Qui peut arrêter Stellantis ? Pour la troisième année consécutive, le constructeur né en 2021 publie des résultats financiers à faire pâlir ses plus féroces compétiteurs. Selon des données publiées jeudi 15 février avant l’ouverture des places boursières, le chiffre d'affaires de l’entreprise a progressé de 5,5%, à 189,5 milliards d'euros (soit dix milliards de plus qu’un an auparavant). De quoi porter le bénéfice net du groupe vers un nouveau record de 18,6 milliards d’euros (+11%).
Le résultat opérationnel courant s’établit quant à lui en légère hausse à 24,3 milliards d’euros. Soit un taux de marge opérationnelle courante de 12,84%, en légère baisse (12,99% en 2022) mais largement en phase avec les attentes des analystes financiers. A l’instar de Renault qui a publié mercredi 14 février des résultats qualifiés d’«historiques» (avec un taux de marge opérationnelle de 7,9%), Stellantis profité à plein de la stratégie de la valeur, qui vise à augmenter le revenu généré par véhicule.
En Europe – premier marché de Stellantis en termes de volume avec 2,8 millions de véhicules livrés en 2023 – le chiffre d’affaires net a augmenté de 5%, à 66,6 milliards d’euros, «principalement en raison de l'augmentation des volumes, d'une politique de prix nets positifs et d'un mix favorable, partiellement compensés par l'augmentation des volumes avec des engagements de rachat et des effets de change», précise l’entreprise dans un communiqué.
Si le résultat opérationnel courant du groupe reste stable sur le Vieux Continent, il a toutefois perdu 5% outre-Atlantique, à 13,3 milliards d’euros, malgré une hausse limitée du chiffre d’affaires à 86,5 milliards d’euros (+1%). Les Etats-Unis restent le marché le plus rentable pour le groupe, qui y réalise 45% de ses recettes. Stellantis indique avoir pâti de «perturbations de la production et de coûts liés aux accords de travail» – en référence aux accords signés fin octobre avec le syndicat UAW après plusieurs semaines de grève qui ont coûté environ 3 milliards d’euros au groupe. Sans ces évènements qui ont plombé les comptes au second semestre, la marge opérationelle globale du groupe «aurait été probablement stable par rapport au premier semestre», a commenté Carlos Tavares devant une poignée de journaliste.
«Une année 2024 qui s’annonce mouvementée»
«Nous saurons rester d’une solidité à toute épreuve face à une année 2024 qui s’annonce mouvementée», assure Carlos Tavares, directeur général du groupe, cité dans le communiqué. Le constructeur prend l’engagement minimum d’offrir pour l’année en cours une marge opérationnelle ajustée à deux chiffres et un flux de trésorerie disponible (ou «free cash flow» en anglais, ndlr) industriel positif, comme pour 2023.
«S’appuyant sur la dynamique de 2023, la direction note un certain nombre de facteurs susceptibles de créer un contexte favorable pour 2024, y compris la réduction des problèmes logistiques et d’approvisionnement, la stabilisation et la diminution potentielle des taux d’intérêt, et les bénéfices générés par l’élargissement de la gamme de produits prévu par l’entreprise», précise l’entreprise dans son communiqué.
«Nous pensons qu'une normalisation des prix et des volumes à l'échelle du secteur donnera à Stellantis l'occasion de s'affirmer comme un véritable champion mondial, diversifié et défensif, en termes de coûts et d'efficacité», voulaient croire les analystes de la banque Barclays en amont de la publication de ces résultats.
Augmentation de 16% des dividendes par action
Le groupe Stellantis annonce par ailleurs qu’il entend rendre de la valeur créée aux actionnaires, en lançant un programme de rachat d’actions de 3 milliards d’euros et en proposant des dividendes de 1,55 euros par action, soit une augmentation d’environ 16% par rapport à l’exercice précédent.
«Les attentes en matière de retour sur investissement sont élevées.. Cependant, Carlos Tavares voudra maintenir un bilan "forteresse" pour saisir les opportunités, compte tenu de ses commentaires récurrents sur les bouleversements à venir dans l'industrie», conjecturait la banque Jefferies en amont des résultats. En 2023, Stellantis a redistribué 6,6 milliards d’euros aux actionnaires sous forme de dividendes et de rachat d’actions.
La succession de Carlos Tavares ? Un sujet pour 2025
Calors Tavares fera-t-il valoir ses droits à la retraite ou souhaitera-t-il rempiler pour un nouveau mandat en janvier 2026 ? «On en parlera au deuxième semestre 2025», a tranché Carlos Tavares, interrogé jeudi 15 février au sujet de sa succession à la tête de Stellantis en marge de la publication des résultats financiers 2023 du constructeur. «La question de la suite ne se pose pas aujourd'hui», a botté en touche le dirigeant de 65 ans, assurant être «concentré d'ici là sur l'éxécution de notre plan stratégique». Son mandat arrive à échéance en janvier 2026, soit cinq ans après la création du groupe issu de la fusion de PSA Peugeot Citroën et Fiat Chrysler Automobiles le 16 janvier 2021. «On ne sait pas aujourd'hui quelle sera la situation. Est-ce que je reprends un autre mandat ou pas? Le conseil d'administration sera souverain.»



