La Corée du Sud ne cache pas ses ambitions dans les puces de puissance de nouvelle génération

La Corée du Sud, qui domine déjà le marché des puces mémoires, a lancé un plan de développement dans les semi-conducteurs de puissance dits de troisième génération. Au programme, les composants en carbure de silicium, nitrure de gallium et trioxyde des gallium, vus par Séoul comme des technologies stratégiques pour son développement dans la voiture électrique et les énergies renouvelables.

 

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SK Siltron
SK Siltron, fournisseur sud-coréen de substrats de puces

Après avoir réussi à dominer le marché des puces mémoires aux dépens du Japon, la Corée du Sud nourrit de grandes ambitions dans les semi-conducteurs de puissance de nouvelle génération. Le ministère sud-coréen du Commerce, de l'Industrie et de l'Énergie a lancé, le 25 mars, un plan de développement stratégique avec l’objectif de prendre le leadership mondial dans ce segment de marché émergent, rapporte le journal The Korea Herald.

Dans le viseur de Séoul figurent trois familles de semi-conducteurs de puissance dits de troisième génération : carbure de silicium, nitrure de gallium et trioxyde de gallium. Par rapport au silicium classique, ils offrent l’avantage de réduire les pertes, l’encombrement et le poids des systèmes de conversion et contrôle de l’énergie électrique, ce qui en fait des technologies clés pour l’électrification de la voiture mais aussi pour l’amélioration de l’efficacité énergétique des éoliennes, centrales solaires, onduleurs, chargeurs, serveurs, appareils électroménagers ou encore commandes de moteurs électriques.

Ligne pilote de composants en carbure de silicium

Selon le journal ETNews, l’investissement du gouvernement sud-coréen se monterait à 1 000 milliards de wons, l’équivalent de près de 900 millions de dollars, en dix ans. Il vise à soutenir la R&D, la fabrication de prototypes et l’industrialisation de produits. L’objectif est de créer un écosystème complet, depuis les substrats jusqu’aux modules électroniques de puissance, en passant par la R&D et la production de masse sur des plaquettes de 150 ou 200 mm. Le pays dispose d’une ligne de fabrication de composants en carbure de silicium sur plaquettes de 150 mm à l’institut de recherche sur les technologies électroniques et de télécommunication (ETRI) à Busan. Elle est mise à la disposition des chercheurs et entreprises pour la fabrication de prototypes. Le gouvernement ambitionne de faire émerger six à huit usines.

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Il n’est pas clair à ce stade sur quels acteurs locaux le gouvernement sud-coréen compte s’appuyer pour développer cette filière. Le conglomérat SK, troisième du pays derrière Samsung et Hyundai, semble le mieux placé pour endosser le costume de pilote. Sa société SK Siltron, en charge des substrats électroniques, est déjà présente dans les plaquettes de carbure de silicium, une activité rachetée en septembre 2019 à l’américain DuPont. Au début de l’année, SK a fait son entrée à hauteur de 33,6 % dans le capital de Yes Power Technics, seul fabricant sud-coréen de composants électroniques de puissance en carbure de silicium. Le conglomérat SK dispose donc de la base pour maîtriser toute la chaine de valeur de la filière, depuis les substrats jusqu’aux modules électroniques. Et sa présence dans les batteries en fait un fournisseur complet des composants électriques et électroniques clés du véhicule électrique. Il possède en plus SK hynix, deuxième plus grand fabricant de mémoires derrières Samsung Electronics.

Interrogations sur les intentions de Samsung

Le pays du matin calme dispose d’autres acteurs potentiels comme Eco Semitek, KEC ou Samsung Electronics. Le cas de Samsung Electronics soulève des interrogations. Il est le numéro un mondial des mémoires, un segment dont il tire 75 à 85 % de son chiffre d’affaires dans les semi-conducteurs selon l'année. Pour sortir de ce carcan, il concentre jusqu’ici sa diversification en deux directions: les capteurs d’image et les services de fonderie de puces. Le plan du gouvernement pourrait l’inciter à envisager une troisième diversification : les semi-conducteurs de puissance de nouvelle génération. Avec l’avantage de s’ouvrir le marché de l’automobile, alors qu’il dépend aujourd’hui principalement des marchés des smartphones, PC et serveurs.

Selon le cabinet Yole Développement, la Corée du Sud détient 60 % du marché mondial des puces mémoires en 2020 avec ses deux fabricants, Samsung Electronics et SK hynix. Son plan de diversification dans les semi-conducteurs de puissance de nouvelle génération s’inscrit dans ses ambitions de développement dans les véhicules électriques et les énergies renouvelable.

Marché modeste mais très convoité

A l’horizon 2025, Yole Développement voit le marché atteindre 3 milliards de dollars pour les composants de puissance en carbure de silicium et 680 millions de dollars pour ceux en nitrure de gallium. C’est loin, très loin du marché des mémoires estimé à 122 milliards de dollars en 2020.

Alors qu’il est annoncé comme modeste, ce marché émergent des semi-conducteurs de puissance de nouvelle génération est convoité par une armée d’acteurs : des Européens comme STMicroelectronics et Infineon Technologies, des Américains comme Cree, On Semiconductor ou EPC, et des Japonais comme Rohm, Panasonic, Fujitsu, Mitsubishi Electric ou Sumitomo Electric.

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