Le ton est très pessimiste chez Solvay. "Les résultats meilleurs qu’attendus de notre division Matériaux composites au premier trimestre ne préfigurent pas du tout la tempête que nous sommes en passe d’affronter", glisse un porte-parole du groupe. Ce 15 mai, le chimiste belge (qui s'était historiquement emparé du français Rhodia) a ainsi annoncer un plan renforcé de restructuration avec 570 suppressions d’emplois, soit 20% des effectifs de la division, et la fermeture de deux usines.
Aucun impact n’est attendu en France, a affirmé Solvay sur ce dossier.
Aéronautique et automobile
Les deux usines concernées sont celles de Tulsa (Oklahoma, Etats-Unis, 142 salariés) et de Manchester, au Royaume-Uni (33 collaborateurs). Ces suppressions d’emplois sont intégrées dans les 570 licenciements prévus. Les deux usines produisent des composites, comme des thermoplastiques renforcés en fibres de carbone et fibres de verre, des matériaux utilisés dans l’aéronautique, l’aérospatial, la défense, l’automobile et d’autres applications industrielles. Les deux fermetures sont programmées avant la fin de l’année. Selon un porte-parole, les capacités pour l’aéronautique des deux usines seront transférées sur d’autres sites de Solvay aux Etats-Unis, tandis que celles de l’usine de Tulsa pour l’automobile seront transférées sur le site du groupe à Heanor, au Royaume-Uni.

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Héritage de Cytec
Ces deux usines proviennent de l’héritage de Cytec, anciennement numéro deux mondial des matériaux composites pour l’aéronautique. Solvay avait déboursé 5,5 milliards de dollars (environ 5 milliards d’euros à l’époque) en 2015 pour ce joyau promis à un avenir radieux avec l’expansion grandissante de l’aéronautique et des nouvelles générations d’avions toujours plus gourmandes en matériaux composites pour alléger les appareils.
Désastre du 737 Max
Sauf que le désastre du 737 Max de Boeing est passé par là. Les crashs consécutifs de deux appareils l’an dernier, révélant des défauts de conception majeurs et entraînant un arrêt de la production depuis le 1er janvier dernier, ont déjà sérieusement impacté la division Matériaux composites de Solvay. Fin février, le chimiste belge avait lancé un premier plan de restructuration conséquent avec la suppression de 500 postes, dont 100 en France d’ici à 2021. Ce plan n'était pas lié qu'aux problèmes du 737 Max mais s'inscrivait dans une réorganisation des divisions du groupe, entamée fin 2019, et dans la réorganisation de la division Matériaux avancés qui intègre aujourd'hui le segment Matériaux composites.
- 4% de ventes au premier trimestre
Cette fois-ci, le nouveau plan est plus sévère. Car la pandémie de Covid-19 a un impact économique et industriel terrible, sur l’aéronautique notamment, et par ricochet sur la demande pour les matériaux composites de Solvay. En 2019, le segment Matériaux composites avait enregistré des ventes de 1,27 milliard d’euros, en progression de 18% sur un an, malgré la chute de la demande de la part de Boeing. Mais au premier trimestre 2020, les ventes n’ont atteint que 308 millions d’euros, en contraction de 3,9% par rapport au premier trimestre 2019. Et selon un porte-parole, les résultats de ce segment seront encore plus touchés au deuxième trimestre.



