Analyse

L’incendie d’un datacenter d’OVH, un cataclysme pour tout le numérique français

L’incendie d’un datacenter d’OVH à Strasbourg provoque un immense électrochoc. S’il porte un mauvais coup à l’image du leader français du cloud, il affecte l’ensemble du numérique français. Et appelle toutes les entreprises à reprendre leur destin numérique en mains.

 

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OVHcloud
OVHcloud, la marque cloud d'OVH

L’incendie qui a ravagé l’un des quatre datacenters d’OVH à Strasbourg et sérieusement endommagé un deuxième le 10 mars 2021, a provoqué un immense électrochoc. Et pour cause : OVH est le champion français du cloud d’infrastructure et le fer de lance de la résistance européenne aux géants américains Amazon, Microsoft et Google. "Il y a un avant et un après le 10 mars 2021, souligne à L’Usine Nouvelle Arnaud de Bermingham, président-fondateur de Scaleway, la société d’hébergement en colocation et de cloud du groupe Iliad de Xavier Niel, le propriétaire de Free. C’est un événement triste pour tout le cloud français. Plus rien ne sera pareil dans notre industrie. "

Une catastrophe économique

Cet accident porte un mauvais coup à l’image d’OVH. Certains clients, qui se trouvent brutalement dans « le noir » informatique du fait de la coupure des services sur les quatre datacenters à Strasbourg, n’hésitent pas à afficher leur mécontentement sur les réseaux sociaux. "C’est une catastrophe économique pour les clients qui ont perdu des données ou dont l’activité se trouve à l’arrêt comme les sites marchands, les sites de jeux en ligne ou les éditeurs de logiciels à la demande, confie à L’Usine Nouvelle Vincent Malka, consultant chez teknowlogy, un cabinet européen de conseil et d’analyse de marché dans le numérique. Si cet événement suscite autant d’émotion, c’est qu’il ramène tout le monde à une réalité trop souvent oubliée. Derrière la dématérialisation à outrance que notre société a connu ces dernières années, il y a du matériel, avec des serveurs et des datacenters, qui peuvent subir des avaries et des pannes."

Le cabinet britannique Netcraft, qui suit l'activité des hébergeurs de sites internet, dénombre 3,6 millions de sites internet hébergés sur les datacenters d’OVH à Strasbourg qui ne répondent plus. Parmi eux figure celui de Defifeu, un petit cabinet de conseil en sécurité incendie situé à Colmar, en Alsace. "Ce incident démontre l’importance de l’impact qu’il peut avoir sur la vie des entreprises, confie  à L’Usine Nouvelle son président Philippe Schultz. Nous en sommes nous-même victimes. Notre site Web ne répond plus et nous ne savons pas quand le service sera rétabli. "

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Risque de perte de confiance dans le cloud français

Paradoxalement, l’accident a suscité une avalanche de réaction de solidarité et de soutien sur les réseaux sociaux. Eurafibre, un opérateur télécoms pour entreprises situé à Villeneuve-d'Ascq, dans le Nord, a offert des tourets de fibre optique pour aider à la remise en état du réseau. Même Arnaud de Bermingham, pourtant concurrent, a proposé son aide à Octave Klaba, le fondateur d’OVH. Il sait qu’au-delà d’OVH, cet événement peut provoquer une perte de confiance dans tout le cloud français et inciter des clients à se tourner plutôt vers Amazon, Microsoft ou Google. "C’est possible, reconnait Vincent Malka. Mais OVH a subi un accident imprévisible. Cela peut arriver à n’importe qui. Les Amazon, Microsoft et autre Google ne sont pas à l’abri d’un événement pareil. D’ailleurs, ils subissent régulièrement des incidents qui provoquent des interruption de service. Mais à la différence d’OVH, qui a choisi d’être transparent, ils font, eux, tout pour les cacher. Nous voyons un élan inédit de compassion envers une entreprise en difficulté, qui peut au contraire inciter les clients à rester chez OVH."

Reste que cet accident intervient au mauvais moment pour OVH. L'entreprise d'Octave Klaba se préparait à entrer en Bourse pour accélérer sa croissance, ce qui constituerait un tournant majeur dans l’histoire de cette ETI familiale qui préférait jusqu’ici se développer par ses propres moyens avec éventuellement le concours de fonds d’investissement. Ce projet risque-t-il d'être remis en cause ? " Pas si sûr, répond Vincent Malka. Les investisseurs boursiers sont connus pour être extrêmement volatiles. Mais cet incident sera bientôt oublié. Dans 15 jours, on n'en parlera plus. Il sera éclipsé par un autre événement : une cyberattaque contre une grande entreprise, un vol massif de données personnelles, etc. "

Réveil douloureux des clients

Pour les clients, qui ont perdu des données ou du business à cause de ce malheureux accident, le réveil est douloureux. Ils réalisent l’importance qu’il y a à prévoir un bon plan de reprise d’activité avant de s’engager à fond dans le numérique. "Ce qui leur arrive n’est pas la faute d’OVH, défend Vincent Malka. C’est à eux de prendre toutes les précautions pour garantir la disponibilité de leurs données et de leurs services. Aller sur le cloud ne les affranchit pas de cette démarche, au contraire. Cet accident a le mérite de faire revenir les gens à une certaine hygiène informatique trop souvent oubliée."

Arnaud de Bermingham voit dans ce malheureux accident l’occasion de donner un coup d’accélérateur au multicloud. «Pour réduire les risques, il faudra aller chez plusieurs fournisseurs et utiliser plusieurs sites, conseille-t-il. Cette notion de multicloud n’existe pas chez Amazon, Microsoft et Google. Ils sont, eux, plutôt dans l'ère du verrouillage pour garder leurs clients captifs. Mais dans la pratique les clients ne  pourront plus raisonner comme avant. »

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