Rien n’arrête Alain Thébault, inventeur prolifique à l’origine de l’Hydroptère, un trimaran détenteur d’un record de vitesse à la voile, ou encore de SeaBubbles, une flotte de bateaux taxis électriques. Après avoir fait "voler" ces moyens de transport grâce aux foils dont il les a équipés, le sexagénaire basé en Suisse ambitionne de donner des ailes aux conteneurs maritimes avec son nouveau projet Fly-Box. Il souhaite les transporter sur des plateformes à foils, surnommées «Flatbeds» et propulsées à l’hydrogène vert.
Celles-ci circuleraient de manière indépendante mais l’entrepreneur envisage à terme de les relier entre elles pour former des convois d’une dizaine de Flatbeds, capables de transporter des conteneurs de 12 mètres de long contenant 30 tonnes de fret. Il aspire même à rendre le pilotage, assuré dans un premier temps par un opérateur, automatique. Le nouveau moyen de transport naviguerait à une vitesse de 20 nœuds marins, soit 37 kilomètres/heure, après un «décollage» à 10 nœuds.
Pour le marin, il n’est pas question, à travers cette innovation, de remplacer les porte-conteneurs. L’idée est plutôt, «à partir des hubs portuaires du monde entier, de dispatcher les conteneurs», le tout, sans émettre de gaz à effet de serre. Car le dirigeant l’affirme : «Les derniers kilomètres parcourus par les conteneurs posent un vrai problème d’impact environnemental. Ils sont dispersés sur des camions qui roulent au diesel, sur des engins comme les péniches Freycinet dont la vitesse est très limitée et qui génèrent des vagues qui rongent les berges, ou bien sur des trains, qui, bien que ce soit une bonne chose, ne vont que d’un point A à un point B et n'offrent pas de flexibilité».
Un premier prototype dans un an et demi
Avec son invention, dont il a eu l’idée il y a seulement quelques mois, Alain Thébault souhaite donc contribuer à la décarbonation du secteur du transport maritime, responsable d’environ 3% des émissions de gaz à effet de serre mondiales. «Je pense que ce projet ira loin car il correspond à un besoin», affirme-t-il, confiant. Entouré de son équipe d’ingénieurs, de commerciaux et d’avocats, il espère lever suffisamment de fonds (20 millions d’euros avec l’appui de la branche suisse du cabinet d’audit et de conseil Mazars) pour que son premier prototype puisse voir le jour dans un an et demi et son deuxième, qui sera raccroché au premier, dans deux ans. «Le carburant pour nous c’est la levée de fonds. Si on a les moyens, on sait aller vite», soutient-il.
Fly-Box Le «doux rêveur», comme il se qualifie lui-même, projette, dans la foulée, de mettre en place une ligne pilote entre Gênes «au pied du terminal MSC» et Monaco. «C’est réaliste techniquement et c’est une belle vitrine», estime-t-il. Le 15 juin, il doit soumettre l’idée au Prince Albert, qu’il connaît personnellement et qui aurait selon lui la «fibre verte». Alain Thébault, qui dit ne pas avoir vocation à rester PDG de l’entreprise lorsqu’elle se développera à l’international, est déjà en contact avec des destinations potentiellement intéressées comme le Vietnam, la Thaïlande, Dubaï ou encore Seattle. Dans la perspective de développer des partenariats, sa société a également échangé ces dernières semaines avec TotalEnergies, Airliquide, FiveT Hydrogen ou encore CMA CGM. En attendant de voir les premières Fly-Box survoler la mer Méditerranée, l'on pourra, dès le mois de septembre, admirer les E-Nemo, des bateaux volants échappés eux aussi de l'imagination de l'inventeur, sillonner le lac Léman.




