La France veut accueillir la future méga usine de puces d’Intel en Europe. Elle est en concurrence avec d’autres pays européens candidats, dont l’Allemagne, l’Italie et les Pays-Bas. "C’est l’objet de la venue de Pat Gelsinger, le directeur général du groupe, en France cette semaine, confirme à L’Usine Nouvelle Stéphane Nègre, le patron de la filiale française d’Intel. Il est venu pour discuter de ce projet avec les responsables politiques et économiques, et se faire une idée de sa faisabilité en France. On parle de plusieurs pays européens candidats à ce stade et non de sites, car il est possible qu’un pays propose plusieurs sites potentiels. "
En mars 2021, Pat Gelsinger, qui venait de prendre les rênes d’Intel, a lancé sa stratégie IDM 2.0 de reconquête du leadership du groupe dans les technologies de production et de diversification dans les services de fonderie de puces, une activité dominée par le géant taïwanais TSMC. Avec à la clé, un investissement de 20 milliards de dollars dans deux usines à proximité de son site actuel à Chandler, dans l’Arizona. Il a également annoncé le projet de créer un site comparable de production en Europe continentale, en plus du site de production dont il dispose déjà près de Dublin, en Irlande.
Investissement de 20 milliards de dollars
"Comme pour le site dans l'Arizona, dont la construction a déjà démarré à Chandler, le futur site européen disposera de deux usines qui seront construites en deux phases, précise Stéphane Nègre. L’investissement prévu est comparable à celui de 20 milliards de dollars consenti aux Etats-Unis. Chacune des deux usines créera environ 1 500 emplois directs hautement qualifiés. Le site s’inscrit dans notre nouvelle stratégie IDM 2.0 en menant de front deux activités : la fabrication de composants d’Intel et la fourniture de services de fonderie de puces à des fournisseurs de semi-conducteurs et industriels en Europe."

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Le projet d’Intel intervient à un moment propice où la Commission européenne se mobilise pour renforcer la position de l’Europe dans les semi-conducteurs en portant sa part dans la production mondiale à 20 % en 2030, contre environ 10 % aujourd’hui. L’une des idées fortes défendue par Thierry Breton, le commissaire au Marché intérieur, est la création sur le sol européen d’une fonderie avancée de puces capable de descendre à des finesses de gravure de 3 ou 2 nanomètres.
"Nous nous insérons parfaitement dans cette stratégie, martèle Stéphane Nègre. Ce que nous comptons faire en Europe est la réplique de ce que nous avons commencé à faire aux Etats-Unis, qui veulent porter leur part dans la production mondiale de puces à 30 % en dix ans, contre un peu plus de 10 % aujourd’hui. Nous voulons contribuer à l’effort collectif des Etats-Unis et de l’Europe d’atteindre 50 % de la production mondiale. Mais notre projet en Europe est différent du projet de fonderie de puces poussé par la Commission européenne."
Rôle des incitations publiques
La compétition entre les pays européens candidats bat son plein. La France a-t-elle des chances de l’emporter ? "Chaque pays a ses arguments, confie Stéphane Nègre. Mais la France ne manque pas d’atouts : de l’électricité fiable, peu coûteuse et peu carbonnée, de l’eau disponible en quantité suffisante, une infrastructure de transport et de télécoms de qualité, un système de formation d’ingénieurs et de chercheurs de haut niveau notamment en physique et mathématiques, et un écosystème de de semi-conducteurs autour de Grenoble avec de grands fabricants comme STMicroelectronics et des labos de renom mondial comme le CEA-Leti. Nous continuons à améliorer le dossier. Car ma préférence personnelle va, bien sûr, pour un site en France. Je me félicite de la décision d'Intel d'investir dans un nouveau site de production en Europe. C'est une bonne nouvelle pour toute l'Europe. "
Une liste courte de sites potentiels sera retenue à l’automne prochain. Le choix final du site est prévu pour la fin de l’année. Intel se montre très sensible à la notion d'écosystème car le futur site a besoin de disposer à proximité de fournisseurs, partenaires, universités et labos de recherche. Le site devra être aussi suffisamment grand pour supporter les extensions. Intel parle de plusieurs centaines d'hectares. Un autre critère pèsera lourd dans la décision de Pat Gelsinger : celui des incitations financières proposées par les pouvoirs publics. "Car une usine revient plus cher à exploiter en Europe ou aux Etats-Unis qu’en Asie, note Stéphane Nègre. Ensuite il faut continuer à investir pour suivre l’évolution technologique et passer à une gravure toujours plus fine. Les 20 milliards d’investissement de total pour les deux usines sont du même que le montant prévu aux Etats-Unis. Les incitations publiques servent à rendre le site compétitif à la fois pour Intel et pour l'Europe par rapport à une implantation en Asie, et à le garder ensuite à la pointe de la technologie. "



