Propulsé à la tête d'Air Liquide en remplacement de Benoît Potier il y a un peu moins d'un an, François Jackow peut déjà se targuer d'un premier bilan nettement positif. «Tous nos indicateurs sont en nette hausse en 2022», s'est félicité le directeur général lors de la présentation de ses résultats annuels, jeudi 16 février. Le groupe tricolore, spécialiste des gaz industriels, a ainsi réalisé un bénéfice de 2,75 milliards d'euros, en hausse de 7,3% par rapport à 2021. Un résultat qui prend en compte les quelque 570 millions de dépréciations d'actifs liées à son retrait progressif du marché russe. «Nous espérons conclure leur cession dans les prochains mois», précise le dirigeant.
Si sa marge opérationnelle a légèrement baissé (16,2% contre 17,8% l'année précédente), son chiffre d'affaires a quant à lui atteint un niveau record, à 29,93 milliards d'euros. Cette somme constitue une augmentation annuelle de 28,3%, ou de 7% hors effets de change et d'énergie. Répercutée sur ses clients, notamment au sein de sa division «Industriel marchant», la flambée des prix a généré un impact significatif sur ses ventes (environ 15,3% des 28,3% de croissance).
Tirer parti de l'IRA états-unien
Mais la conjoncture actuelle n'est pas la seule explication aux solides performances de l'entreprise. Numéro un du gaz industriel sur le marché américain (hors santé) grâce à son réseau de pipelines supérieur à 3 700 kilomètres, Air Liquide a vu ses ventes progresser de 10% sur les deux continents en 2022, un essor supérieur à celui constaté sur les autres zones où le groupe est présent (2% pour l'Europe, 7% pour l'Asie Pacifique et 1% pour le Moyen-Orient et l'Afrique).
Le géant du gaz prévoit d'ailleurs d'accélérer ses investissements dans la région, et plus particulièrement dans le Golfe du Mexique, où il possède déjà plusieurs usines. Son portefeuille d'opportunités d'investissement à 12 mois, qui atteint 3,3 milliards d'euros fin 2022, comprend ainsi «des premiers projets significatifs en lien avec l’Inflation Reduction Act aux États-Unis», le méga plan anti-inflation de Joe Biden censé développer, entre autres, l'industrie verte. «L'IRA est un mécanisme incitatif très puissant, et nous avons vu de nombreux projets se développer très vite dans les derniers mois», rappelle François Jackow.

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Au début de l'année 2022 par exemple, Air Liquide avait annoncé qu'il construirait dans l'Illinois (Etats-Unis) sa plus grande unité de production de biométhane. Dotée d'une capacité de production annuelle de 380 GWh, elle devrait être opérationnelle avant la fin de l'année 2023. Quelques mois plus tard, le groupe a inauguré, dans le Nevada, son plus grand liquéfacteur d’hydrogène, notamment destiné à alimenter le marché de la mobilité sur la côte Ouest. Enfin, il a annoncé un investissement de 60 millions de dollars pour doper sa production en Arizona et ainsi pouvoir durablement approvisionner en divers gaz un fabricant de semi-conducteurs de la région.
Devenir «le champion des solutions climat»
L'électronique apparait comme un autre levier de croissance majeur pour la société. Dans ce secteur, son chiffre d'affaires a progressé de 16,4% par rapport à 2021, une hausse supérieure à celle de ses autres activités phares. Outre son positionnement sur la plupart des méga-usines de semi-conducteurs actuellement en construction aux Etats-Unis, Air Liquide a dévoilé des investissements majeurs en Asie en 2022. A Taïwan, le groupe a mis environ 500 millions d'euros sur la table pour ouvrir trois nouvelles unités de production de gaz industriels de très haute pureté, qui alimenteront deux des plus grands fabricants mondiaux. Il a également lancé un investissement de plus de 300 millions d'euros au Japon pour installer quatre sites de gaz spéciaux, essentiels à la production de puces.
Cette diversification s'inscrit pleinement dans son nouveau plan stratégique à l'horizon 2025, Advance, présenté par François Jackow en mars 2022. Mais s'il ambitionne de se développer sur de nouveaux marchés (comme la santé et le spatial), l'industriel tricolore n'oublie pas sa priorité numéro une. «Nous voulons faire d'Air Liquide le champion des solutions climat», indique le nouveau directeur général, qui estimait en mars que «la valeur du marché de la décarbonation de l’industrie représente probablement dix fois celle du marché actuel des gaz industriels».
Dans cette course à la transition énergétique, qui captera 40% des nouveaux projets d'investissements du groupe dans le monde en 2023, l'hydrogène bas carbone apparaît comme l'un des plus grands atouts. En mai 2021, Air Liquide avait d'ailleurs annoncé vouloir investir huit milliards d'euros dans cette source d'énergie d'ici à 2035. Ses 50 ans d'expérience dans le secteur lui permettent de monter des projets diversifiés, comme le gigantesque électrolyseur qu'il veut construire à Port-Jérôme (Seine-Maritime), ou la reconversion du site TotalEnergies de Grandpuits (Seine-et-Marne) en bioraffinerie.



