Cinq ans après le dépôt de sa demande de concession minière, La Française de l’énergie obtient l’autorisation d’extraire le gaz de charbon dans l’ancien bassin minier lorrain. Le jeudi 23 novembre, l’entreprise basée à Pontpierre (Moselle) s’est félicitée de l’octroi de ce permis pour le projet dit «Bleue Lorraine» portant sur 191 km² et englobant 40 communes de l’est de la Moselle, «une étape clé dans la valorisation des réserves et ressources certifiées par le groupe sur cet actif stratégique au cœur de l’Europe», indique la société.
La publication d’un décret du ministère de la Transition écologique le 22 novembre au Journal officiel ouvre la voie à l’exploitation jusqu’en 2040 du méthane emprisonné entre 1000 et 1500 mètres sous terre dans les veines de charbon. Il s’agit d’un revers pour le collectif d’associations opposées au projet qui, selon elles, n’offre aucune garantie sur les conditions d’exploitation, malgré la promesse à ne pas recourir à la fracturation hydraulique, une technique employée pour l’extraction des gaz de schiste mais interdite en France.
L’autorisation de la concession «Bleue lorraine» marque une nouvelle étape dans la bataille judiciaire et médiatique engagée en France, alors que l’Etat avait annoncé stopper au 1er janvier 2023 son soutien aux projets d’exploitation d’énergies fossiles.
Initialement, le ministère de la Transition écologique avait rejeté la demande de concession minière dans un arrêté du 26 avril dernier. «La société La Française de l'énergie n’a pas démontré ni sa capacité technique à extraire le gaz de couche et ni, par la suite, l'exploitabilité de ce gisement», tranchait l’arrêté ministériel. Une décision contestée par La Française de l’énergie devant la justice. Le tribunal administratif de Strasbourg lui a donné raison le 25 juillet 2023, annulant l’arrêté du ministère et l’enjoignant à accorder la concession sous un délai de trois mois avec une astreinte de 500 euros par jour de retard.
Le ministère de la Transition écologique a fait appel
Julien Moulin, président de La Française de l’énergie, rappelle que son entreprise, née en 2007 de la reprise des actifs de l’australien European Gas Limited, «porte depuis plus d’une décennie le projet de valorisation de gaz local, une ressource écologiquement et économiquement compétitive». Le dirigeant de cette société cotée de 34 salariés (chiffre d’affaires de 39,2 millions d'euros en 2023), évoque également un impact positif sur «l’empreinte carbone du territoire en venant réduire l’énergie importée». Sans citer nommément les gaz de charbon, le dirigeant parle de contribution «à la sécurité énergétique, à la décarbonation de l’industrie et au développement plus rapide d’écosystèmes hydrogène». L’entreprise a, en effet, déposé en mars dernier une demande de permis exclusif de recherche dit «Des Trois-Evêchés» pour sonder les réserves en hydrogène naturel dans le bassin houiller lorrain.
L’entreprise devrait présenter son plan de développement pour exploiter la ressource en gaz de charbon début 2024. Elle a certifié environ 2,1 milliards de mètres cubes sur les 191 km² de la concession, soit un peu moins de 5% de la consommation annuelle française. Toutefois, le ministère de la Transition écologique a fait appel de la décision du tribunal de Strasbourg. Un recours devant la Cour administrative d’appel de Nancy, qui n’est pas suspensif, mais dont l’instruction pourrait prendre un an… Le feuilleton n'est pas terminé.



