Une première mondiale. La Corée du Sud va être le premier pays à se doter d’une infrastructure de captage de CO2 à partir de sel, qui présente l'avantage de produire également de l’eau douce. Cette installation, qui doit voir le jour à la mi-2024 au centre industriel de Daesan, est le fruit d’une collaboration ingénieuse entre K-water, le gestionnaire public d’eau du pays, et Capture6, une startup américaine spécialisée dans le captage de carbone.
Ce projet coopératif vise à apporter une réponse à deux problèmes importants qui touchent Daesan. Ce polluant complexe industriel, qui représente 40% de la production pétrochimique de Corée du Sud, consomme énormément d’eau. Une ressource qui se fait rare dans la région à mesure que les sécheresses s’intensifient. Les cinq plus grosses entreprises du complexe puisent à elles seules 169 500 tonnes d’eau par jour d’un lac à proximité. En cas d'interruption de l'approvisionnement, celles-ci accuseraient une perte d'environ 30 millions d’euros... par jour.
Un complexe à 17 millions de tonnes de CO2 par an
Lee Jung-yeol, anciennement directeur de recherche à K-water, a piloté le projet du centre de désalinisation. «S’il n’y a pas beaucoup de pluie, nous pouvons souffrir d’une pénurie d’eau chronique à tout moment. Ici, il n’y a pas de rivière, mais on a de l’eau de mer en quantité, explique-t-il. J’ai donc décidé de construire la plus grande usine de dessalement d’eau de mer de Corée afin de disposer d’une source d’eau alternative.»
Lancé en 2016, le centre doit voir le jour à la mi-2024 pour apporter près de 100 000 tonnes d’eau aux entreprises de Daesan. Capture6, startup américaine spécialisée dans le captage de dioxyde de carbone, s'est jointe au projet pour répondre au second problème des industries locales : leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Chaque année, 17 millions de tonnes de CO2 s’échappent des cheminées du complexe.
L'intégration du captage de carbone dans l’usine de dessalement est au cœur de la technologie mise au point par l'américain. «Nous capturons le dioxyde de carbone directement dans l’air avec du sel, explique Leo Hyoungkun Park, vice-président du développement de Capture6. Nous récupérons de la saumure, provenant d’installations de dessalement, et grâce à un procédé électrochimique, le sel attrape le carbone et permet de le stocker.»
Quand le captage du CO2 produit... de l'eau douce
L’autre avantage : cette technologie produit de l'eau douce, ce qui permet de contribuer aux efforts de dessalement. «Le captage du carbone permet d’éliminer le sel employé. À la fin du processus, il nous reste donc de l’eau douce que l’on va transférer aux entreprises locales, et d’autres composés chimiques que nous pouvons réutiliser», poursuit Park. Ces résidus chimiques peuvent être stockés et servir aussi bien pour fabriquer des batteries, du ciment ou même purifier de l’eau. «L’idée est d’avoir un impact minimal sur l’environnement», assure Capture6.
Pour l’heure, l’installation de Daesan reste avant tout un essai à petite échelle. Capture6 disposera d'une petite installation accolée au centre de dessalement. L’entreprise estime pouvoir capturer 50 000 tonnes de CO2 par an. Une performance bien en deçà de ce que la zone industrielle émet chaque année. Mais la start-up voit les choses en grand. «Tout ce que nous utilisons peut être produit à échelle industrielle, précise Leo Hyoungkun Park. Si les résultats sont bons, nous pouvons facilement passer à l’échelle supérieure.»
Célio Fioretti, en Corée du Sud



