La filière du chanvre s'organise en Nouvelle-Aquitaine

Dans le chanvre, rien ne se perd: tiges, graines et poussières peuvent être valorisées et commercialisées. Accompagnée par le conseil régional, la filière s’organise en Nouvelle-Aquitaine pour développer culture et industrialisation de cette plante et de ses dérivés.

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Avec des débouchés dans l'alimentation, le textile, le bâtiment, les cosmétiques, la papeterie... le chanvre, dont la culture est respectueuse de l'environnement, est promis à un beau développement.

Ce n’est pas encore un acteur majeur de l’économie en Nouvelle-Aquitaine, mais c’est une filière qui y pèse de plus en plus lourd. Le chanvre est au cœur de l’activité d’un peu plus de 90 acteurs régionaux. Le 17 mai, les professionnels du chanvre de la région se sont constitués en association, Chanvre Nouvelle-Aquitaine, afin de développer la filière, soutenue par la Région. Cette plante de l’espèce du cannabis est cultivée légalement, sa teneur en substance psychoactive, le THC, étant très faible. En revanche, une autre molécule, le CBD, est présente de manière importante. Dépourvue d’effets psychotropes, elle permet notamment d’apaiser et de traiter des douleurs localisées.

Mais c’est l’ensemble de la plante qui peut être utile et commercialisée. La tige peut servir à l’isolation des bâtiments ou à faire des cordages, des papiers, des moules de fabrication dans l’industrie automobile, entre autres. Avec les graines, on va faire de l’huile, des farines ou du tourteau, qui servira principalement à l’alimentation animale. Avec un double avantage: la récolte de paille est valorisée et les graines se vendent plus cher que celles des autres céréales.

Emergence de nouveaux marchés

« C’est une plante qui ne demande pas d’attention particulière, elle se désherbe toute seule notamment », commente Hubert Rinaldi, l’un des 14 agriculteurs qui composent l’entreprise Le Chanvre mellois, dont le siège est à Melleran (Deux-Sèvres). « Malgré tout, elle n’est pas sans inconvénient. Le chanvre, c’est coriace: en une heure, si tout va bien, on en peut traiter une tonne. Mais 200 kilos seulement, si les choses se passent mal ». Au moment où l’on sépare la graine, la laine et la poussière, notamment. « Car il n’y pas de déchet dans le chanvre! Même la poussière est une matière première exploitable », qui servira entre autres pour les toilettes sèches et les litières des animaux de compagnie.

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Fondé en 2005, Le Chanvre mellois fournit des petits industriels de la région: « il y avait deux marchés il y a dix ans, il y en neuf aujourd’hui. Dont certains sont particulièrement porteurs, comme l’extraction de cellulose, qui a permis que l’on multiplie notre chiffre d’affaires par deux », poursuit Hubert Rinaldi. Pas encore de quoi rouler sur l’or, mais suffisant pour rentrer dans leurs frais, pour ces agriculteurs qui investissent 35% des revenus de l’entreprise dans la R&D. « Ce qui nous laisse espérer des rémunérations bien plus élevées quand ce chiffre s’établira à des niveaux plus classiques, vers 7 ou 8% », espère Hubert Rinaldi.

L’alimentaire s’organise

Fort de ses 270 hectares - 1000 prévus à horizon 2024 - Vincent Lartizien est, avec Les Chanvres de l’Atlantique, le plus gros producteur de Nouvelle-Aquitaine. Basée à Saint-Geours-de-Maremne (Landes), l’entreprise est présente « de la semence à la distribution », explique son fondateur, et commercialise déjà dans de nombreux secteurs, du matériau d’isolation à l’huile en passant par les protéines destinées aux sportifs. « Notre volonté est de continuer à développer notre outil industriel, de manière à proposer davantage, en quantité et en diversité, de produits. » Une usine est en cours de construction dans la même commune que le siège et sera livrée en décembre. Elle aura la particularité d’être en béton de chanvre, y compris pour ses chambres froides, ce qui les rendra nettement moins énergivores. « Nous serons la première usine d’Europe construite avec le matériau que l’on produit et qu’elle produira », sourit Vincent Lartizien.

La filière alimentaire du chanvre s’organise elle aussi. C’est le pari tenté par Green Leaf Company à Donzenac (Corrèze). « Nous nous sommes lancés fin 2017, persuadés que la France avait du retard sur ces produits qui deviendraient rapidement tendance », explique Aurélien Delecroix, directeur général de l’entreprise. « Il était alors impossible de trouver du chanvre alimentaire, alors même que la France était déjà le premier pays européen producteur de cette plante. Nous voulions à la fois nous engager dans cette production de protéines végétales et contribuer à une action concrète en faveur de l’environnement. Notre pari était de venir en appui des agriculteurs en contribuant à créer une filière du chanvre alimentaire. » Sous sa marque Hello Joya, Green Leaf Company commercialise des tisanes, des cookies, des pâtes à tartiner et des produits de récupération pour les sportifs.

La région accompagne six bassins de production

En 2017, « notre projet faisait un peu sourire, même si notre business model le crédibilisait rapidement. Aujourd’hui, le sujet est bien mieux connu et le chanvre se démocratise à toute vitesse ». Pour preuve, Green Leaf Company fournit désormais Monoprix, sous la marque What the Hemp.

D’autres petits industriels, comme les boissons Baga à Mérignac (Gironde), ont également tenté l’aventure d’une production intégralement fondée sur le chanvre. D’ici 2023, la région prévoit d’accompagner six bassins de production, accélérant encore l’industrialisation de la filière.

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