La filière numérique subit les turbulences du secteur aéronautique. Le risque majeur ? Un plan massif d’arrêts de missions et de projets au sein des entreprises de services du numérique et des sociétés de conseils en technologie. Plus de 8 000 destructions d’emplois sont à craindre selon Syntec numérique Occitanie. De nombreux acteurs de la french tech, notamment des start-up, continuent toutefois d’innover et de recruter. C’est vrai dans la mobilité, la santé, l’agroalimentaire et l’énergie.
Sunbirds surveille les grands espaces
SUNBIRDS En septembre, un drone solaire de Sunbirds (5 salariés, 150 000 euros de chiffre d’affaires en 2019) a réalisé un nouveau record : une traversée aller-retour de la Manche sans escale et sans recours aux batteries. "Une nouvelle démonstration de nos technologies d’observation aérienne", se félicite son président, Laurent Rivière. Créé en 2015 à Labège (Haute-Garonne), Sunbirds propose des solutions complètes de cartographie et de surveillance de grands espaces. Elle prévoit d’embaucher une quinzaine d’ingénieurs et commerciaux dans les prochains mois et table sur 2 millions de chiffre d’affaires l’an prochain.
Nanolike connecte silos et conteneurs
Fondé en 2012 et situé à Labège, Nanolike (14 salariés, 100 000 euros de chiffres d’affaires en 2019) déploie ses capteurs à grande échelle auprès de coopératives agricoles et de fabricants de conteneurs de stockage. Son effectif devrait doubler d’ici à trois ans. Elle a mis au point des jauges de contraintes connectées pour surveiller à distance le niveau de remplissage de bidons, conteneurs et silos de grandes contenances. "Le capteur enregistre les microdéformations induites par le remplissage", explique son directeur opérationnel, Jean-Jacques Bois. Nanolike prévoit 500 000 euros de chiffre d’affaires en 2020 et ambitionne les 15 millions en 2025.
Naïo Technologies robotise le désherbage agricole
"À ce jour, 170robots ont été commercialisés dans une quinzaine de pays et nous venons d’ouvrir un Naïo Center en Californi", souligne Aymeric Barthes, cofondateur de Naïo Technologies avec Gaëtan Séverac. Née en 2011, la start-up a développé toute une famille de robots de désherbage : Oz, destiné aux petits maraîchers, Dino pour les productions légumières de plein champ et Ted pour la viticulture. La société, toujours en croissance, emploie 75 salariés, dont une cinquantaine à Escalquens, près de Toulouse (Haute-Garonne).
Cozynergy facilite la rénovation énergétique
"Le volet énergétique du plan de relance national devrait encore booster nos activités", estime Nicolas Durand, le fondateur et président de Cozynergy (48 salariés, 7,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019). La société toulousaine, créée en 2013, propose une offre globale aux particuliers, qui repose sur un simulateur en ligne, avec estimation gratuite des travaux, des économies d’énergie et des subventions possibles. Dans la foulée, elle propose la visite d’un technicien et assure l’interface avec son réseau d’installateurs partenaires. La start-up a ouvert des agences dans une dizaine de villes et compte créer une dizaine d’emplois dans les prochains mois.
Adagos prône une IA parcimonieuse
Spécialiste de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage profond, Adagos (12 salariés, dont 8 docteurs en mathématiques) valorise des travaux issus de l’Institut de mathématiques de Toulouse. La start-up toulousaine a développé des logiciels fondés sur une IA "parcimonieuse", mobilisant moins de ressources de calcul et de données. "Ses applications sont le développement de jumeaux numériques dans l’énergie, la santé et l’industrie", précise son fondateur, Mohamed Masmoudi. Créé en 2011, Adagos prévoit 1 million d’euros de chiffre d’affaires en 2020.
Vogo rebondit dans la santé
Tandis que le monde du sport a été très pénalisé par la pandémie de Covid-19, le montpelliérain Vogo (fondé en 2014) a réinventé ses solutions audio-vidéo. Proposée fin juin aux organisateurs d’événements, "Place virtuelle" permet aux spectateurs de voir les actions en live et en replay de chez eux. En outre, Vogo entre dans la santé via l’application de lecture automatique du test de dépistage salivaire EasyCov (Sys2Diag-SkillCell). Après l’achat de Vokkero fin 2019, la PME cotée emploie 50 salariés à Montpellier, Paris, Crolles (Isère) et New York. Elle affiche 2,3 millions d’euros de chiffre d’affaires au premier semestre 2020 (63 % à l’export), après 1,8 million en 2019.
ITK diffuse l’agri-intelligence
Fournir aux agriculteurs et éleveurs des aides à la décision mariant modélisation agronomique et IA, c’est la mission d’ITK, né en 2003."Nos modèles mathématiques font parler les plantes et les sols", résume la directrice Aline Bsaibes. ITK affiche 10 millions d’euros de chiffre d’affaires (40 % à l’international) en 2019 et finalise son plan de recrutement 2020 de 30 personnes. Elle emploie 105 salariés à Clapiers (Hérault), 12 à Châteauroux (Indre) et 4 à San Francisco. Pour sa croissance, ITK mise sur le marché émergent de la fixation du carbone dans les sols agricoles et sa monétisation.
AnatoScope personnalise aussi les masques
Spécialiste du double numérique 3D en dentaire et orthopédie, la start-up montpelliéraine AnatoScope, créé fin 2015, élargit son offre à des masques personnalisables selon l’anatomie des visages, fabriqués sur imprimantes 3D. Le site dédié AnatoMask, lancé fin septembre, "sera aussi utilisé pour d’autres équipements de protection", assure son directeur, Frédérick Van Meer. AnatoScope voit ses marchés accélérer et devrait embaucher 5 à 6 personnes début 2021.
EasyMile déploie ses navettes autonomes
EasyMile "Après la multiplication de phases pilotes, nous nous préparons au passage à l’échelle", s’enthousiasme Benoît Perrin, le directeur général d’EasyMile (18,2 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019). Créée en 2014, la société est pionnière dans les solutions de mobilité intelligentes et sans chauffeur. Elle totalise 260 projets de véhicules autonomes (transport de passagers et de marchandises) dans 26 pays. Ses effectifs sont passés en trois ans de 60 à 250 salariés.
IoTerop sécurise les objets connectés
"Avec le partenariat signé à l’été avec Thales et PSA, nous mettons un pied dans l’automobile", se réjouit Hatem Oueslati, le CEO d’IoTerop. Les technologies de gestion à distance et de sécurisation des objets connectés de la start-up montpelliéraine intègrent des lampadaires, compteurs d’eau, conteneurs maritimes... Créé fin 2016 par trois anciens d’Intel, membre de l’Open Mobile Alliance, IoTerop a levé 1,5 million d’euros fin 2019. Logé au Village by CA Languedoc, il ne dévoile pas son chiffre d’affaires, mais annonce monter de 15 à 20 salariés fin 2020.
CTM Groupe mise sur la télémédecine
Expert de la téléradiologie depuis 12 ans, CTM Groupe a développé un système d’information de télémédecine pour les établissements de santé et radiologues. Ces trois dernières années, son effectif a bondi de 12 à 50 personnes. CTM Groupe déploie sa plate-forme sur 270 sites de Vidi, le premier réseau de cabinets d’imagerie médicale en France et travaille sur son adaptation à l’ophtalmologie et la téléconsultation aux urgences. Elle vise aussi le marché de la coordination des soins non programmés.
Une filière diversifiée
"Le numérique en Occitanie, ce n’est pas que l’aéronautique", insiste Sandrine Jullien-Rouquié, la présidente de la french tech à Toulouse. Avec 45 000 emplois, selon l’Insee, la filière est très diversifiée. "Nous avons de très belles pépites dans les transports, la santé, l’énergie et l’agriculture", renchérit Emmanuel Mouton, le président du cluster régional Digital 113. Plus de 800 start-up sont cartographiées, dont deux tiers concentrés sur Toulouse et Montpellier. Une myriade d’incubateurs et accélérateurs les entoure. Parmi les plus emblématiques : le Quai des savoirs ("totem " de l’écosystème toulousain), le B612 et La Cité à Toulouse, le Connected Camp de l’IoT Valley à Labège, le BIC de Montpellier et les "Village by CA", présents dans les deux métropoles. "Il y a toujours une dynamique de nouveaux projets", note Hind Emad, la vice-présidente chargée du développement économique et du numérique à la Métropole de Montpellier, qui construit pour fin 2021 une nouvelle "Halle de l’innovation".



