Chronique

L’édition du génome vole au secours des agrocarburants

Les nouvelles techniques de modification génomique, sur lesquelles la Commission Européenne doit se prononcer à la fin du mois d'avril, attirent de plus en plus l'attention des chercheurs, des semenciers et des pétrochimistes. Ils y voient un levier pour accroître la productivité des carburants issus du végétal.

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Le CEA cultive et évalue le potentiel des microalgues pour servir de biocarburant.

A l’infini, des champs de maïs envahissent le nord du Nebraska (États-Unis). Pourtant, aucun épi ne finira dans nos assiettes. Issus de la variété Enogene lancée par l’agrochimiste Syngenta en 2011, les plants ont été modifiés pour intensifier la production d’éthanol.

Les maïs Enogene – dans lesquels a été inséré le gène responsable de la production d’amylase, une enzyme responsable de la décomposition de l’amidon en sucre – illustrent l’attrait que suscitent les organismes génétiquement modifiés dans des secteurs industriels autres que l’agriculture. Plus proches de nous, certains industriels travaillent sur le colza. Leur objectif ? Réduire la viscosité de l’agrocarburant tiré de la plante, via l’édition de précision.

Outre les questions éthiques et réglementaires soulevées par l’édition génomique, « ces usages restent controversés car ils posent aussi la question de l’utilisation des sols, ainsi que de celle des émissions de gaz à effet de serre », analyse Jean-Christophe Pagès, le président du comité scientifique du Haut conseil des biotechnologies.

Après le maïs, les algues

Nous travaillons avec Crispr-Cas9 pour améliorer la photosynthèse des souches de microalgues.

—  Yonghua Li-Beisson, chercheuse au CEA

Pour sortir de la polémique, une autre voie se dégage : celle des algocarburants. Parfois surnommés « biocarburants de troisième génération », les algocarburants sont produits à partir des lipides contenus dans les microalgues. À l’heure actuelle, leur production n’est pas rentable sur un plan économique et énergétique. « C’est pourquoi nous travaillons avec Crispr-Cas9 [des ciseaux moléculaires, ndlr] pour améliorer la photosynthèse des souches », précise Yonghua Li-Beisson, chercheuse au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA).

Deux pistes d’amélioration sont à l’étude : la suppression des gènes régulateurs qui réduisent la photosynthèse dans les algues et l’introduction d’un gène de levure qui, au contraire, dynamiserait la souche. « Jusqu’alors, nous n’avions pas les moyens d’intervenir sur les gènes des algues. Désormais, avec Crispr-Cas9, nous pouvons le faire de manière précise », observe Yonghua Li-Beisson. Ces projets sont menés en collaboration avec Total.

Aux États-Unis, ExxonMobil planche également sur le sujet. Le groupe américain s’est engagé à mettre sur le marché les premiers barils d’algocarburants en 2025 grâce à un partenariat avec Synthetic Genomics, une biotech américaine dont la technologie se fonde sur un commutateur génétique modifié, qui doublerait la teneur en huile de certaines espèces d’algues, et ce, « sans inhiber de manière significative leur croissance ». Yonghua Li-Beisson juge qu’il faudrait que les algues atteignent une production de lipides de l’ordre de 60 % pour que le coût de l’algocarburant devienne compétitif. Un objectif qu’elle espère atteindre d’ici à dix ans.

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