C'est une usine que Roland Lescure, ministre délégué à l'industrie, connaît bien. En déplacement mardi 11 avril à Arques, dans le Pas-de-Calais, il est venu une nouvelle fois à la rencontre des salariés de la verrerie Arc avec, cette fois-ci, une enveloppe de 10 millions d'euros. Il y a un peu plus de six mois, en septembre, il avait déjà fait le déplacement pour rassurer des salariés inquiets. A cette époque, le site était contraint de baisser sa production pour faire face à la flambée des prix de l'énergie.
Le géant des arts de la table voyait alors sa facture de gaz multipliée par quatre. En 2021, elle s'élevait à 19 millions d'euros. En 2022, elle approchait les 75 millions d'euros, soit plus de 56 millions d'euros d'augmentation en un an. Les prévisions pour 2023 laissaient craindre le pire : presque 200 millions d'euros. Intenable pour Arc, déjà en proie à quelques difficultés financières, notamment à cause d'une baisse de commandes estimée à 25% sur les mois de septembre à décembre. La décision de mettre à l'arrêt quatre de ses huit fours avait alors été prise. Une partie des 5 000 salariés que compte le site avait été placée en chômage partiel.
Des syndicats inquiets malgré un nouveau prêt
Aujourd'hui, la conjoncture est plus favorable. Certains de ces fours ont repris leurs activités. Le four D, lui, a définitivement arrêté sa production en début d'année, Arc préférant se concentrer sur des marchés plus porteurs comme sa gamme professionnelle Chef&Sommelier. Ce qui ne rassure pas pour autant les organisations syndicales. Elles ont organisé un comité d'accueil à l'arrivée du ministre avec, en ligne de mire, la réforme des retraites. «Il s'agit de permettre aux gens de partir décemment à la retraite». «Ici, les conditions de travail sont pénibles. Il y a beaucoup de gestes répétitifs et de personnes qui souffrent de troubles musculo-squelettiques», rappellent les syndicats.
Le ministre tente de rappeler que les critères de pénibilité sont pris en compte dans la réforme des retraites. «On lui a rappelé à notre tour que ce ne sont que des paroles et que dans le projet lui-même, ces critères ne sont pas reconnus comme pénibles», précise Grégory Leblond, délégué syndical Sud. L'annonce d'une nouvelle aide de 10 millions d'euros ne le rassure pas plus. «C'est le serpent qui se mord la queue. Il s'agit d'un prêt qui s'ajoute à ceux que l'entreprise doit déjà rembourser. On aimerait bien pouvoir s'en passer. Ce n'est rien d'autre que l'impôt des Français.» Depuis 2020, Arc a reçu 128,5 millions d'euros sous forme de prêt au titre du programme du Fonds de développement économique et social (FDES).
Une réunion du CSE est prévue vendredi 14 avril. «La direction va demander, une nouvelle fois, la mise en place de l'activité partielle pour le second semestre 2023. Après avoir été placés pendant six mois en chômage partiel, les salariés, qui ont perçu 84% de leur salaire net, ne sont pas encore certains de pouvoir reprendre totalement et percevoir ainsi la totalité de leur salaires», indique le délégué syndical. Même si ce nouveau prêt est un gage de l'appui de l'Etat, l'intersyndicale n'est pas rassurée quant à l'avenir d'Arc.



