Dans Seul sur Mars, Matt Damon campait un astronaute bloqué sur la planète rouge pendant près d'un an et demi. Loin de se laisser abattre, le botaniste avait réussi à survivre jusqu'à l'arrivée des secours, notamment en utilisant ses excréments comme engrais pour faire pousser des pommes de terre. Six ans après la sortie du blockbuster futuriste de Ridley Scott, l'agriculture sur Mars ne relève plus tout à fait de la science-fiction, grâce à une vaste expérimentation imaginée par Heinz.
L'entreprise américaine, poids lourd de l'agroalimentaire, a en effet dévoilé début novembre un ketchup « Marz edition ». Pour d'évidentes raisons logistiques, le groupe n'a pas pu se rendre sur place pour développer sa nouvelle recette, mais s'est contenté de cultiver des tomates dans les mêmes conditions. Un pari ambitieux, d'autant que la température moyenne de Mars avoisine les -63°C, que l'intensité du Soleil y est deux fois moins forte que sur Terre et que ses sols de régolithe regorgent de perchlorates, des sels potentiellement toxiques pour les humains.
Remplacer le lyophilisé
Menés en collaboration avec une équipe de l’Institut technologique d’Aldrin de Floride, les travaux ont duré deux ans. La qualité nutritionnelle et le goût des quelques centaines de tomates «martiennes» produites dans le cadre de cette étude ont ensuite été validés par les chercheurs de Heinz, même si aucune commercialisation n'est envisagée à ce stade. «Jusqu’à présent, les recherches sur les cultures martiennes se concentraient principalement sur le court terme, a expliqué Andrew Palmer, le responsable de l’équipe de l’Institut Aldrin, dans un communiqué. Ce projet est le premier à s’intéresser à la possibilité de cultiver des plantes de manière pérenne».
Un changement de mentalité indispensable en ces temps de reconquête spatiale. Il parait en effet peu probable que la nourriture lyophilisée suffise alors que les Etats-Unis, la Russie et la Chine souhaitent installer une base permanente sur la Lune et que le milliardaire Elon Musk espère entamer la colonisation de Mars dès 2024. Heureusement, le géant des sauces n'est pas le seul à se pencher sur l'alimentation du futur, de nombreuses expériences de ce type sont aussi menées au sein de la Station spatiale internationale. En espérant que leurs découvertes puissent également trouver des applications concrètes sur notre planète, où l'insécurité alimentaire est encore loin d'avoir disparu.




