Le coup de gueule de Jean Botti, patron de VoltAero, face au déficit de financements pour les avions électriques

Les projets d’avions électriques tricolores se multiplient, mais ils pourraient être mis à mal par le manque de financements, alerte Jean Botti, patron de VoltAero et ex-directeur de l’innovation d’Airbus.

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Jean Botti  Voltaero
Jean Botti tire la sonnette d'alarme: si les projets d'avions électriques français ne sont pas assez aidés, ils pourraient se faire laminer par la concurrence étrangère.

L'Usine Nouvelle - Quel est l’état d’avancement de votre projet d’avion électrique Cassio ?

Jean Botti - Notre avion vole maintenant depuis plus d’un an. Il a réalisé 135 vols, soit 110 heures de vol, a atterri dans 28 villes, a traversé la Manche et a réalisé plus de 8000 kilomètres. VoltAero a engrangé environ 70 pré-commandes, pour une valeur de 70 millions d’euros, auprès de plusieurs compagnies basées en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis. L’usine de Rochefort va entrer en construction en 2022 et va commencer à produire dès le deuxième semestre 2023. Elle représente un investissement de 2 millions d’euros et générera quelque 100 emplois directs. Aujourd’hui, les essais de soufflerie de Cassio s’achèvent et nous sommes en train de définir les outillages pour la future usine.

Quelles sont vos ambitions industrielles ?

Nous prévoyons de produire 30 avions en 2023, puis 90 en 2024 et 150 en 2025, correspondant au rythme de croisière que nous visons. Le démonstrateur Cassio 1 laissera alors la place à une famille de trois appareils nommés suivant leur niveau de puissance, située entre 330 et 600 kW : le Cassio 330 (4/5 places), le Cassio 480 (6 places) et le Cassio 600 (10/12 places). Pour rappel, l’E-Fan avait une puissance de 60 kW et le Cricri de 20 kW. Les avions pourront effectuer des vols 100% électrique sur moins de 200 km puis passer en mode hybride au-delà.

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Parvenez-vous à trouver des financements pour lancer votre avion ?

Le projet a reçu au total 10 millions d’euros d’aides de la part de la région, de l’Europe et d’investisseurs privés. Or, ce type de projet coûte environ 45 millions d’euros. Nous devons donc encore trouver 35 millions d’euros. L’Europe pourrait de nouveau nous aider à hauteur de 11 millions d’euros dans le cadre du Green Deal, gagné en juillet 2020, si nous levons en parallèle 11 millions d’euros. Nous sommes aussi en train de nouer un partenariat industriel stratégique qui pourrait donner une nouvelle ampleur au projet. Il faut dire que les aides financières nationales sont très peu nombreuses, en ce qui nous concerne. Au point que je me suis demandé plusieurs fois si j’avais fait le bon choix en ancrant mon projet en France. Il y a notamment une bien meilleure dynamique aux États-Unis, pays de ma deuxième nationalité. Mais j’ai choisi la France, je ne le regrette pas. Et je dois dire que la fidélité de la Région Nouvelle Aquitaine a été un élément déterminant dans mon choix.

Pourquoi dites-vous que les aides sont trop nombreuses en France ?

Il est en particulier incompréhensible que le Corac ne soutienne pas notre projet. On m’a dit au début que notre projet était trop en amont, maintenant, on me dit qu’il est trop en aval. Le projet d’avion décarboné soutenu par le Corac est l’EcoPulse, développé par Airbus, Safran et Daher, sur un avion de taille équivalente à notre Cassio. Mais nous sommes beaucoup plus avancés à ce jour dans le développement. Nous ne recevons pas de fonds comme en reçoivent les grands donneurs d’ordre. Il n’est pas compréhensible que les projets de petits aéronefs électriques ne soient pas davantage soutenus. Tout le monde devrait avoir accès à l’argent public, pas seulement les grands donneurs d’ordre. C’est ce que mes équipes et moi sommes en droit de demander, en tant que contribuables français. Nous n’avons aucun soutien non plus de la part de Bpifrance à ce jour, malgré nos demandes répétées. C’est pourtant elle qui est censée aider les entreprises comme la nôtre avec l’argent public. Nous n’avons reçu aucune explication à ce jour. On nous a totalement ignorés.

Quel est le risque, si les projets français ne sont pas soutenus ?

C'est une compétition internationale et nos concurrents chinois et américains avancent. Si nous voulons repositionner la France et l'Europe sur l'aviation régionale, nous devons aller vite et bénéficier du même accompagnement que nos concurrents étrangers. J’espère que le plan France 2030 du président de la République Emmanuel Macron va s’adresser aussi à nous. Un investisseur chinois a frappé à ma porte au début du projet, mais il imposait que j’aille enseigner dans une université chinoise et que j’accepte un transfert de technologies et de nos équipes pendant trois ans. J’ai bien sûr refusé. Les États-Unis représenteront le plus gros marché pour les vols électriques régionaux. Il y a d’ailleurs bien plus d’argent disponible dans ce pays pour ce type de projets. Mais nous n’envisageons pas d’aller produire là-bas, même si nous nous sommes posé la question. En France, ces vols pourraient être complémentaires de ce que propose le TGV et connecter les régions et les territoires entre eux.

Propos recueillis par Olivier James

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