[La France du numérique] La Nouvelle-Aquitaine, dynamique malgré tout

On poursuit notre tour de France des pépites de la French Tech avec la région Nouvelle-Aquitaine.

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Le studio bordelais Asobo a réalisé la version 2020 du jeu Flight Simulator de Microsoft.

La Région Nouvelle-Aquitaine considère depuis longtemps la filière du numérique comme prioritaire. Les moyens alloués y sont majeurs, tout comme les aménagements dédiés. Sur ce territoire grand comme l’Autriche, on comptera 1 million et demi de foyers connectés d’ici à 2021, moyennant 229 millions d’euros investis. Le confinement et la crise sanitaire ont eu des conséquences sur ce secteur comme sur d’autres, mais il était suffisamment structuré et dynamique pour y résister. Même s’il a dû adapter son offre et sa façon de travailler au contexte autant qu’aux attentes des collaborateurs, qui restent difficiles à attirer et fidéliser…

Asobo : passe de la peste au simulateur de vol

En pleine pandémie, le jeu A Plague Tale, du studio bordelais Asobo, s’est arraché. Sorti en mai 2019, il a vu ses ventes s’accélérer, avec 1 million d’exemplaires écoulés au début de l’été. Son thème ? Une autre pandémie, celle de la peste... À ce triomphe, Asobo en a ajouté un second, en août : Flight Simulator 2020 est sorti, salué par la critique et plébiscité par le grand public. Lancé par Microsoft en 1982, mais développé par Asobo, le jeu pousse toujours plus loin le réalisme et la liberté laissée au joueur. Il est le fruit de quatre ans de travail pour 120 des 210 collaborateurs du studio, dont le chiffre d’affaires s’est élevé à 17 millions d’euros en 2019.

Kairos : lance Neptune pour des sites plus propres

"Il est urgent de réduire les besoins des services numériques", estime Shirley Jagle, la fondatrice Kairos, qui compte trois associés et cinq salariés pour 500 000 euros de chiffre d’affaires. Pour les sites vitrines et d’e-commerce qu’elle élabore, l’agence bordelaise a développé Neptune, une solution d’éco-conception construite selon les standards de GreenIT et Opquast. Le design comme le code sont pensés de façon à ne pas être trop "lourds" en échange de données entre site, serveur et fournisseur d’accès. Les pages web sont plus rapides et mieux référencées. La sobriété numérique est au service de la performance et de l’économie, y compris sur les coûts d’hébergement. La volonté de Kairos de tendre vers ce type de solutions a été confortée lors du confinement.

Otta : ajuste la cible

Agence de communication social media bordelaise, Otta accompagne ses clients dans des missions de community management, de stratégie de contenus, de marketing d’influence... L’entreprise plaide pour le "slow advertising", une stratégie efficace à l’heure où les budgets communication fondent en raison de la crise. Spécialiste en data analyse, elle épaule les annonceurs dans le tri, la segmentation notamment, pour un ciblage plus juste et à un coût pertinent. "Nous militons pour des campagnes publicitaires respectueuses des internautes, au juste prix pour les annonceurs. Nous ne nous rémunérons pas au pourcentage du budget d’achat d’espace investi, mais sur le temps que passent nos équipes à paramétrer et optimiser les dépenses publicitaires", précise l’agence, qui compte 15 collaborateurs et a réalisé 1 million d’euros de chiffre d’affaires en 2019.

Spotnovae : stimule les amateurs de fitness

Sportnovae a lancé en février son application "J’peux pas, j’ai fitness". Depuis, le confinement est passé par là, et avec lui 2,5 kg supplémentaires en moyenne sur la balance des Français. Presque un argument massue pour la start-up de Mérignac (Gironde), qui se compose pour l’heure de ses trois associés. Son application assigne un objectif quotidien en fonction de "l’excuse" du jour : manque de temps, fatigue, flemme... En quelques mois, des milliers d’utilisateurs ont adopté ce service. "Pour faire face aux récents événements, Sportnovae souhaite continuer à favoriser la pratique sportive n’importe où et n’importe quand, avec le bien-être au cœur de son application", détaille la start-up.

Scub : est pénalisé par l’absence d’échanges physiques

Pour le développeur de logiciels angoumoisin Scub (40 salariés, 3 millions d’euros de chiffre d’affaires), la mise en place du télétravail, en mars, s’est faite en une demi-journée. Les commandes en cours ont pu être terminées dans le temps imparti, néanmoins certains projets ont été mis en pause. "De nombreux clients sont dans le doute, constate Stéphane Traumat, le dirigeant. Nous vendons des produits complexes et onéreux. Il est difficile de signer un contrat à 300 000 euros après trois visioconférences. Une majorité des projets est décalée à trois mois. Le virtuel a ses limites, il est nécessaire de recréer du lien."

 E-serial : déploie de nouveaux services en ligne

Le confinement a été "un mal pour un bien" pour l’agence poitevine de community managers E-serial. La plupart de ses clients – artisans, commerçants, collectivités... – ont souhaité renforcer le lien avec leurs clients sur les réseaux sociaux. "Nous avons connu une recrudescence d’activité. En parallèle, nous avons lancé des podcasts et des vidéos de conseils pour booster les réseaux", explique le dirigeant, Jérémy Valladon. Depuis la sortie du confinement, l’agence est très sollicitée. "Les réseaux sociaux semblent avoit trouvé leur place dans les budgets de communication."

Immersion : imagine une solution collaborative

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"La crise sanitaire a profondément affecté la majorité des entreprises françaises", constate-t-on chez Immersion. Pour y faire face, l’entreprise a bouleversé sa feuille de route pour proposer une solution collaborative gratuite, Shariiing for you. "La crise nous a donné l’envie d’accompagner le rebond des entreprises grâce à nos technologies, explique Christophe Chartier, le PDG et cofondateur d’Immersion. Shariiing for you n’est pas une énième solution de visioconférence, mais un espace de collaboration qui met l’accent sur le partage d’informations pour renforcer les liens entre les équipes et le travail autour de projets." Fondé à Bordeaux (Gironde), Immersion compte 45 collaborateurs et a réalisé 7 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019.

Trizzy : révèle les éco-talents

Créé à Angoulême (Charente), le petit panda spécialiste du tri pour les collectivités s’est retrouvé au chômage technique pendant le confinement. "Nous avons mis à profit cette période pour travailler en interne", souligne Romain Bouiller, le fondateur. Grâce au lancement d’un appel à projet national #BalanceTonInitiative, Trizzy a enrichi sa plate-forme d’une marketplace qui recense une centaine d’initiatives écologiques et innovantes. "Notre objectif est de réduire les déchets. Désormais les collectivités peuvent aussi compter sur ce réseau de start-up et associations."

Ma Récolte Bio : gagne des clients

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Maraîcher durant dix ans à Saint-Just-le-Martel (Haute-Vienne), Julien Bertrand ses deux associés ont lancé Ma récolte bio en 2017. Le concept : commander des paniers bio et les récupérer dans l’un des 45 points relais de Haute-Vienne et Corrèze. "Durant le confinement, nous sommes passés de 100 paniers par semaine à 500, avec la moitié des points relais fermés, se souvient-il. Seuls les bouchers, traiteurs et boulangers étaient ouverts. Et 360 clients, contre 80 auparavant, ont commandé nos produits fournis à 80 % par des producteurs locaux." Aujourd’hui, 130 clients sont fidélisés, soit un prévisionnel de 400 000 euros. Les trois associés visent un développement à Bordeaux, dans la région puis au niveau national.

Nat System : déménage et s’agrandit à Niort

Développeur d’applications graphiques pour la gestion des finances, principalement pour les banques et assurances, Nat System (130 salariés, 13 millions d’euros de chiffre d’affaires) a profité du confinement pour s’agrandir et s’offrir des locaux au centre de Niort (Deux-Sèvres). Pour se rapprocher de ses principaux clients, l’entreprise a fait l’acquisition de bâtiments. Si le confinement ne l’a pas stoppée, c’est la première fois depuis dix ans qu’elle ne recrute plus. Les contrats se poursuivent, mais par manque de visibilité, les projets d’envergure sont à l’arrêt.

Grains’up : développe de nouvelles offres

Guillaume Isnard a fondé Grains’up en 2016 à Limoges (7 salariés, 330 000 euros de chiffre d’affaires). L’activité commerciale du concepteur de modules de formation numérique sur mesure pour les professionnels s’est interrompue durant la crise. L’occasion de trouver de nouvelles idées. "Nous avons offert aux parents d’élèves des modules de notre Programme Pi et enregistré plus de 1 000 connexions, y compris aux États-Unis et au Japon", se réjouit le fondateur. La start-up a aussi conçu deux offres, un socle de connaissances avec 30 modules pour former les salariés à la culture de l’entreprise (qualité, productivité...) et 9 modules de formation en situation de travail (Afest). "Nous avons réinventé notre pédagogie en déployant le Programme Pi en tutorat distanciel individuel pour des salariés en télétravail."

Laou : séduit les informaticiens parisiens

Depuis trois ans, Laou, situé à Limoges (Vienne), a lancé une plate-forme de recrutement d’informaticiens vantant notamment les atouts de la ville (immobilier, environnement, vie culturelle et sociale...) et a assisté plus de 10 000 personnes. Si son activité s’est arrêtée à la mi-mars, depuis la reprise, "le nombre de candidats inscrits a grimpé de 80 %, assure Aurore Thibaud, sa cofondatrice. Les deux tiers sont des Parisiens dont la première motivation est d’avoir un logement plus grand. Mais ils ne partiront que s’ils ont un emploi." La start-up (6 salariés, 2 alternants) espère bénéficier de cet engouement en 2021 et compte étendre son offre à d’autres métiers.

Tridea : se recentre sur le train et le bus

Le trafic aérien a du plomb dans l’aile. L’agence de voyages en ligne Tridea située à Limoges proposait avant la crise des destinations vers de petits aéroports en combinant des vols de compagnies concurrentes. Désormais, d’autres modes de transport sont privilégiés, de même que les voyages en France. "Nous avons lancé en septembre des offres combinées en bus, par exemple Limoges-Paris et Limoges-Toulouse, et fin octobre ce sera possible en train, indique Vivien Giraud, son fondateur. Les gens ont toujours envie de voyager, même à 300 km de chez eux." Malgré le contexte, le chiffre d’affaires de cette start-up de 4 salariés créée en 2017 progresse.

Dipongo : offre un écran contre les écrans

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Durant le confinement, de très nombreux parents ont dû continuer à travailler tout en gardant leurs enfants à la maison, souvent installés devant un écran. Mais la durée d’exposition, le contenu pas toujours adapté et, surtout, la passivité des petits posent problème. Dipongo propose une solution. Jouable sur tablette, son application mêle mondes virtuel et réel et permet à l’enfant de bâtir des aventures. Pour progresser, il devra notamment réaliser un dessin et jouer à un jeu de construction. Implanté à Bordeaux, Dipongo emploie huit salariés et a lancé le 29 septembre une campagne de crowdfunding pour accélérer son développement B to C. En quelques heures, l’objectif de 100 préventes de son application était déjà dépassé...

Store Commander : vient à la rescousse des commerçants

Proposant une solution pour optimiser la gestion des boutiques en ligne, Store Commander a souhaité offrir ses compétences aux commerçants en détresse. "Nous faisons partie de la communauté Friends of presta. Dès mars, nous avons proposé aux professionnels de leur créer un site d’e-commerce de proximité gratuit en 24 heures, explique Vincent Millet, le gérant de la société implantée à Chasseneuil-du-Poitou (Vienne). J’ai pu accompagner six entreprises autour de Poitiers, et même si elles n’ont pas souhaité poursuivre l’aventure depuis la réouverture, nous nous sommes fait connaître. L’équipe va accueillir trois nouvelles recrues."

Bonne santé du Poitou- Charentes et du Limousin 

Durant le confinement, le SPN, cluster du numérique de Poitou-Charentes, n’a pas chômé pour assister ses 180 entreprises. "Nous avons organisé des visioconférences toutes les semaines, tourné des vidéos de conseil pour les commerçants et les entreprises et créé des kits pour nos adhérents, par exemple sur la gestion de crise et le webmarketing en mode cahier des vacances, explique Fabien Audat, développeur de marchés au SPN. Nous avons aussi relayé les dispositifs des collectivités publiques." Les entreprises, elles, ont réfléchi à de nouvelles stratégies. À Angoulême (Charente) Seven Shapes, a vu son chiffre d’affaires s’envoler avec l’essor des formations en ligne sur le lean management. Le Potager d’à côté, une plate-forme maraîchère en circuit court, a connu une explosion des inscriptions. Promo parcs a opté pour de nouveaux services en ligne. Globalement, la filière numérique en Poitou-Charentes réagit bien à la crise. En Limousin, "pas de fermetures d’entreprises dues à la crise sanitaire, assure Marie-Pauline Carpentier, chargée de mission à l’Association limousine des professionnels des technologies de l’information et de la communication (Aliptic). Et plus de 60 embauches sont à venir dans les start-up de la French Tech Limousin".

 

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