Le projet de mégafab commune de STMicroelectronics et GlobalFoundries à Crolles, en Isère, franchit une étape décisive. Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, a signé ce lundi 5 juin un contrat avec Jean-Marc Chéry, président du directoire et directeur général de STMicroelectronics, et Thomas Caulfield, président-directeur général de GlobalFoundries, fixant les conditions de l’aide de l’Etat à ce grand projet.
Cette aide s'élève à 2,9 milliards d’euros, soit près de 40% de l’investissement total de 7,5 milliards d’euros (5,7 milliards d'euros d'investissement, le reste en maintenance et "dépenses connexes"), en ligne avec le taux d’aide accordé par l’Allemagne au projet de mégafab d’Intel à Magdebourg ou de celui fourni par l’Italie à l’usine de carbure de silicium de STMicroelectronics à Catane, en Sicile.
Le projet de cette mégafab a été annoncé en juillet 2022 dans le cadre de l’évènement "Choose France". Il prévoit la création sur le site de STMicroelectronics à Crolles d’une nouvelle usine d’une capacité annuelle de production de 620 000 plaquettes de 300 mm de diamètre, partagée à environ 42% pour STMicroelectronics et 58% pour GlobalFoundries. Il s'appuie, entre autres, sur des technologies développées dans le cadre du projet important d'intérêt européen commun (PIIEC) sur la microélectronique, approuvé par Bruxelles en décembre 2018. L’aide de l’Etat a déjà reçu l’aval de la Commission européenne.
Travail d'équipe entre Etat et industriels
Selon Jean-Marc Chéry, la moitié de l’usine est déjà construite et un tiers est déjà équipé. La production vient tout juste de démarrer. Elle montera progressivement en puissance jusqu’à atteindre la capacité prévue de 620 000 plaquettes de 300 mm par an en 2028. «Elle est le résultat d’un travail exemplaire d’équipe entre l’Etat et les industriels», se félicite-t-il.

- 47515.45-2.38
Mars 2026
Cours mensuel de l'étain - settlement$ USD/tonne
- 7.9827-0.18
13 Avril 2026
Yuan chinois (CNY) - quotidien¥ CNY/€
Le projet accapare plus de la moitié de l’enveloppe de 5,5 milliards d’euros d’investissement public prévu par l’Etat en cinq ans dans les semi-conducteurs, dans le cadre du plan France 2030. Bruno Le Maire justifie cet effort sans précédent par l’ampleur des enjeux stratégiques, économiques, industriels et environnementaux à relever. Cette usine s’inscrit dans l’objectif du gouvernement de doubler la production française de semi-conducteurs d’ici à 2030 de façon à garantir l’indépendance et sécuriser l'approvisionnement du pays dans ce domaine-clé. Elle va ajouter pratiquement 6% de nouvelles capacités de production en Europe, toutes technologies confondues, et jusqu’à 41% sur les technologies d’une finesse de gravure de 20 à 65 nanomètres. Le contrat engage STMicroelectronics et GlobalFoundries à réserver au moins 5% de la capacité aux besoins d’industriels en France de façon à éviter le traumatisme des ruptures d’approvisionnement vécu ces trois dernières années.
Vers une techno FD-SOI de 10 nanomètres
Cette usine dédie une partie de sa production à la technologie FD-SOI (Fully depleted silicon on insulator ou silicium sur isolant totalement déplété). Cette technologie, développée dans l’écosystème de Grenoble notamment par Soitec, STMicroelectronics et le CEA-Leti, offre l’avantage de réduire la consommation énergétique dans des applications de traitement comme l’automobile, le spatial, la défense, l’industrie ou l’Internet des objets. Elle est aujourd’hui en production pour une finesse de gravure de 28 nanomètres chez STMicroelectronics à Crolles et Samsung en Corée du Sud, et 22 nanomètre chez GlobalFoundries à Dresde (Allemagne). L’Etat a tracé à STMicroelectronics et GlobalFoundries une feuille de route pour miniaturiser cette technologie jusqu’à une finesse de 10 nanomètres. Un budget de 500 millions d’euros a été alloué à la recherche dans ce domaine notamment au sein du CEA-Leti à Grenoble.
A pleine capacité de 620 000 plaquettes par an, le projet promet la création de quelque 1 000 emplois directs et 10 000 en incluant les emplois indirects. «C’est la première fois depuis des décennies que l’Etat investit massivement pour le renforcement d’une filière stratégique comme celle des semi-conducteurs, affirme Bruno Le Maire. Il faut accepter d'y mettre le prix comme le font la Chine ou les Etats-Unis.»
Le versement de l’aide sera étalé sur la durée du projet. Il sera conditionné au respect par STMicroelectronics et GlobalFoundries de leurs engagements. «Mettre le prix ne veut pas dire faire n’importe quoi, précise le ministre. Nous resterons vigilants sur le respect des termes du contrat.»



