Limiter la diffusion de microparticules de plastique dans l'environnement : c'est la mission que s'est fixé la start-up Calyxia, fondée en 2015 par un groupe de scientifiques de Harvard, de l’Escpi-Paris PSL et de l’université de Cambridge. Celle-ci développe des microcapsules biodégradables, de 1 à 20 µm, qui contiennent et protègent des actifs dans les domaines de l’agriculture, de l’hygiène et des détergents.
«Elles protègent les parfums et apportent les sensations olfactives sur la durée, explique Estelle Torre, directrice marketing et commerciale. Dans l’agriculture, elles réduisent la volatilité des actifs (insecticides, herbicides, fongicides ou phéromones) et contrôlent leur libération afin d’augmenter le rendement des récoltes.» Dans les matériaux, comme ceux utilisés par l’industrie automobile, l’électronique ou dans les articles de sport, l’innovation améliore la durabilité. «Nos microcapsules accroissent la résistance à l’usure de plus de 10 fois, affirme Estelle Torre. Cela permet de réduire plus de 90% des microplastiques libérés lors de cette usure tout en éliminant l’impact environnemental des matériaux de remplacement.» L’entreprise, qui rappelle que les microcapsules classiques (non-biodégradables), détruisent la biodiversité en s’accumulant dans les sols et les océans.
Un marché à 10 milliards de dollars
L'entreprise prometteuse, qui a réalisé un peu moins de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023, bénéficie d’un contexte favorable. En octobre 2023, la Commission européenne a adopté des mesures limitant les microplastiques (toutes les particules de polymères synthétiques de moins de 5 mm organiques, insolubles et résistants à la dégradation) ajoutés intentionnellement aux produits en vertu de la réglementation de l'Union européenne sur les produits chimiques (REACH). D’autres régulateurs à travers le monde prépareraient des restrictions similaires. Calyxia entend devenir un des leaders de ce marché évalué à plus de 10 milliards de dollars.
L’entreprise veut accélérer. Elle a annoncé, jeudi 5 septembre, lever 35 millions de dollars (plus de 31 millions d'euros) auprès de trois fonds d'investissement : Plastic Circularity Fund de Lombard Odier Investment Managers, Large Venture de Bpifrance et Astanor. Ce dernier était déjà à l’origine d’une participation de 15 millions d’euros en 2021. L’opération porte à 70 millions de dollars (plus de 63 millions d’euros) le capital total de l’entreprise.
Bonneuil-sur-marne, Etats-Unis et Asie
Outre l’objectif d’atteindre la rentabilité, Calyxia ambitionne de déployer sa technologie de fabrication à l’international avec, en ligne de mire, des implantations aux États-Unis et en Asie. Dans l’immédiat, l’entreprise, implantée à Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne), prévoit une nouvelle implantation à Limeil-Brévannes, à quelques kilomètres du premier site. Son siège y emménagera en 2025. Six lignes – en plus des deux existantes – deviendront aussi progressivement opérationnelles au cours de l'année.
Avec cette usine, la capacité de production sera étendue de 500 à 3000 tonnes. Des effectifs supplémentaires sont aussi prévus : 179 employés en France en 2025, 300 d’ici 2030. 500 personnes sont prévues dans le monde à la même échéance. Pour Jamie Walters, PDG et cofondateur de Calyxia, «cet investissement accélérera le déploiement de nos produits à grande échelle, permettant aux fabricants de réduire la pollution par le carbone et le plastique tout en améliorant la performance et la rentabilité de leurs produits».



