A l’occasion de sa conférence de presse le 28 septembre, l’Usipa a appelé l’Etat à soutenir ses efforts de décarbonation. Le syndicat des amidonniers représente quatre industriels en France (Tereos, ADM, Cargill, Roquette) et désormais 3,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, de quoi caracoler en tête des industries des amylacés européennes. Cette filière produit sirop de glucose, amidons natifs, dextrose et autres polyols à partir du blé, maïs ou encore de la pomme de terre. Ces produits sont valorisés en alimentation ou en papeterie ou pharmacie par exemple.
Ses sites sont «énergo-intensifs» selon l'appellation en vogue. Sur les dix usines que compte encore la filière en France, deux se retrouvent d’ailleurs dans la liste des 50 sites plus émetteurs de CO2 de toute l'industrie hexagonale, alors que l’amidonnerie dépend très largement du gaz. La filière a été sommée par le gouvernement de revoir ses engagements de décarbonation. Elle qui prévoyait initialement de réduire ses émissions de 35% en 2030 par rapport à 2015, travaille désormais sur un projet pour monter à 40% – chiffré à 1,1 milliard d’euros – et un autre pour atteindre les 50% – chiffré à 1,4 milliard d’euros.
L’Usipa se targe déjà d’avoir réduit ses émissions de 16% (à périmètre constant). «Le facteur financier va être la clef pour aller plus loin, souligne Marianne Flamary déléguée générale du syndicat, en marge de la conférence de presse. Il faut savoir à quel point l’Etat pourra-nous accompagner. Il faut que les projets soient soutenables dans le délai imparti. Si nous voulons nous raccorder au réseau pour passer du gaz à l’électricité, il y a beaucoup de prérequis : est-ce qu’il y a la puissance disponible, en continu, à des tarifs économiquement viables ? Nous sommes très tournés vers les marchés internationaux, nous devons maintenir notre compétitivité.»
Bataille sur la biomasse
Des unités de production de biomasse, en chaudière ou méthanisation, sont aussi à l’étude, sachant qu’il sera possible d’utiliser les coproduits de la production de l’amidon (drèches, épis…) à des fins énergétiques. «A mon avis l’acceptabilité sociale de ces projets est assez restreinte», tempère Claude Risac, le président du syndicat, qui fait part de «grosses interrogations» quant à la possibilité d'avoir une réglementation stable sur l'utilisation de la biomasse. Sans parler d’une éventuelle compétition pour l’approvisionnement en bois énergie alors que ces industriels très énergivores se trouvent être très concentrés dans le nord du pays.
«Le maintien de la compétitivité du secteur est indispensable pour financer sa décarbonation», souligne d’Usipa dans un communiqué envoyé en marge de la conférence de presse. Le contexte est propice. «Nous sommes satisfaits de l’année 2022. La filière de l’amidon a encore vu ses exportations, qui comptent désormais pour 75% de son chiffre d’affaires, progresser. La souveraineté alimentaire, nous y sommes», s’est félicité Claude Risac alertant tout de même «sur les incertitudes qui pèsent sur 2023.»
En cause notamment, la faculté à maintenir l’approvisionnement en maïs (la filière sert de débouché pour près d'un tiers du maïs français) alors que la plante est décriée pour sa consommation d’eau en été et que les surfaces reculent. Idem pour la pomme de terre, soumise aux aléas du dérèglement climatique. «La féculerie d’Haussimont va fermer en fin de campagne, il n’en restera alors qu’une en France, déplore Marianne Flamary, déléguée générale du syndicat. L’industrie de la fécule a traversé des moments difficiles. Toutefois, il n’y a pas de raisons de s’imaginer aujourd’hui que la seconde suive.»



