Après des mois de mobilisation, les salariés de la fonderie MBF Aluminium ont pris connaissance de la décision du tribunal de commerce de Dijon, en Côte-d'Or. Mardi 22 juin, il a prononcé la liquidation judiciaire de l’entreprise. En fermant l’usine, la justice entraine le licenciement de 284 salariés.
Depuis le 4 novembre 2020, le site était en redressement judiciaire tandis que les candidats à la reprise ont bénéficié de délais supplémentaires pour affiner leur offre. Le plan de reprise de l’entrepreneur lyonnais Mikaël Azoulay qui prévoyait de maintenir 210 salariés a été écarté. « Cette offre permettait de ne pas mourir mais elle n’a pas suffi » regrette Nail Yalcin, délégué syndical CGT. Le tribunal a opté pour la liquidation du fait du manque de trésorerie de la fonderie, bien que le Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté ait voté une aide de 500 000 euros en ce sens pour payer les salaires et donner un délai supplémentaire au candidat à la reprise.
Des salariés dépités
Après la grève de la faim de plusieurs salariés pour attirer l’attention du Président de la République et du Premier ministre, un entretien avec le ministre de l’Économie n’a pas non plus abouti au soutien politique escompté. « Selon moi, les fonds de l’Etat ne servent à rien et les ministres peuvent se reconvertir en chauffeurs de corbillard », n’hésite pas à dire Nail Yalcin. Dans un communiqué, Elisabeth Borne, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion et Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l’Industrie, répondent que le gouvernement restera pleinement mobilisé aux côtés des salariés concernés et du territoire pour leur permettre de rebondir. "Pour soutenir l’émergence de nouveaux projets industriels locaux, l’Etat a d’ores et déjà activé le dispositif « choc industriel » du programme Territoires d’Industries au profit du bassin d’emploi sanclaudien. Cet appui, mobilisant une équipe de consultants sur le terrain, permettra de construire une stratégie industrielle territoriale à moyen terme et d’accélérer la concrétisation des projets identifiés. Ceux-ci feront l’objet d’un traitement prioritaire dans le cadre de France Relance. En parallèle, le fonds d’accompagnement et de reconversion des salariés de la filière automobile annoncé à l’occasion du Comité Stratégique de Filière (CSF) du 26 avril dernier sera mobilisé pour venir en aide aux salariés."
A l’annonce du jugement, les salariés qui s’étaient déplacés à Dijon se sont laissé gagner par la tristesse et la colère en taguant, retournant et incendiant un véhicule siglé MBF Aluminium devant la cité judiciaire. « La colère s’exprime. On privilégie le dialogue depuis 83 jours mais la stratégie opérée est politique. Je suppose qu’il y a eu des discussions entre l’Etat et les constructeurs qui veulent délocaliser en Europe car MBF Aluminium est la troisième fonderie à fermer en quelques semaines. » Lors de l’assemblée générale qui réunira les salariés, le délégué syndical consultera ses collègues et son avocat pour activer tous les leviers à sa disposition. « Il y a toujours un recours possible » conclut Nail Yalcin.



