Tiré par quelques locomotives comme 2CRSI, Systancia et Divalto, l’écosystème numérique régional n’a pas trop souffert de la crise économique liée au Covid-19. Au contraire, l’action des pouvoirs publics a permis de concentrer des moyens pour développer des projets porteurs. Le KM0 de Mulhouse affiche complet, un événement comme le #GEN à Metz attire désormais des participants transfrontaliers et le numérique figure en bonne place dans le Business act Grand Est, le plan de relance régional.
2CRSi : poursuit sa forte croissance
Avec l’acquisition de Boston Limited, spécialiste de l’intégration, du marketing et de la commercialisation d’équipements informatiques, en novembre 2019, 2CRSI, fabricant strasbourgeois de serveurs informatiques haute performance « écoresponsables », a vu passer son chiffre d’affaires de 65 millions à 141 millions d’euros. Il compte plus de 360 collaborateurs dans le monde. Si son activité a ralenti en début d’année du fait de problèmes d’approvisionnement depuis l’Asie, la pandémie et l’accélération du recours au cloud lui ont offert de nouvelles opportunités."De mars à mai, nous avons enregistré un chiffre d’affaires en hausse de 18 % par rapport à l’an dernier", relève Marie de Lauzon, la directrice générale déléguée.
Plus que Pro : joue la carte de l’altruisme
La jeune pousse de Schiltigheim (Bas-Rhin), qui certifie depuis 2014 les avis de consommateurs sur des entreprises françaises de l’habitat, du bâtiment et de la prestation de services, a profité de la pandémie pour muscler son offre à l’égard de ses adhérents. Une marketplace gratuite leur permet de réaliser du chiffre d’affaires complémentaire. "Nous n’en tirons aucun bénéfice, si ce n’est celui de satisfaire nos adhérents", assure son fondateur, Grégory Regouby. En parallèle, le rachat de Devizen cet été lui permet de proposer des devis semi-automatiques. L’entreprise, qui compte une centaine de collaborateurs, ne communique pas son chiffre d’affaires.
ITDM : quitte la Belgique pour l’Alsace
Le groupe belge d’innovation digitale ITDM, qui travaille entre autres à la digitalisation 4.0 des entreprises via son entité Futur industry, a relocalisé son siège à Colmar (Haut-Rhin) en septembre 2019. Regroupant 263 salariés pour un chiffre d’affaires de 52,9 millions d’euros, le groupe né en 2013 vient aussi de s’implanter à Mulhouse (Haut-Rhin), au sein de l’écosystème numérique KM0. Il entend en faire l’un de ses « gros pôles de développement », à proximité des industries allemandes et bâloises (notamment pharmaceutique), indique son directeur général, Mickael Deraed, qui souligne par ailleurs un important travail réalisé ces derniers mois du fait des questions de digitalisation liées au Covid-19.
Netlooks : pousse ses montres sur mesure
La solution développée par Netlooks à Nancy (Meurthe-et-Moselle) digitalise les visages et modélise en temps réel des paires de lunettes adaptées à toutes les morphologies. C’est à partir de cette brique technologique que Pierre Andrieu a lancé la start-up en 2014. Quatre ans plus tard, la société (15 salariés) franchit un nouveau cap en internalisant la fabrication de ses produits. "Plus de 60 formes sont disponibles, soit 1 milliard de combinaisons de montures possibles", précise le dirigeant. Après avoir testé le déploiement d’un réseau de points de vente et d’un catalogue physique de ses produits sous forme de box, Netlooks mise sur la commercialisation auprès des opticiens d’une solution 100 % digitale.
Des fablabs alsaciens : marquent un temps d’arrêt
À l’échelle de l’université de Strasbourg (Bas-Rhin) comme à celle de l’Inspirateur de la vallée de Villé (Bas-Rhin), les fablabs ont été freinés par le confinement. À Strasbourg, Ghislain Auclair, chef de projet du réseau fablab de l’université, observe un regain d’intérêt des entreprises, plus nombreuses que les années précédentes à présenter leurs projets : "En biologie, j’ai enregistré six demandes cette année, contre trois l’an passé." De nouveaux services sont lancés. À Villé, trois ou quatre personnes sont venues quotidiennement pendant le confinement pour produire des visières, rapporte Jean-Luc Morin, l’un des membres du fablab, soutenu notamment par le régulateur de fluides Bürkert.
Hakisa : se tourne vers le care
Six ans après avoir lancé Facilien, une plate-forme sur la problématique du « bien-vieillir », avec des entreprises du service à la personne, Hakisa a repris sa technologie avec le Réseau Apa pour la création de lien avec les personnes isolées en contexte de confinement. L’entreprise, qui compte 13 salariés pour un chiffre d’affaires de 500 000 euros annuels, travaille sur ces « réseaux de bienveillance » avec divers opérateurs, dont Engie, en France et en Allemagne. Elle relocalise cet automne son siège à Strasbourg pour se rapprocher de l’écosystème local de medtech et pour participer à la prochaine session d’Innouvo, un programme d’échange de start-up entre Strasbourg et Boston.
Visible Patient : modélise les poumons de malades du Covid-19

Le laboratoire strasbourgeois de modélisation 3D d’images médicales Visible Patient développe un « nouveau diagnostic de sévérité 3D » des infections pulmonaires. Il s’agit de calculer un indice (de 1 à 7) de l’atteinte par le Covid-19 de tout patient arrivant à l’hôpital, afin d’envisager l’évolution de sa maladie et d’ajuster le traitement. Pour l’heure, ces résultats sont corrélés avec l’état à J +7 d’une base de données de 40 patients. Une étude clinique est en cours avec un millier d’autres, pour un coût d’environ 600 000 euros. Visible Patient compte une trentaine de salariés et ne communique pas son chiffre d’affaires.
Q°emotion : décrypte les émotions
À partir d’un dictionnaire émotionnel de plus de 50 millions de mots, expressions et autres émoticônes, Q°emotion, à Troyes (Aube), décrypte les affects exprimés par écrit par des clients et des collaborateurs. Le moteur d’analyse mis au point en 2015 par ses cofondateurs, Matthieu Bruneteau et Grégoire Pfirsch, ciblait initialement le secteur du tourisme. Mais des acteurs dans la banque, de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution ont rapidement identifié son potentiel en vue de mieux connaître leurs clients et de travailler leur image de marque. La start-up de 10 salariés s’appuie sur un double écosystème, la Technopole de l’Aube et le Welcome City Lab, à Paris.
Pandalab : sécurise les données de santé
La transmission des données médicales via des messageries peu sécurisées appartient au passé. À Nancy (Meurthe-et-Moselle), Pandalab a bâti une plate-forme permettant à 7 000 professionnels de santé d’échanger ces données personnelles de manière sûre, en y associant une multitude de fonctions : lecteur d’imagerie médicale, générateur de prescriptions avec signature électronique... "L’épidémie de Covid-19 a accéléré notre déploiement", explique Christelle Masson, la directrice générale de la start-up de 12 salariés fondée en 2016. Le leader français de l’informatique de santé Pharmagest ne s’y est pas trompé. Il a annoncé l’acquisition en avril de 56 % des parts de Pandalab.
Winalist : simplifie l’œnotourisme

L’épidémie de Covid-19 a incité de nombreux domaines viticoles à tester la marketplace de la start-up Winalist. Créée à Reims (Marne) en 2018 par Nicolas Manfredini, la plate-forme propose aux amateurs d’œnotourisme de réserver une dégustation ou une visite en ligne parmi plus de 500 expériences. Après avoir testé sa solution à l’échelle du vignoble champenois, la start-up (7 salariés) s’est déployée sur le territoire national. Incubée au Village by CA, elle vise maintenant l’international. Sa solution traduite en sept langues s’ouvre à l’Italie, en attendant la Suisse et l’Espagne.
Aprex Solutions : affine le contrôle industriel

Perfectionner la préhension d’un robot de manutention ou détecter des défauts sur une ligne de production de fibres optiques, tel est le job d’Aprex Solutions à Nancy (Meurthe-et-Moselle). Sa technologie associe l’intelligence artificielle à des algorithmes en vue d’améliorer le contrôle visuel dans l’industrie, sans recourir à des caméras de très haute résolution. Le logiciel mis au point par cette start-up de 10 salariés s’appuie sur les travaux conduits à l’Institut Jean Lamour (CNRS, université de Lorraine). L’heure est maintenant au "déploiement commercial de notre solution grâce à la levée de fonds de 1,2 million d’euros bouclée en janvier dernier", éclairent Romain Baude et Mikaël Désécures, qui ont cofondé Aprex Solutions en 2017.
Ewattch : digitalise les îlots de production
Les capteurs numériques d’Ewattch connectent les unités de production, y compris les plus anciennes. L’expertise en IoT de cette start-up (15 salariés, 1 million d’euros de chiffre d’affaires en 2019) implantée à Saint-Dié-des-Vosges (Vosges) a permis de simplifier le suivi des consommations énergétiques et de nombreux autres indicateurs (temps de cycle, niveau des cuves...). La valeur ajoutée de la jeune pousse fondée en 2012 par Nicolas Babel réside dans sa maîtrise à la fois des capteurs sans fil, développés en interne et fabriqués en Alsace, et des logiciels de supervision de la data. La société boucle une levée de fonds de 3 millions d’euros afin d’engager son développement commercial.
Vivoka : parie sur l’assistance vocale spécialisée
Vivoka se ménage une place au soleil à Metz (Moselle) grâce à son assistant vocal spécialisé. La technologie de cette société, fondée en 2015 par William Simonin, Geoffrey Heckmann et Vincent Leroy, se différencie des intelligences artificielles, très puissantes mais génériques, des géants du net, en ciblant des usages pour l’hôtellerie, la distribution et les banques. En juin dernier, la start-up de 30 salariés a été retenue par Aéroports de Paris pour équiper ses bornes d’information et répondre aux enjeux de sécurité sanitaire. Cet automne, Vivoka franchit un nouveau cap et lance un kit permettant à chaque entreprise de créer son propre assistant vocal.
SupAirVision : inspecte les pales d’éoliennes
Sébastien Arnould, le fondateur en 2017 de SupAirVision à Troyes (Aube), a pris sa calculatrice. À raison de 8 000 éoliennes en France, son procédé d’inspection par drone dispose d’un potentiel de 24 000 pales. Et c’est sans compter le marché numéro un, l’Allemagne, sur lequel la start-up incubée par la Technopole de l’Aube prévoit de se développer. La difficulté d’accès aux pales a poussé la start-up de 10 salariés à imaginer une technologie reposant sur l’autoguidage des drones, la prise de vue haute définition et la reconstitution numérique des pales. Pour une analyse en profondeur, SupAirVision a breveté avec l’université de Reims et Engie Green des capteurs thermographiques.
Été indien éditions : fait bouger les seniors
Le confinement a fait bondir les connexions à la vidéothèque d’Été indien éditions, créé en 2017 et incubé par Rimbaud’Tech à Charleville-Mézières (Ardennes). Depuis quelques mois, les séances de ce spécialiste de l’activité physique adaptée aux plus de 60 ans sont accessibles via la tablette Ardoise du groupe La Poste. Ces bons résultats donnent la confiance nécessaire à ses cofondateurs, Benjamin Braquet et Julien Odienne, pour aborder le marché du particulier. La start-up de 5 personnes, qui travaillait essentiellement pour les mutuelles et caisses de retraite, va élargir son marché. Elle développe une application web regroupant la totalité de ses services : vidéos, bilans de forme, visioconférences.
Produire sur place à prix compétitif
"Le secteur numérique joue un rôle crucial pour le redémarrage d’industries. Les compétences ont été maintenues. Nous pouvons par exemple travailler des fibres textiles produites localement. L’enjeu n’est pas de relocaliser, mais de produire à prix “mondiaux”", insiste Étienne Leroy, le directeur général de Schlumberger, fabricant de machines textiles à Guebwiller (Haut-Rhin), et président du bras armé régional Grand E-nov pour le développement du numérique. "La crise liée au Covid-19 a fait prendre conscience à nos voisins luxembourgeois et sarrois de l’intérêt de travailler dans une logique de bassin économique. Ils peuvent représenter un troisième poumon aux start-up françaises", assure Frédéric Schnur, le président de l’association Grand Est numérique. Patrick Rein, qui anime le KM0, l’incubateur d’un écosystème de numérisation de l’industrie, ne s’inquiète que d’une chose, la saturation des locaux, pleins à 95 % : "Nous avons constaté des développements impressionnants d’entreprises sur le site. La logique de répondre aux besoins des industries en matière de numérique fonctionne. Plus que bien."



