L'avenir de l'usine Bosch Rodez à Onet-le-Château sur la sellette

Les 1 350 salariés de l'usine Bosch Rodez à Onet-le-Château (Aveyron) sont de plus en plus inquiets quant à l'avenir de leur site industriel. Les propos tenus par Heike Carrie, président de Bosch France Benelux, à l'occasion d'un Comité social économique central ont ravivé la crainte d'une fermeture de l'usine.

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La ligne d'injecteurs diesel en cours de modernisation sur le site Bosch à Onet-le-Château sera mise en production à la mi-avril 2019.
Les salariés du site Bosch Rodez à Onet-le-Château craignent de plus en plus la fermeture.

L'inquiétude est montée d'un cran pour les salariés de l'usine Bosch à Onet-le-Château, près de Rodez (Aveyron). Dans un contexte marqué par la crise du secteur automobile, alors que le recul des ventes de véhicules diesel, amorcé depuis plusieurs années, est accéléré par la crise sanitaire lié à la Covid-19, c'est la pérennité même de l'usine qui semble remise en cause.

A l'occasion d'un Comité social économique central, qui s'est tenu le 10 novembre, Heike Carrie, président de Bosch France Benelux, a lâché que la fermeture du site aveyronnais "n'était pas une hypothèse à exclure".

Il y a un peu plus d’un an, en juin 2019, Heike Carrie avait déjà souligné que cinq sites du groupe en Europe étaient particulièrement concernés par la baisse d’activité et avait estimé une surcapacité globale d'effectif d'environ 1 500 postes. Le dirigeant appelait alors à se mettre autour d'une table afin de "partager" cette chute d'activité, soulignant déjà le risque possible qu'un site soit menacé. "Nous sommes très inquiets, car c'est la première fois qu'est évoquée plus précisément la fermeture effective du site de Rodez", souligne Cédric Belledent, élu Sud au CSE de l'usine de Rodez et au CSE central de Bosch France.

Une diversification qui peine à porter ses fruits

Le recul des ventes de véhicules diesel a déjà conduit Bosch et les représentants du personnel du site, spécialisé dans la production de composants diesel, à signer en juillet 2018 un accord de transition, pour sauver 600 postes alors menacés. Par cet accord, qui s'échelonne jusqu'à fin 2021, le groupe s’était engagé à investir 14 millions d’euros dans la modernisation d’une des deux lignes de production d'injecteurs diesel du site, contribuant ainsi au maintien de 300 postes et à soutenir une stratégie de diversification du site aveyronnais, avec l'ambition de pérenniser au minimum 150 emplois supplémentaires.

Plusieurs pistes sont régulièrement évoquées, que ce soit dans l'automobile, mais aussi dans l'aéronautique ou l'hydrogène. "A ce jour, cette recherche de diversification est un échec avec à peine une quarantaine d'emplois créés", précise Cédric Belledent. Même constat pour Pascal Raffanel, délégué syndical CFE-CGC, qui souligne la lenteur dans la mise en œuvre de cette stratégie de diversification. "Jusqu'à présent, il ne s'agit que de micro-projets, déplore-t-il. On parle de 20emplois pour une barre de torsion pour les colonnes de direction et d'à peine 10 postes pour le projet Fresh2 qui vise à proposer une solution basée sur une pile à combustible pour alimenter les groupes de froids de remorques frigorifiques." Un démonstrateur est en cours de mise au point. Mais la phase d'industrialisation en série ne serait pas envisageable avant plusieurs années.

De son côté, Patrick Meillaud, directeur des fonctions économiques du site de Rodez, l'assure : "nous sommes totalement mobilisés pour générer de nouvelles activités et construire un avenir pour l'usine de Rodez. C'est un défi énorme. Nous travaillons sur des projets qui pour certains nécessitent encore du temps. Mais nous mettons en place des ressources. Nous avons embauché cette année un expert du secteur aéronautique pour identifier de nouvelles pistes, basées sur nos compétences en lean manufacturing et usine 4.0".

Les syndicats demandent une réunion tripartite

A un an de la fin de l'accord signé avec la direction, les représentants syndicaux s'inquiètent néanmoins pour l'avenir du site aveyronnais, d'autant que le marché du diesel continue de s'effriter. "Notre dossier est déjà bien connu des services de l'Etat, et alors que de réelles menaces ont maintenant été exprimées par la direction du groupe Bosch sur l'avenir du site, nous demandons à ce que se tienne le plus rapidement possible une réunion tripartite entre la direction allemande du groupe, des représentants du gouvernement français et les syndicats de salariés", revendique Cédric Belledent. "Nous attendons toujours une reconnaissance officielle des performances des nouvelles motorisations diesel quant à leur impact environnemental et nous en appelons à plus de neutralité technologique en la matière", ajoute de son côté Pascal Raffanel.

En attendant, l'érosion régulière des effectifs se poursuit sur le site aveyronnais. "Sur deux ans, nous relevons une centaine de ruptures conventionnelles et au printemps 2021, ce sont encore entre 130 et 140salariés qui devraient quitter le site via la mise en place d'un accord de départs en pré-retraite", s'inquiète Pascal Raffanel. L'effectif de l'usine, qui était de 1 543 salariés à fin 2018, avoisine les 1 350 salariés et devrait être ramené à environ 1 200 salariés avant fin 2021.

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