Le démantèlement de l’aciériste français Ascometal, ex-propriété de Swiss Steel, se fait sans casse sociale majeure. Ce 8 juillet, le tribunal de Strasbourg a validé l’offre de reprise déposée par Greybull pour l’aciérie d’Hagondange (Moselle), ainsi que ses trois sites d'usinage et de parachèvement de Custines (Meurthe-et-Moselle), Leffrinckoucke (Nord) et Saint-Etienne (Loire). Le fond de retournement britannique reprend 761 salariés sur 784. Les 23 emplois restants dans les services supports feront l’objet d’un licenciement. Cinq semaines auparavant, la juridiction avait validé le dossier de l’Italien Marcegaglia portant sur la totalité des 330 emplois du site Ascometal de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône).
Les représentants des salariés des quatre sites concernés accueillent ce second délibéré comme «une bonne nouvelle», après plusieurs mois d’incertitude. Ils n’excluaient plus la voie d’une liquidation judiciaire après le retrait des offres des deux autres candidats, le Français Europlasma, et l’Italien Acciaierie Venete. Cette conclusion heureuse est en partie due à l’accompagnement financier accordé par l'État à Greybull. Il prendra la forme d'un prêt de 45 millions d'euros dès 2024, puis, à partir de 2025, d'un soutien public de 40 millions «dans une forme qui restera à définir», a précisé le ministère de l'Économie.
«Je salue le délibéré rendu en faveur de la solution Greybull pour lequel nous avons travaillé d'arrache-pied, s'est réjoui le ministre sortant de l'Industrie Roland Lescure. Longue vie à Ascometal et tous ses salariés !». Pour Belkhir Belhaddad, député de Moselle (Renaissance) réélu ce 7 juillet, «Greybull est un fond de retournement qui n’a, par essence, pas vocation à rester au capital d’Ascometal sur le long terme. Mais, il a une connaissance et une expertise indéniable dans le domaine de la sidérurgie. Il s’est par ailleurs engagé à abonder les prêts de l’État pour atteindre une enveloppe globale de 170 millions d’euros d’investissement ».
Nomination d’un ancien directeur-général d'ArcelorMittal
Dans son projet de reprise des sites Ascometal, Greybull envisage de relancer les activités existantes, mais aussi de se diversifier dans la production d'acier à destination des marchés de la mécanique, de l'énergie et de la défense, avec la fabrication d’obus. Pour ce faire, le plan de reprise prévoit d’ici à fin 2025 la création d’une voie lingot à Hagondange et la remise en service du laminoir des Dunes à l’arrêt depuis quatre ans. Le fonds précise par ailleurs que la direction actuelle «restera en place» et sera accompagnée par un nouveau président, le Luxembourgeois Roland Junck, ancien directeur général d'ArcelorMittal et président de British Steel et d'Ascoval.
Yann Amardoro, secrétaire CGT du CSE d’Ascometal Hagondange considère que la première année d’activité des sites sous la bannière du britannique va être cruciale. «Greybull a démontré par le passé sa capacité à redresser des usines sidérurgiques comme l’aciérie Ascoval à Saint-Saulve (Nord) ou le site néerlandais FN Steel. Cependant, son business plan parait très ambitieux, dans un contexte où il faut renforcer la fiabilité de notre outil industriel, sécuriser nos marchés actuels et pallier aux départs de plusieurs salariés à des postes clés », détaille le représentant syndical. Xavier Le Coq, délégué national de la CFE-CGE sidérurgie renchérit en rappelant que la division des produits longs de Tata Steel rachetée en 2016 par Greybull avait été revendue trois ans plus tard. «Espérons que lorsque le fonds britannique aura envie de vendre les ex sites Ascometal, il aura réalisé les investissements promis», conclut-il.



