Une voiture s’aventure en rase campagne. Le conducteur a lâché le volant. À 23 000 kilomètres au-dessus de lui, des satellites positionnent en temps réel le véhicule pour ajuster sa vitesse et le diriger. Dans l’habitacle, le voyageur papote avec son assistant vocal pour télécharger un épisode de sa série favorite. Une constellation à 550 km d’altitude va s’en charger. Un trajet ordinaire en 2030 ? De façon banale, de nombreux automobilistes suivent leur itinéraire grâce à la technologie GNSS (géolocalisation et navigation par un système de satellites). Mais l’utilisation des données spatiales dans les transports terrestres va beaucoup plus loin. BMW, Continental, Renault, Stellantis, Valeo… Plusieurs industriels travaillent sur ces sujets pour préparer une voiture plus connectée, plus autonome et… plus rentable.
Pour se diversifier, Stellantis développe toute une panoplie de nouveaux services dans ses voitures : commerce en ligne, infodivertissement, mises à jour à distance… Autant d’applications qui vont nécessiter un bon débit, ce qui n’est pas toujours évident sur les routes européennes. « Nos véhicules connectés sont amenés à évoluer dans des environnements urbains, périurbains et ruraux. Afin de garantir une connectivité couvrant des territoires élargis, avoir des solutions de communication alternatives aux technologies terrestres, comme celles reposant sur les satellites, devient très intéressante », développe El Khamis Kadiri, le responsable innovation véhicule connecté de Stellantis.
SpaceX se positionne déjà sur le sujet avec sa constellation en orbite basse Starlink, qui pourrait offrir un service de connexion mobile aux gros véhicules. Pour les voitures des particuliers, la taille des récepteurs reste trop grosse, même si des fans zélés d’Elon Musk s’amusent à installer la parabole sur leur Tesla. « Les antennes satellitaires sont très encombrantes, un travail de miniaturisation est requis pour un usage automobile », tempère El Khamis Kadiri.
Certaines start-up travaillent aussi sur les usages du spatial dans la mobilité. C’est le cas de Stellar, une jeune pousse francilienne fondée en 2021 qui espère déployer sa propre constellation. « À l’horizon 2030, la quasi-totalité des véhicules neufs seront connectés. C’est un marché de masse et c’est une excellente nouvelle pour le secteur spatial », se réjouit Damien Garot, son directeur général.

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Guider les voitures autonomes
Les données satellitaires devraient nourrir une autre révolution dans le secteur automobile : celle des systèmes d’aide à la conduite. Comme les marins d’antan, les véhicules autonomes devront regarder vers les étoiles pour mieux trouver leur chemin. « Un véhicule sans chauffeur ne pourra pas seulement fonctionner à partir de ses capteurs. Il devra savoir ce qu’il se passe à plusieurs kilomètres », souligne Damien Garot. Le système satellitaire Galileo en orbite peut positionner un objet à 20 centimètres près. Un bond par rapport au GPS américain dont la précision s’élevait à environ 4 mètres. « Pour la conduite autonome, nous avons besoin d’une précision très élevée du positionnement GNSS. Moins de 25 centimètres pour un guidage précis en zone ultra-urbaine », chiffre El Khamis Kadiri.
Les cartes sur lesquelles les véhicules sont positionnés peuvent elles-mêmes être enrichies de données spatiales. De quoi imaginer une multitude d’applications. Des images satellitaires permettraient par exemple de détecter les places de stationnement libres pour les communiquer aux véhicules. « On peut aussi utiliser les données satellitaires pour estimer la topographie d’une zone », décrit Oussama Ben Moussa, le responsable mobilité autonome chez Capgemini Engineering. Dans une voiture électrique, ces informations sur le relief optimiseraient l’utilisation de la batterie.
Les experts imaginent difficilement des voitures uniquement guidées par satellite. « Le GNSS est vulnérable aux interférences et au leurrage. Et un conducteur ne peut pas attendre plusieurs minutes pour que les satellites visibles offrent un positionnement au décimètre près », rappelle Francis Soualle, ingénieur dans les systèmes de navigation spatiaux chez Airbus Defence and Space. Même si les futures constellations en basse altitude peuvent pallier ces lacunes, Francis Soualle insiste sur le besoin d’assurer un service fiable en combinant systèmes terrestres et spatiaux.
Des péages intelligents pour réduire la pollution
Le spatial pourrait aider à diminuer la pollution de l’air liée aux voitures. Capgemini travaille sur ce cas d’usage surprenant avec une dizaine de partenaires dans le cadre du projet Genius. Leur idée ? Utiliser les informations des satellites d’observation de la Terre pour taxer ou récompenser les automobilistes selon leur parcours et la qualité de l’air dans la ville.
Ces « péages intelligents » permettraient de proposer une tarification adaptée plutôt que de bannir purement et simplement les véhicules les plus polluants à l’entrée des villes. « Le système va récompenser l’utilisateur s’il se déplace un jour de faible pollution atmosphérique en transport en commun », illustre Carine Saüt, développeuse d’affaires sur les usages du spatial chez Capgemini. Des tests sont prévus dès 2024 à Barcelone (Espagne) et Helsinki (Finlande).



