L'impact environnemental de l'intelligence artificielle est sur toutes les lèvres. Est-cela preuve d'une réelle prise de conscience ? Si nombre d'acteurs évoquent ce sujet, les fournisseurs de cloud multiplient les acquisitions de cartes graphiques (GPU). Ces composants électroniques sont indispensables pour entraîner les modèles d'IA et notamment d'IA générative, qui génèrent du texte, des images, des vidéos.
Scaleway, filiale du groupe Iliad spécialisée dans le cloud, va opérer plus de 5 000 GPU, soit une capacité de calcul multipliée par cinq en un an. Un petit poucet à côté des entreprises américaines. En 2024, Microsoft a acheté 485 000 GPU Nvidia, le double de chacun de ses grands concurrents comme Meta, Amazon et Google, rapporte le Financial Times.
Car le développement des IA génératives requiert une puissance de calcul démesurée. Et la consommation énergétique reste importante lors de l'utilisation de ces technologies : une requête posée à un outil comme ChatGPT consomme dix fois plus d'énergie qu'une recherche sur Google, selon l'Agence internationale de l'énergie.
Cette dernière ajoute que l'IA accaparerait 0,03% de la consommation électrique mondiale. «Il va devenir très important de savoir comment alimenter ces modèles d'IA avec une énergie verte, comment s'assurer que nous continuons à encourager l'utilisation de cette technologie sans endommager la planète», a déclaré Clara Chappaz, la secrétaire d'État chargée de l'IA et du numérique. Pour certains, le parc nucléaire français avec son électricité décarbonée est un atout. Les investissements d'Amazon, de Google et de Microsoft dans la fusion et les petits réacteurs nucléaires (SMR) vont dans ce sens.
Autrement dit : les acteurs veulent une énergie décarbonée pour alimenter les centres de données... mais ne remettent pas en cause la course à la puissance de calcul et la démultiplication des usages. Pourtant, un débat plus éthique et sociétal est nécessaire. Avons-nous réellement besoin de ces outils ? Pour quels bénéfices ? OpenAI a lancé son moteur de recherche adossé à ChatGPT alors même que son IA générative consomme plus qu'un moteur de recherche traditionnel... D'autres voix se font entendre pour parler d'IA frugale et de la nécessité d'adapter la technologie à l'usage. Si l'IA générative est le sujet du moment, la question de son empreinte environnementale doit être traitée sérieusement.

Vous lisez un article du numéro 3639 - Février 2025



