[L'industrie c'est fou] Des pales d'éoliennes recyclées en oursons en gélatine

Des chercheurs de l’université d’État du Michigan (Etats-Unis) ont mis au point un nouveau matériau censé faciliter le recyclage des pales d'éoliennes. Une fois transformée, leur résine pourrait notamment servir à fabriquer des feux de voiture, des couches ou des bonbons.

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Pour le chimiste responsable de l'étude, ces oursons cuisinés avec une résine innovante ne sont pas si différents des oursons traditionnels.

L'éolien a le vent en poupe. D'ici à 2050, la France compte faire passer la capacité de son parc, terrestre et maritime confondus, de 20 GW à environ 80 GW. Un objectif ambitieux, tant les opposants à ce type d'énergie renouvelable restent nombreux. Outre les nuisances sonores et l'altération du paysage, l'un de leurs principaux arguments repose sur la difficulté à recycler les pales d'éoliennes, construites à partir de fibres de verre et généralement hors d'usage après une vingtaine d'années d'utilisation. Selon l'Ademe, celles-ci pourraient ainsi à elles seules représenter entre 3 000 et 15 000 tonnes de déchets annuels à partir de 2025.

Solution alcaline et polymères

Mais plusieurs scientifiques de l'université d’État du Michigan (Etats-Unis) pensent avoir trouvé une solution pour résoudre ce problème. Conçue à partir de fibres de verre et de polymères d’origine végétale et synthétique, la résine composite qu'ils ont inventée pourrait s'avérer beaucoup plus simple à recycler. Une fois l'éolienne en fin de vie, il serait possible de récupérer le matériau et de le décomposer, afin de développer de nouvelles pales ou des objets complètements différents.

Mélangée à d'autres matériaux, cette résine peut par exemple servir à construire des équipements ménagers, comme des comptoirs de cuisine. « Nous avons récemment fabriqué un lavabo de salle de bains, donc nous savons que cela fonctionne », a indiqué dans un communiqué de presse John Dorgan, l'un des responsables de l'étude. En dissolvant la résine dans une solution alcaline, ils ont également créé une substance acrylique permettant de produire des fenêtres et des feux arrière de voiture. Il suffirait d'ailleurs d'augmenter la température de quelques degrés durant la dissolution pour obtenir un polymère super absorbant, souvent employé dans la production de couches.

Les industriels s'emparent du recyclage des pales

Plus impressionnant encore, cette solution alcaline a aussi généré du lactate de potassium, un additif couramment utilisé dans l'industrie alimentaire. Une fois purifié, celui-ci a joué le rôle d'ingrédient mystère... dans une recette d'oursons en gélatine. Désireux de faire progresser la science, John Dorgan a mangé ces bonbons, sans noter d'effets indésirables. « Un atome de carbone provenant d’une plante, comme le maïs ou l’herbe, n’est pas différent d’un atome de carbone provenant d’un combustible fossile », explique le chimiste, en reconnaissant néanmoins qu'un développement à grande échelle de cette résine paraît difficilement envisageable pour le moment.

Ces chercheurs ne sont heureusement pas les seuls à travailler activement sur le sujet. En mars, l'IRT Jules Verne a annoncé avoir fabriqué le premier prototype de pale d'éolienne à échelle 1 à base de résine thermoplastique, entièrement recyclable. Porté par de nombreux industriels, parmi lesquels Arkema, Engie et Suez, ce projet devrait déboucher sur une solution commerciale d’ici le deuxième semestre 2024.

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