S'estimant boudées par l’Etat, les start-up de l’aviation décarbonée misent gros sur le plan France 2030

Alors que l’Etat n’a jusqu’à présent soutenu aucune start-up portant un projet d’avion bas carbone, le plan France 2030 pourrait changer la donne. C’est ce qu’espèrent de nombreux dirigeants de petites entreprises.

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Ascendance Flight Technologies ATEA
Les projets d'aéronefs électriques, à l'image de celui d'Ascendance Flight Technologies, pourraient constituer à l'avenir un marché prometteur... à condition d'être soutenus.

«Les grandes oubliées». Voilà ce que seraient les start-up de l’aviation décarbonée, selon le patron de l’une des plus avancées d’entre elles. Il faut dire qu’aujourd’hui, le constat est sans appel : à l’heure où la réduction de l’empreinte carbone du transport aérien constitue un facteur majeur de transformation du secteur, la France, l’une des rares nations aéronautiques dans le monde, n’a pour le moment pas directement soutenu ses start-ups et PME innovantes proposant des aéronefs en rupture.

Pour la petite dizaine de projets d’envergure qui ont éclos sur le territoire national et mettant en œuvre la propulsion électrique, seules les Conseils régionaux et Bpifrance se sont impliqués financièrement parmi les acteurs publics. Des exemples ? La start-up VoltAero est soutenue par Nouvelle-Aquitaine. Pour Ascendance Flight Technologies et Aura Aero, c’est l’Occitanie qui a mis la main à la poche. Mais quand leurs concurrents lèvent des centaines de millions d’euros à l’étranger, en Allemagne et aux Etats-Unis en particulier, les Français ne parviennent à amasser que quelques millions d’euros. Ils souffrent aussi du manque d'engouement de la part des investisseurs privés.

Des attentes énormes

Le plan France 2030, présenté le 12 octobre par Emmanuel Macron, pourrait-il changer la donne ? Le volet aéronautique de ce plan visant à soutenir « l’avion bas carbone » est doté d’une enveloppe de 1,2 milliard d’euros. S’il concernera sans doute aussi des projets de recherche liés aux carburants alternatifs, il pourrait aussi bénéficier aux projets de petits aéronefs décarbonés. «C’est toute la question, mais pour le moment on ne sait pas encore quel sera le fonctionnement cible», précise François Chopard, patron de l’accélérateur de start-up Starburst Accelerator.

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Le lancement de ce plan a en tout cas fait naître l’espoir pour plusieurs dirigeants de petites structures, peinant à trouver les financements nécessaires à leurs projets d’avions hybrides électriques et autres taxis volants. Avis tranchant de l’un des porteurs de projet de ce type : «France 2030, j’en attends beaucoup, mais si c’est réel. Car j’ai jusque-là été très déçu. J’espère que ce plan s’adressera enfin à nous.» Des propos emprunts d’amertume alors que le marché lié aux petits aéronefs électriques semble prometteur, en particulier aux Etats-Unis et en Asie, mais qu’il pourrait échapper aux acteurs français faute d’aides substantielles.

Des fonds qui bénéficient jusque-là aux plus grands

En juin 2020, l’Etat avait pourtant bien dégainé dans le cadre de son plan de relance dédié à l’aéronautique un outil de financement de l’avion vert : le fonds Corac, d’un montant de 1,5 milliard d’euros étalé de 2020 à 2022. Le Corac ? Une structure créée en 2008 chargée de définir de grands projets de recherche, co-financés par l’Etat et l’industrie via un pilotage assuré par les grands groupes de la filière. «Ce sont les grands donneurs d’ordre de la filière qui tirent les ficelles, le Corac n’a pas même vocation à soutenir les petites structures», confie un dirigeant de start-up, dont les propos sont largement confirmés par d’autres témoignages. A ce jour, le seul projet d’avion bas carbone soutenu par le Corac est l’EcoPulse : un démonstrateur hybride électrique justement développé par Daher, Safran et Airbus. «Il est scandaleux que les projets de petits aéronefs électriques ne soient pas davantage soutenus», s’emporte un autre patron.

«Avec le premier plan de relance, l’Etat a voulu réagir vite pour sauver l’existant en se concentrant sur les grands groupes et en sauvegardant en particulier leurs bureaux d’études via le fonds Corac, détaille un jeune dirigeant. Il faut reconnaître que le gouvernement a maintenant pris conscience de la nécessité de soutenir aussi les petites entreprises. L’intention est bonne, j’ai été agréablement surpris, mais j’attends de voir comment cela va être mis en œuvre.» Il est peu dire que France 2030 est attendu de pied ferme par les start-up de l’aviation décarbonée.

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