyen du rayonnement de la fonte, trône notamment dans le laboratoire. Un process long, donc (environ 24 heures de montage), malgré une augmentation des commandes : «nous avons eu des croissances dignes d’une start-up depuis le covid, les gens souhaitant améliorer leur intérieur», sourit Erick Pelamourgues. Les ventes de 2024 sont attendues en hausse de 10%.

Des fours encastrables pour conquérir les villes

20% du chiffre d’affaires est réalisé avec d’autres produits, tels que des meubles et des plans de travail. Les fours et pianos demeurent néanmoins au centre de la stratégie de La Cornue, qui lance le Castel 60, une cuisinière conçue pour les citadins, destinée à augmenter le taux de pénétration dans tous types de logements. «Le 60 cm de largeur est un standard du marché de la cuisine. Nous lançons aussi deux fours à encastrer. Il s’agit de conquérir le marché urbain, ou bien de se positionner comme un four supplémentaire dans la maison», commente Edouard Laclavière.

Autre projet, celui d’un développement commercial plus fort au Moyen-Orient. «Nous sondons le marché asiatique, sur lequel les habitudes de cuisine sont différentes», ajoute le directeur général. 150 000 euros doivent être investis en 2024 dans le remplacement d’une plieuse, et 100 000 euros dans l’outil informatique. Les locaux, vieillissants, pourraient quant à eux faire l’objet d’une rénovation.

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