S'inspirer de la nature pour produire des corps gras techniques, c'est le métier de la Stéarinerie Dubois. En 200 ans d'existence, la société familiale qui emploie 150 collaborateurs et réalise 68 millions d'euros de chiffre d'affaires dont 70 % à l'export, n'a cessé de se réinventer et elle ambitionne désormais de devenir l'un des leaders mondiaux de ce domaine. Les marchés d'application des corps gras techniques sont très vastes. Ils couvrent les secteurs de la cosmétique, de la santé, de l'alimentaire et de l'industrie en général. « On a tous un produit de la Stéarinerie Dubois chez soi, même si on ne le sait pas », confie Hervé Plessix, directeur général délégué de l'entreprise depuis quatre ans, après une carrière chez L'Oréal et Danone notamment.
Stéarinerie Dubois Derrière ces corps gras techniques se cachent des esters qui s'inspirent des huiles naturelles afin d'atteindre les propriétés attendues pour les applications auxquelles ils sont destinés. Le premier type de bio-inspiration consiste à développer des triglycérides de synthèse. Par exemple en estérifiant le glycérol par un mélange d'acides gras linéaires saturés à 8 et 10 carbones, on obtient une huile appelée MCT (Medium Chain Triglycéride), à la fois fluide et très stable, dont les applications sont multiples, de la cosmétique à l'alimentaire. Elle est, par exemple, utilisée dans des formulations pour l'enrobage des confiseries, permettant de créer autour des bonbons un film gras imperceptible, qui les empêchent de se dessécher et de coller entre eux.
Un deuxième type de bio-inspiration consiste à synthétiser des esters en combinant des alcools et des acides dont l'un au moins comporte une longue chaîne carbonée (alcool gras et/ou acide gras). En jouant sur la longueur de chaînes, le poids moléculaire, les insaturations et les ramifications, on peut atteindre une palette extrêmement large de propriétés physicochimiques et proposer ainsi des solutions pour de très nombreuses applications. « Il n'y a pas de limite à l'imagination dans la combinaison d'acides et d'alcools. Nous avons déjà une centaine de produits dans notre catalogue et nous continuons à créer de nouvelles combinaisons », commente Hervé Plessix.
Un Fablab à Poitiers
Pour accélérer sur ce volet de l'innovation, la société a ouvert, en septembre dernier, un laboratoire d'application à proximité de Poitiers et du Futuroscope, dans des locaux modernes et vastes, équipés des technologies les plus récentes. Très facilement accessible par TGV, le laboratoire dispose aussi d'un vaste espace pour accueillir des séminaires, des marketplaces, des formations... « Au coeur de notre écosystème scientifique et technique, le Fablab de la Stéarinerie Dubois est un lieu ouvert à nos clients, nos partenaires, nos fournisseurs, nos experts industriels et universitaires... pour co-inventer et co-développer les solutions technologiques au service de la performance des produits », selon Hervé Plessix.
Pour ce qui est de la production de ses esters, la Stéarinerie Dubois possède deux sites de production. L'entreprise s'est implantée à Scoury, dans l'Indre, dans les années 1960, après avoir quitté ses installations de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Puis, dans les années 1990, elle s'est tournée vers la Malaisie où elle possède un deuxième site de production dans le cadre du joint-venture Dubois Natural Esters (DNE) avec le géant Wilmar. Si la France se réserve la production de spécialités, l'usine asiatique est conçue pour fabriquer des produits qui sont devenus des commodités en Europe, dont le palmitate d'isopropyle, le myristate d'isopropyle et les triglycérides à chaîne moyenne. Cet investissement a offert à la Stéarinerie Dubois non seulement des capacités de production supplémentaires, mais également un accès stratégique à des matières premières végétales.
En effet, la moitié des matières premières consommées par l'entreprise sont d'origine végétale, principalement dérivées de l'huile de palme, de ricin ou de colza, sachant qu'aucune matière première n'est d'origine animale. L'autre moitié est encore d'origine pétrochimique. « Notre but est d'aller de plus en plus vers le végétal responsable. Les nouveaux produits que nous préparons sont à 100 % d'origine végétale », explique le dirigeant. Il ajoute que si sa société cherche aussi à privilégier des huiles d'approvisionnement local, les huiles européennes ne peuvent pas satisfaire toutes les propriétés techniques apportées par l'huile de palme, par exemple. D'où un engagement dans des programmes d'approvisionnement durable en huile. À ce titre, Stéarinerie Dubois a rejoint la Table ronde sur l'huile de palme durable RSPO et le programme Action for Sustainable Derivatives (ASD). Un même type de démarche est en cours pour l'huile de ricin. Outre cette présence en Malaisie, l'entreprise possède des bureaux de commercialisation en Chine et en Tunisie et un gros réseau de distributeurs pour démultiplier sa présence à l'international. Expertise industrielle, innovation, réseau commercial, la société s'appuie donc sur trois piliers pour assurer sa pérennité. ?
La Stéarinerie Dubois prévoit d'investir 2,5 millions d'euros sur deux ans dans un programme de renouvellement de ses réacteurs sur le site de Scoury, dans l'Indre, pour une meilleure efficacité énergétique et plus de flexibilité. Ce projet, lauréat du programme France Relance, va bénéficier d'une aide gouvernementale pour accélérer son déploiement. Il fait partie d'un investissement de 17 millions d'euros sur sept ans, annoncé début 2019, pour étendre le centre logistique du site et développer de nouveaux ateliers de production. À plus long terme, un projet en cours de développement pourrait faire de la Stéarinerie Dubois l'un des actionnaires d'une unité de méthanisation qui valoriserait des coproduits agricoles dans la région.
LE RENOUVEAU DU SECTEUR DE LA BOUGIE

C'est un retour aux sources pour la Stéarinerie Dubois. Fondée en 1820 pour fabriquer des bougies à base de cire d'abeille, la société s'était très vite tournée vers la bougie stéarique qui venait tout juste d'être inventée, fabriquée par un procédé chimique à partir de graisses animale et végétale. Avec l'arrivée de l'électricité, le marché de la bougie s'est effondré, obligeant l'entreprise à se tourner vers d'autres débouchés. Mais depuis quelques années, la Stéarinerie Dubois voit à nouveau poindre une demande en provenance des fabricants de bougies, cette fois pour des esters de spécialités. « Lorsque j'ai rejoint la Stéarinerie Dubois, il y a quatre ans, j'ai dressé un état des lieux des applications dans l'industrie. Il est apparu que nous avions une croissance régulière de la demande en esters de la part des ciriers. Avec quelques ingénieurs stagiaires, nous avons mené des recherches pendant seize mois pour tout comprendre du monde de la bougie », explique Christophe Monné, directeur des Spécialités fonctionnelles. Ces travaux ont conduit l'entreprise à réaliser une « formulation châssis de bougie végétale » pour étudier l'influence de ses esters, en présence ou en absence de différents composés (parfums, mèches, contenant en verre...). « Nous sommes maintenant bien armés pour accompagner le développement des ciriers », ajoute Christophe Monné. Il conclut : « Née autour de bougie, la Stéarinerie Dubois a évolué vers des domaines plus innovants et elle réinjecte désormais cette innovation dans le marché de la bougie ».



