Le futur président des États-Unis veut donner un grand coup de pied dans les parcs éoliens. «Les éoliennes sont un désastre économique et environnemental. Je ne veux pas que l'on en construise une seule pendant mon mandat», a déclaré Donald Trump, mercredi 15 janvier, sur son réseau social Truth Social. «Il s'agit de l'énergie la plus chère, qui ne fonctionne qu'avec des subventions publiques massives, que nous ne paierons plus», a justifié ce dernier dans son post.
«Ce type d’annonce a un impact direct sur les acteurs financiers, car il indique que la trajectoire de la Maison-Blanche ne sera pas de soutenir ce type d’infrastructure», pointe Mattias Vandenbulcke, directeur de la stratégie de France renouvelables. La nouvelle diatribe de Donald Trump tombe mal pour l’éolien, alors que près d’une dizaine d’acteurs financiers, dont le géant BlackRock, ont quitté début janvier l'initiative Net Zero Asset Managers (NZAM). Cette alliance mondiale de sociétés de gestion œuvre pour la neutralité carbone. «Cette tendance va limiter la capacité des acteurs des énergies renouvelables à lever de la dette», s’inquiète Mattias Vandenbulcke.
Ce ne serait pas la première fois que l’élu climatosceptique provoque un coup de mou financier dans les énergies renouvelables. Le cours de bourse de plusieurs acteurs des EnR, dont des européens, avait dévissé en novembre, suite à l’élection du candidat républicain. Plusieurs géants du Vieux continent sont lauréats d’appels d'offres dans l'éolien aux États-Unis, comme les Français Engie et TotalEnergies ou encore l'Allemand RWE et le Danois Ørsted.
Un marché américain encore balbutiant
Une baisse de voilure dans l’éolien américain aurait toutefois un impact limité sur les acteurs européens. Engie compte trois projets d’éolien en mer outre-Atlantique. Développés via une coentreprise avec l’énergéticien portugais EDP Renováveis, ces trois projets sont encore en phase de développement : aucun n’est entré dans la phase – coûteuse – de construction «Notre exposition aux États-Unis est limitée, et un éventuel moratoire sur l’éolien ne nous toucherait qu’à la marge. Mais ce serait dommage pour le pays, qui dispose de belles ressources dans ce domaine», a balayé, début janvier, Catherine MacGregor, directrice générale pointe d’Engie.
Même son de cloche chez le fabricant germano-espagnol de turbines Siemens Gamesa, qui construit actuellement un parc éolien offshore aux États-Unis. «La vaste majorité de nos projets actuels d’éoliens en mer sont en Europe, où nous connaissons la plus importante demande sur le marché», hausse des épaules un porte-parole de l’entreprise.
Car les États-Unis sont largement à la traîne en comparaison du mastodonte européen. Le pays de l’oncle Sam ne compte que 174 mégawatts (MW) de capacités éoliennes en mer en exploitation – contre près de 1500 MW rien qu’en France –, et 12 gigawatts (GW) en développement avancé ou en construction. Seuls 14 GW de projets devraient être au rendez-vous en 2030, selon l'American Clean Power Association. L’Europe compterait, elle, déjà 35 GW installés au large de ses côtes, selon le groupe de réflexion WindEurope.
Enfin, la réduction de cadence ne serait pas une nouveauté aux États-Unis. Plombé par la hausse des coûts des matières premières lors de la crise sanitaire liée au Covid-19, le marché de l’éolien en mer avait était particulièrement secoué outre-Atlantique. Au total, les promoteurs avaient annulé 5,5 GW de contrats éoliens offshores en 2023, soit 25% de tous les contrats signés ou attribués dans le pays, d’après une étude de Bloomberg NEF.



