La crise du Covid-19, un accélérateur de numérisation pour l'économie française ?

En bouleversant nos pratiques, la crise pourrait profiter aux offreurs de solutions numériques, mais la reprise sera difficile pour les entreprises travaillant pour des secteurs à l’arrêt.

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Durant la pandémie, nombre d’entreprises ont pris conscience des avantages du cloud.

En bouleversant nos pratiques et nos organisations, la crise liée au Covid-19 va-t-elle accélérer une digitalisation profitable au secteur du numérique ? Le recours massif aux outils de télétravail et le maintien des activités installées dans le cloud le laissent penser. Mais cette perspective ne profitera pas forcément à tous. Selon un sondage réalisé par le syndicat professionnel Syntec numérique auprès de 166 de ses adhérents, la baisse d’activité dans le secteur frôle 23 % en moyenne. Et 46 % des dirigeants interrogés se disent inquiets "quant à la pérennité de leur entreprise si la reprise de l’économie ne se fait pas à un rythme normal dans trois mois".

"Les éditeurs de logiciels sont beaucoup moins touchés, car les activités du SaaS [logiciel à la demande, ndlr] ont pu continuer, détaille Godefroy de Bentzmann, le président du Syntec numérique. Mais le conseil est bien plus atteint, avec une baisse d’activité de 50 à 60 %, car de nombreux clients arrêtent leurs projets." Sur ses 2 000 adhérents, le syndicat ne recense qu’une trentaine de grands groupes et 120 ETI, contre 1 000 PME et 850 start-up et TPE. "Une grande partie fait appel au chômage partiel, avec déjà des problèmes de trésorerie chez certains", alerte Godefroy de Bentzmann, soulignant que les plans de restructuration des grands groupes français vont se répercuter sur le secteur.

Celui qui est aussi patron de l’entreprise de services du numérique Devoteam anticipe : "Les priorités de nos clients vont changer dans les prochains dix-huit mois au profit du cloud, des grandes infrastructures de données bien organisées et des programmes de cybersécurité. Cela nous obligera à ajuster notre manière de vendre nos prestations." Dans sa société, les unités commerciales sont réorganisées pour être orientées vers les secteurs économiques qui redémarreront le plus vite. Et des collaborateurs à l’activité réduite sont formés.

Coprésident du groupe Open, spécialisé dans l’accompagnement à la transformation numérique, Guy Mamou-Mani estime, lui, que "le numérique va être sur-utilisé dans les prochains mois et années". "La transformation numérique d’usages et d’institutions, que l’on imaginait s’étaler sur des années, va s’accélérer", prophétise-t-il, anticipant une baisse significative (autour de 15 %) du chiffre d’affaires de sa société en mars. "Ma conviction est que pour être prêt pour le rebond, il ne faut se séparer d’aucun collaborateur, voire embaucher, argue-t-il. Notre secteur connaissait une forte tension sur les recrutements avant la crise. Ceux qui réussiront à attirer les talents maintenant s’en sortiront mieux à la reprise."

La gratuité pour ferrer des clients

Le groupe envisage de renforcer ses activités auprès des administrations publiques, qui représentent 14 % de son chiffre d’affaires (300 millions d’euros en 2019). "Notre cabinet de conseil est extrêmement demandé car nous travaillions déjà avec les hôpitaux de Paris (AP-HP) et sur le Health data hub [projet de création d’une plate-forme pour l’exploitation des données de santé, lancé par le gouvernement, ndlr]", souligne le dirigeant.

De nombreuses sociétés du numérique ont passé leurs outils digitaux en gratuit, qu’ils servent au travail collaboratif, à l’éducation ou à la santé. Un moyen de contribuer à l’effort de guerre, mais aussi, peut-être, de gagner des clients lors du redémarrage de l’économie. "Les grands gagnants seront ceux positionnés dans la santé, les éditeurs de communication instantanée et de vidéoconférence et les acteurs de la sécurité", analyse Thomas Kerjean, le directeur général de Mailinblack, une pépite marseillaise de solutions antispam et antivirus.

Promue par le ministère de la Santé, la start-up a offert ses solutions aux institutions de santé (hôpitaux, Ehpad, cliniques…). Vingt-deux y ont recours actuellement. Pour les entreprises privées, trois mois de gratuité sont proposés. "Une attaque aujourd’hui serait catastrophique pour les hôpitaux comme pour n’importe quelle PME, pointe Thomas Kerjean. La prise de conscience du risque cyber est très forte et nous avons dû augmenter nos capacités pour répondre à la demande." Pour cette société, le surcroît d’activité devrait perdurer à la sortie de crise et bien après. 

La télémédecine explose

Si une activité ne connaît pas la crise, c’est celle de la téléconsultation. Rien que pour la semaine du 23 au 29 mars, 486 369 téléconsultations ont été facturées à l’Assurance-maladie, contre moins de 10 000 par semaine jusqu’au début mars, puis 80 000 la semaine du 16 mars, première du confinement. Les téléconsultations constituent désormais plus de 11 % de l’ensemble des consultations, contre moins de 1 % avant la crise. Sans compter qu’il ne s’agit là que celles qui sont remboursées. À lui seul, le géant français de l’e-santé Doctolib en a réalisé 885 000 en mars. En moyenne, 100 000 consultations vidéo ont lieu chaque jour sur sa plate-forme. Cette explosion sera-t-elle temporaire ou la crise liée au Covid-19 va-t-elle profondément modifier nos pratiques ? Désormais, un médecin sur trois pratique la téléconsultation. Ils étaient moins de un sur dix à le faire au début mars.

 

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