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La France peut-elle vraiment relocaliser ? Le verdict des chiffres

Alors que la thématique de la relocalisation a envahi tous les discours politiques en ce début de campagne présidentielle, un indice de relocalisation conçu par le cabinet BCG, en exclusivité pour L'Usine Nouvelle, évalue la position de la France et le chemin à parcourir, secteurs par secteurs. 

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Il faut encore robotiser pour mettre les coûts de production à niveau en Europe.

Peut-on relocaliser en France et quel type de production ? Pour répondre à la question de manière complète il faudrait tenir compte du «pricing power» de chaque pays qui passe par la qualité perçue des produits. Mais dans une économie mondialisée, la compétitivité prix reste une donnée fondamentale et une attente clé des clients, en BtoB comme en BtoC. Pour évaluer la place de la France dans cette compétition mondiale, le BCG a donc créé un «indice de relocalisation» qui permet de classer les pays en fonction de leur compétitivité-prix tout en incluant le facteur environnemental.

Cet indice additionne donc les coûts de production (main d’œuvre- énergie) et de transport des 20 premiers pays producteurs de 12 secteurs. On ajoute au résultat de chacun un coût identique théorique de la tonne de CO2 (fabrication et transport) qui tient donc compte de l’éloignement des zones de production. Le résultat montre qu’il y a encore du travail pour parsemer la France d’usines.

Des coûts de transports élevés favorables à la France et à l'Europe

Les coûts très élevés de logistique de 2021 ont avantagé la France et l’Europe de l’Ouest en général sur la période récente. Avec les coûts actuels de transports, notre pays est dans le top 5 des pays les plus compétitifs sur six secteurs : l’agroalimentaire, les biens de grande consommation, la mode, la pétrochimie et l’automobile, la chimie (voir infographie ci dessous). Mais cette situation ne durera pas éternellement. Selon Mouhcine Berrada, associé au BCG Paris et auteur de cet indice : «les prix du transport vont encore rester élevés deux, trois ans mais c’est un avantage conjoncturel. Avec les coûts logistiques de 2019, la France n’est plus dans le top 5 que pour l’agroalimentaire, la pétrochimie et la chimie.»

Et elle s‘enfonce dans le classement sur les machines et l’aéronautique. Dans ce dernier secteur, avec des coûts du transports ramenés à ce qu’ils étaient avant la crise sanitaire, la Thaïlande, la Turquie, le Mexique, l’Inde, la Russie ont une compétitivité-coût (carbone inclus) environ 10 % inférieur à la France. Et comme le rappelle Mouhcine Berrada, «ces pays ont des savoir-faire désormais importants, sur les capacités d’usinage par exemple.» Les Pays-Bas, les Etats-Unis, l’Irlande et le Brésil ont des coûts similaires à la France quand l’Allemagne est 4 % plus chère. Mais sur un autre secteur clé comme l’électronique les écarts s’accroissent : l’Indonésie, la Thaïlande, l’Inde et le Mexique sont 15 à 20 % moins chers que la France.

L'introduction d'un prix du CO2, des effets variables

Sur une activité d’avenir, la biopharma ,ou en tous cas considérée comme telle par le gouvernement qui a fixé un objectif de produire 20 biomédicaments sur le territoire, la France n’arrive qu’en 16e position, toujours loin derrière des pays comme l’Inde, la Chine, la Corée, le Mexique. L’introduction d’une taxe CO2, ne change pas fondamentalement la donne. Contrairement au secteur de la mode où un coût de 75 € la tonne de CO2 fait rentrer un pays européen, l’Espagne, sur le podium des pays les plus attractifs en termes de coûts avec l’avantage d’un délai de livraison d’un jour comparé aux pays asiatiques ou au Mexique qui sont au-delà de 15 jours.

Actions incrémentales et structurelles

Que déduire de tous ces chiffres ? Selon Mouhcine Berrada, « il faut continuer à travailler sur la productivité dans tous les secteurs en accélérant sur la robotisation et la digitalisation, tout en profitant de cette période où les coûts de transports sont élevés pour investir sur des chantiers qui amélioreront la performance de l’appareil productif ».

Parmi ces chantiers qui ne sont pas du ressort de l’amélioration incrémentale de chaque entreprise, on retrouve en tout premier lieu :  la valorisation de la conversion environnementale, la solidité des écosystèmes de filières, l’agilité en matière d’innovation et le développement des compétences. Enfin l’attractivité de l’industrie passe par l’énonciation d’une raison d’être pour le secteur. Pourquoi pas en l’imaginant comme "le fer de lance d’une transition vers un monde durable" comme le proposait le think-tank BCG-Usine Nouvelle sur la relocalisation.

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