Après avoir relevé le risque de propagation de l’influenza aviaire de «faible» à «modéré» au début du mois d'octobre, le ministère de l’Agriculture a annoncé le 20 octobre «de nouvelles mesures de protection spécifiques» pour deux des grands bassins nationaux de la production de volaille, la Bretagne et le Pays de la Loire. A la mi-octobre, 25 foyers ont déjà été détectés dans les élevages commerciaux.
C’est plus qu’il y a un an à la même période, alors que la crise aviaire a eu des conséquences dramatiques sur la saison 2021/2022 pour l’ensemble des filières de la volaille. Près de 22 millions de bêtes ont été abattues entre le mois d’aout 2021 et mai 2022 afin de limiter la propagation du virus, d’après le dernier comptage du ministère de l’Agriculture.
Même souche qu'en 2021
La détection précoce des foyers cette année est liée à la présence endémique du virus sur le territoire, détecté dans la faune sauvage dès la fin de l’été. Preuve en est, le ministre de l’Agriculture indiquait fin septembre que la souche du virus majoritaire était identique à celle observée la saison dernière. Le pic de l’épidémie est normalement attendu au mois de décembre, lorsque la saison migratoire bat son plein.
De quoi raviver les craintes des filières. «On a des contaminations liées à la faune sauvage alors que la saison migratoire n’a pas encore commencé, détaille Eric Dumas, le président du Cifog, l’interprofession du foie gras, en marge d’une conférence de presse le 20 octobre. Pour l’instant, on maîtrise mais il y a une vraie crainte quant à une chaîne de diffusion. Il faut essayer d’avoir des mesures plus fortes de protection. » Le relèvement du niveau de risque à «modéré» par le ministère de l’Agriculture implique d’ores et déjà des mises à l’abri et des interdictions de regroupement dans la dizaine de départements concernés, principalement à l’Ouest du pays. La biosécurité fait son retour.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Les filières se remettent pourtant à peine d’une année cahoteuse. L’interprofession de la volaille de chair Anvol rappelait au début du mois que les 1400 foyers recensés en 2021 avaient eu des conséquences dramatiques avec une «production de volailles françaises globalement en baisse de -9,7 % en 2022 par rapport à 2021» : une moyenne qui cache de fortes chutes dans certaines filières, car les poulets, première production nationale de volaille, ont été relativement peu touchés (repli de 3,3% sur l’année). Par exemple, du côté des canards c’est l’hécatombe : le Cifog a indiqué lors d’une conférence de presse le 20 octobre une baisse des volumes de foie gras d’au moins 30%.
La reprise de l’épidémie est une très mauvaise nouvelle pour les acteurs du foie gras qui peinent déjà à trouver des bêtes pour la saison prochaine : Pays de la Loire, concerné par les premiers foyers épidémiques cette année, a été particulièrement touché l’an dernier. Problème, la région assure 20% de la production nationale de foie gras et fournit surtout 70% des canetons aux producteurs du reste du pays. Les abattages massifs compliquent l’approvisionnement, y compris dans les régions épargnées par l’épidémie.
Pas de vaccin pour la saison actuelle
Pour l'ensemble des filières le salut passe désormais par l’arrivée d’un vaccin. Des essais de phase I sont en cours en France depuis le printemps. «Face au risque actuel, avec un virus exceptionnellement contagieux, les mesures de biosécurité ne suffisent plus, explique Jean-Luc Guérin, professeur en pathologie aviaire à l’école vétérinaire de Toulouse. L’appréciation de l’apport d’un vaccin a changé. Longtemps, il y a eu l’idée que seules des mesures de biosécurité bien appliquées étaient la solution car beaucoup de pays ferment leurs importations de volailles dans le cas où elles sont vaccinées : il y a encore cette perception que la vaccination vient palier de mauvaises pratiques sanitaires. Or, le vaccin permet de faire baisser la charge virale mais pas d’éliminer la circulation du virus chez les populations.» Le ministre de l'Agriculture, Marc Fesneau, présent à la conférence de presse du Cifog a indiqué à ce propos «négocier au niveau européen» pour lever ces barrières.
Il faudra de toute façon passer la saison en cours. «Le vaccin sera disponible fin 2023 si les essais sont concluants, explique Jean-Luc Guérin qui supervise par ailleurs ces essais. La France a un coup d’avance en la matière sur ses voisins européens – ce qui est aussi lié à notre historique particulier avec ce virus – mais il faut rester prudent : on aura besoin d’un ensemble de solutions. Il n’est pas question de dire que la biosécurité ne marche pas, il faudra l’associer à la vaccination. »



