Deuxième étage de la fusée. Le 30 juin 2016, l’Union européenne avait acté l’interdiction de la pêche dans les eaux profondes communautaires au-delà de 800 mètres. Un deuxième volet du texte, chargé de protéger les «espèces vulnérables» logées entre 400 et 800 mètres de fond, devait suivre. Le travail d’identification des zones où sont logées ces dernières a pris du temps. Il a abouti jeudi 15 septembre. Concrètement, «1,16% des eaux communautaires de l’Atlantique du Nord-est», chiffre la Commission européenne, vont être interdites pour les pêcheurs en eaux profondes comme les chaluts, la pêche sur ligne fixe ou la pêche via des casiers. L’institution précise que cela correspond à «17% de la zone située entre 400 et 800 mètres de profondeur». Seules les pêches confinées à la surface restent autorisées.
Virginijus Sinkevicius, le commissaire lituanien en charge de l’Environnement, s’est félicité d’une décision «visant à protéger et à restaurer la vie marine». «C’est l’aboutissement de longues années de campagne», raconte Frédéric Le Manach, directeur scientifique à l’ONG Bloom, qui œuvre «contre la destruction de l’océan et des pêcheurs». «Les Etats côtiers auraient dû transmettre les données dès 2018», poursuit-il. La sanctuarisation de ces espaces doit permettre de protéger des espèces victimes, souvent collatérales, des activités de pêche. «Il y a deux grands types d’espèces à protéger: les coraux froids et les éponges», explique Pascal Laffargue, chercheur à l’Ifremer, spécialiste de l’écologie benthique et halieutique.
«Les coraux et les éponges servent de milieu à une grande diversité d’espèces qui ne sont pas présentes dans l’environnement proche, détaille le chercheur. Ce sont des espaces de biodiversité assez remarquables en eaux profondes. Les zones concernées par l’interdiction sont celles où l’on trouve encore des habitats à peu près fonctionnels. Les activités de chalutage ont provoqué une forte régression de ces espaces.»
Difficile délimitation des limites
La cartographie et la délimitation des 16 000 kilomètres carrés à protéger en eaux profondes n’en reste pas moins un exercice difficile. «Ces zones ont été fixées à la suite d'observations scientifiques, raconte Pascal Laffargue. On va voir le fond avec des sous-marins.» Mais impossible pour autant de passer l'océan au peigne fin. La taille des zones ainsi retenue ne satisfait pas tout le monde.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
«Il n’y a pas de débat sur la nécessité de protéger les écosystèmes, argue Olivier le Nezet, président du Comité national des pêches. Il a manqué d’une approche constructive de la Commission, en concertation avec les pêcheurs, pour fixer des zones qui tiennent compte de la réalité des activités de pêche. Les zones de protection prévues au départ étaient moins importantes: on est dans de la surprotection, c'est dommageable pour les acteurs économiques.»
Reste que les activistes sont sceptiques quant à l’effectivité de cette nouvelle interdiction au moins à court terme. «La probabilité que les pêcheurs passent à travers les mailles du filet est assez élevée, estime Frédéric Le Manach. Aujourd’hui, en Europe, les contrôles et les amendes sont faibles. Mais les outils qui permettent de surveiller les navires en temps réel se développent.»



