Entretien

«L'impact environnemental sera de plus en plus intégré à la réflexion de nos directeurs artistiques», assure Hélène Valade de LVMH

La RSE ne concerne pas que les groupes pétroliers et les chimistes. Les groupes du luxe s'investissent aussi dans ce domaine. Hélène Valade, directrice développement et environnement du groupe LVMH, détaille la politique suivie par le groupe de luxe. Economie circulaire, upcycling, sourcing des matières premières... De nombreux outils sont mobilisés au sein de l'entreprise pour changer la façon dont le luxe travaille.

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Héléne Valade directrice développement environnement LVMH
Hélène Valade, directrice développement et environnement de LVMH, détaille les actions menées par le groupe en matière de RSE.

L’Usine Nouvelle. - En quoi consiste la stratégie LIFE 360, présentée en 2021 par le groupe LVMH? Où en êtes-vous?

Hélène Valade. - C’est une nouvelle alliance entre la nature et la créativité. A la haute qualité des produits LVMH, doit désormais correspondre une haute qualité environnementale. Nous avons pour but d’avoir 100% de nos produits inscrits dans une démarche d’économie circulaire d’ici à 2030. Nous travaillons sur de nouveaux matériaux. Plusieurs pistes sont explorées dans nos différentes maisons. Cela peut être en partenariat avec des start-up, des fournisseurs, ou bien encore via des programmes de recherche. La règle première chez nous est la créativité.

Cela étant dit, le processus de créativité est lui-même en train d’évoluer. Il peut désormais partir du matériau ou de chutes de matières. Dans les ateliers, des espaces sont dédiés à l’exposition de nouveaux matériaux qui peuvent être une source d’inspiration. L’exemple de Virgil Abloh [ancien directeur artistique homme, décédé en novembre 2021, ndlr] chez Louis Vuitton est, à cet égard, emblématique. Il a donné ses lettres de noblesse à l’upcycling, avec sa collection de sneakers. Cette préoccupation générale, à savoir la prise en compte de l’impact environnemental, sera de plus en plus intégrée à la réflexion de nos directeurs artistiques. Mais c’est aussi une attente exprimée par nos clients. Et cela ne concerne pas que les jeunes générations.

Comment travaillez-vous avec vos fournisseurs, par exemple dans le textile?

La fabrication du coton est très consommatrice d’eau. Nous avons travaillé sur les meilleures manières de convaincre les cultivateurs de revoir leurs pratiques. Cela veut dire moins de fertilisants, et le passage à la polyculture. Nous accompagnons les agriculteurs via de nombreux projets. Il faut partir du début. La responsabilité de LVMH s’exerce tout au long de sa chaîne de valeur : nous devons être présents dès la phase de sourcing des matières. Nous avons une vraie logique de transformation de nos filières d’approvisionnement. Nous privilégions par exemple l’achat de coton issu de l’agriculture raisonnée ou régénératrice. Bien sûr, ce n’est pas simple. Mais nous avons pris des engagements forts et les dirigeants des différentes maisons du groupe sont très attentifs à leur respect.

Développer de nouveaux matériaux, revoir les modes de production du coton, c’est changer les habitudes, mais cela représente aussi parfois des coûts plus importants. Le fait d’appartenir au secteur du luxe, où les consommateurs sont moins sensibles au prix, facilite-t-il le travail en la matière?

Ces changements sont totalement intégrés à notre modèle économique. Nous finançons ces recherches et cela fait partie de la définition de la qualité de nos produits. Nous soutenons aussi financièrement des projets en dehors de nos filières d’approvisionnement et qui, à terme, pourraient être intéressants pour nous. C’est le cas du projet de coton régénératif au lac Tchad. A terme, nous allons utiliser de préférence ce coton-là.

Pour en revenir aux enjeux d’économie circulaire, quels sont vos axes de travail pour arriver à 100%?

Nous en avons plusieurs. Nous cherchons à améliorer les process, en sourçant différemment nos produits, en réfléchissant aux moyens de prolonger leur vie et leurs composants. Nous oeuvrons aussi à maximiser la durabilité, en travaillant sur la réparation et la seconde vie de nos produits. Pour les matières, nous travaillons avec la plateforme Nona Source, qui revend en interne ou en externe les tissus qui n’ont pas été utilisés par nos studios de création. Cette plateforme de vente est un vrai succès : elle a trouvé sa clientèle. Nous avons de multiples projets dans ce domaine, comme, le partenariat avec Weturn, qui démantèle les produits, récupère le fil, le tisse et l'utilise pour des tissus qui reviennent dans nos maisons.

Les chutes de cuir doivent être intégrées soit pour faire du recyclage, soit de l’upcycling.

Travaillez-vous aussi sur des substituts au cuir, avec la montée de la demande végane?

Là encore, il faut commencer par avoir une consommation plus raisonnée. Les chutes de cuir doivent être intégrées soit pour faire du recyclage, soit de l’upcycling. La question du bien-être animal est au cœur de nos préoccupations, notamment via le respect des standards des plus stricts en matière d’élevage, ou encore la recherche fondamentale afin d’identifier de matériaux alternatifs qui remplissent toutes nos exigences. Nous observons avec prudence ce que l'on appelle improprement les cuirs végans. Nous n’y recourrons pas sans une analyse du cycle de vie complet. Il faut faire très attention à l’impact global sur l’environnement. Certaines matières alternatives intègrent de la viscose, qui pose des questions en matière déforestation, d’autres, du plastique, qui engendre des interrogations autour de la pollution des océans.

Toute cette démarche n’est-elle pas un retour aux sources du luxe, dont la vocation était de faire de beaux objets rares qui duraient longtemps? Et ce, alors que le secteur semble entré dans une logique d’hyper-production, avec une multiplication des collections, où un it-bag en chasse un autre…

La valeur principale du luxe est la créativité. Notre raison d’être est de trouver une façon de rendre désirable toutes ces nouvelles matières compatibles avec l’exigence environnementale. C’est ce que Louis Vuitton réussit avec ses sneakers upcyclées qui sont aussi très belles. Quand Loewe fait un sac à main avec des chutes de cuir, il le rend beau et désirable. Notre mission est aussi de travailler sur l’évolution de la définition de la beauté. Vous le voyez, notre ambition est élevée. C’est aussi pour cela que nous nous donnons le temps de faire les choses parfaitement. Je me méfie des fausses solutions, à l’instar des biocarburants de première génération dans un autre domaine. Pour arriver à des solutions vraiment satisfaisantes à tout point de vue, il faut investiguer, explorer de multiples pistes.

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